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La Cour suprême des États-Unis a annulé, par 6 voix contre 3, les vastes tarifs douaniers imposés par le président Donald Trump, donnant gain de cause à un petit importateur new-yorkais qui avait saisi la justice. La décision reporte la question au principe constitutionnel fondamental sur la répartition des pouvoirs, et met un coup d’arrêt aux mesures tarifaires prises sous la bannière des « pouvoirs économiques d’urgence ».
Un importateur new-yorkais en première ligne
Victor Schwartz, propriétaire de VOS Selections, une PME qui importe des vins et spiritueux de seize pays, est devenu le visage public de cette contestation. Il a accepté de jouer le rôle de plaignant principal après avoir constaté l’impact direct des tarifs douaniers sur son activité.
Selon ses déclarations lors d’entretiens accordés aux médias, sa société a dû avancer des centaines de milliers de dollars en droits d’importation, dans un marché où les prix sont quasi fixes, ce qui rend impossible le transfert immédiat de ces coûts vers les clients.
Pour Schwartz, la situation menaçait le flux de trésorerie — ce qu’il décrit comme « le nerf de la guerre » pour une petite entreprise — et l’a poussé à agir alors que de grands groupes ont préféré rester en retrait ou adopter des recours juridiques plus discrets.
Le prix personnel de la bataille
La posture adoptée par Schwartz ne s’est pas faite sans conséquences personnelles. Il raconte avoir subi des attaques répétées par courriels et messages, au point de garder l’entrée de ses bureaux fermée par précaution.
Malgré ces pressions, il affirme n’éprouver ni regret ni peur : « Si cela demande une étincelle pour déclencher le changement, j’accepte d’en être l’étincelle », a-t-il déclaré, estimant qu’il agissait en dernier rempart pour les intérêts de sa société.
La question constitutionnelle au cœur du litige
Le litige n’a pas porté sur la pertinence économique des tarifs douaniers, mais sur une question constitutionnelle précise : le président peut-il imposer de nouvelles taxes déguisées en mesures commerciales, ou cette prérogative appartient-elle exclusivement au Congrès ?
Dans son arrêt, la majorité de la Cour a répondu par la négative. Le président de la Cour, John Roberts, a écrit que les pères fondateurs n’avaient pas attribué au pouvoir exécutif le pouvoir d’imposer des taxes, rappelant ainsi la répartition stricte des pouvoirs fiscaux au sein du gouvernement fédéral.
- Majorité (6) : le président Roberts, les juges Neil Gorsuch et Amy Coney Barrett, ainsi que trois juges libéraux.
- Minorité (3) : trois juges conservateurs, dont Brett Kavanaugh.
Quel avenir pour les remboursements et le commerce ?
Les données douanières laissent entendre que les importateurs pourraient prétendre à des remboursements de l’ordre de 134 milliards de dollars. Toutefois, Victor Schwartz se montre sceptique quant à la rapidité de restitution de ces sommes.
Il accuse l’administration sortante d’invoquer des délais — le président ayant évoqué la possibilité d’un contentieux de « deux années supplémentaires » — et rappelle qu’une nouvelle taxe de 10 % a déjà été adoptée, sous un autre cadre législatif temporaire limité à 150 jours.
Pour Schwartz, l’enjeu principal reste la possibilité pour son entreprise et d’autres PME de retrouver une activité normale sans être pénalisées par des tarifs douaniers imprévus, plutôt que la seule récupération des montants payés.
Portée et implications
Au-delà de l’effet immédiat sur les importateurs, l’arrêt de la Cour suprême redéfinit la frontière entre pouvoir exécutif et prérogatives fiscales du législatif. Il pourrait aussi influer sur la manière dont les futures administrations recourront à des mesures commerciales d’urgence.
Enfin, la victoire de Schwartz illustre la capacité d’une petite entreprise à alléger le débat public et à provoquer un examen constitutionnel profond, rappelant que les questions de commerce international et de tarifs douaniers peuvent aussi se trancher devant la plus haute juridiction du pays.