Bernard Kleynhoff, conseiller régional, analyse la place stratégique de l’industrie en région Provence-Alpes-Côte d’Azur et sa transformation portée par l’intelligence artificielle. Il rappelle le poids économique de l’industrie régionale, l’excellence de ses écosystèmes technologiques et la dynamique d’investissement qui positionnent le territoire comme un acteur clé de l’IA en France et en Europe.

Le poids de l’industrie en PACA est important : le chiffre d’affaires industriel s’élève à 22,3 milliards d’euros, soit 11 % de la valeur ajoutée. On compte 190 000 salariés directs et 467 000 emplois lorsque l’on inclut les emplois indirects. Le salaire moyen dans l’industrie est de 3 540 euros brut par mois. Le tissu industriel repose principalement sur des TPE et des PME, avec de belles ETI derrière, et compte plus de 900 entreprises industrielles, dont beaucoup opèrent dans des hautes technologies.
La région est la deuxième en France pour l’activité industrielle et militaire, avec un grand nombre d’entreprises duales, civiles et militaires. Le territoire accueille un contingent de 31 000 militaires et suscite l’implantation d’entreprises, comme Sabena Technics qui assure l’entretien aéronautique dans la région.
Peut-on penser l’industrie en PACA uniquement à travers l’IA en 2025 ? L’écosystème local est particulièrement riche : entreprises, universités, laboratoires, écoles d’ingénieurs. L’IA est désormais une réalité présente dans les activités économiques et publiques, et il serait illusoire de l’ignorer. L’enjeu est d’en vivre et de s’y préparer.
Dans l’ensemble des secteurs, l’IA est présente, notamment sous forme d’IA embarquée dans des domaines comme le naval à Toulon, ou le développement du langage à Avignon, ce qui crée des spécialités territoriales et des besoins spécifiques.
Quelles actions la région a-t-elle menées pour l’IA ? Le plan régional sur l’intelligence artificielle a été adopté en décembre 2024. Élaboré après plusieurs semaines de travail avec les grandes entreprises et les experts, il a donné une synthèse sur les besoins en IA. Des acteurs comme les grands groupes et les TPE/PME travaillent déjà sur des briques et laboratoires dédiés. Le plan IA s’appuie sur trois axes, dix orientations et vingt-deux actions, et environ 70 % des actions sont soit en cours de déploiement, soit terminées. Le budget de 70 M€ vise à développer la filière régionale et à accompagner les entreprises, chercheurs et écoles.
Quels avantages pour l’industrie de l’utilisation de l’IA ? L’IA permet de conserver l’avance et d’améliorer la performance, tout en libérant les agents des tâches les moins valorisantes. Toutefois, l’humain garde le dernier mot et l’IA n’est pas perçue comme un adversaire.
Une carte de la France diffusée début 2025 par les autorités montre des zones prêtes pour l’implantation de centres de données bas carbone, et place la région PACA en très bonne position. Des réserves foncières ont été identifiées et des projets se concrétisent, avec l’arrivée de centres de données majeurs et le statut de Marseille comme hub.
En PACA, l’arrivée de 18 câbles de communication reliant 57 pays et l’implantation de centres de données renforcent l’attractivité régionale. Les investissements internationaux restent soutenus : les Émirats arabes unis ont annoncé des investissements massifs sur l’IA sur le territoire, et le baromètre EY confirme la France comme le pays le plus attractif d’Europe pour la sixième année consécutive. La région PACA se classe parmi les plus attractives, avec des projets de centres de recherche et développement bien positionnés en Europe. Digital Reality prévoit d’installer un nouveau centre de données dans la région, et d’autres projets sont en cours de concrétisation.
La question énergétique demeure : la région doit adapter ses infrastructures pour absorber le futur boom. Contrairement à des modèles purement privés, la planification régionale privilégie l’égalité des territoires et une mixité énergétique adaptée, ce qui peut allonger les délais mais vise à éviter les pertes. Des prises de position locales existent, certaines opposant par exemple les centres de données, mais le progrès ne peut être nié.
Sommes-nous prêts à cette transition ? La décarbonation des industries est accompagnée par le parcours sud industrie 4.0 carbone, qui intègre l’IA pour analyser les mesures et faciliter la transition. Le plan IA privilégie une IA frugale, économisant énergie et fluides (air, eau) et exige un accompagnement pour éviter les IA trop consommatrices. L’objectif est d’utiliser l’IA uniquement lorsque cela est nécessaire.
Pour l’industrie, l’IA peut particulièrement servir la maintenance prédictive, réduire les arrêts de production et optimiser les coûts de pièces de rechange, tout en restant centrée sur l’humain et le contrôle humain des décisions.
En matière de fausses informations, le sujet est celui de l’acculturation. Certaines générations se posent des questions sur l’emploi, la destruction potentielle d’emplois ou la capacité des machines à prendre des décisions. L’histoire industrielle montre que les révolutions apportent des métiers nouveaux et une amélioration de la qualité de vie; le rôle public et privé est d’accompagner les reconversions et les métiers d’avenir.