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Interdiction des réseaux pour les mineurs: inquiétudes sur la vie privée

par Marie
France

La France prépare une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans et une vérification d’âge généralisée sur les plateformes d’ici 2027. Le gouvernement a adopté le texte lundi à l’Assemblée nationale et le Sénat est appelé à l’examiner, avec une mise en œuvre progressive attendue pour la rentrée 2026 pour les nouveaux comptes et d’ici le 1er janvier 2027 pour tous les utilisateurs existants. Cette mesure s’inscrit dans un cadre plus large de protection des mineurs en ligne et de lutte contre les usages problématiques des réseaux.

Photo illustrant l’interdiction des réseaux pour les mineurs
Photo illustrant le débat autour de l’interdiction des réseaux pour les mineurs

En France, l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans soulève des espoirs et des inquiétudes

Le dispositif prévoit une vérification d’âge qui concernera tous les utilisateurs d’ici au 1er janvier 2027 et inclut des solutions techniques comme la vérification par selfies ou documents. « France Identité », application officielle qui permet d’utiliser en ligne ses papiers d’identité, est mentionnée comme système potentiel; le spécialiste des réseaux sociaux Fabrice Epelboin estime que « les plateformes seront très incitées à adopter ce système », car « cette solution tendue par l’État est une promesse de non-poursuites juridiques ».

Il craint qu’on « habitue les utilisateurs de réseaux sociaux à passer par un service de validation d’identité fourni par l’État pour se connecter sur leur compte de réseau social ». Ce qui pourrait, à terme, « mettre fin au pseudonymat » sur internet et avoir « un effet de conformisme social généralisé ».

« Brèche ouverte », a estimé l’enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication Olivier Ertzscheid, qui affirme que le texte « n’est pas une bonne mesure » et représente « un vrai risque de dérive ».

Les responsables du ministère du Numérique rappellent qu’il ne s’agit pas de transmettre une identité, mais uniquement une information binaire : âge requis atteint ou non. « Il est possible de le faire d’une façon qui est complètement respectueuse de la vie privée », souligne Olivier Blazy, professeur en cybersécurité à Polytechnique. Mais cette mesure « va concerner une vaste majorité des Français et donc exposer beaucoup de leurs données », précise-t-il.

Pour lui, passer par des solutions proposées par des entreprises privées présente les mêmes inconvénients qu’une application gouvernementale, à savoir une potentielle fuite de données, mais augmente mécaniquement les risques en ajoutant un nouvel acteur dans le processus.

La nécessité de préserver la santé mentale des plus jeunes face aux effets nocifs des réseaux sociaux fait l’objet d’un consensus scientifique. Toutefois, cette mesure pourrait en partie manquer sa cible car il est possible de contourner l’interdiction, par exemple en recourant à un VPN, outil permettant de se localiser dans un autre pays.

En Australie, premier État à avoir mis en place en décembre une telle interdiction aux moins de 16 ans, les adolescents ont redoublé d’ingéniosité pour tromper les outils de vérification d’identité.

Pour Olivier Ertzscheid, il faut « inverser le champ de responsabilité » et « considérer qu’aujourd’hui, ce sont les plateformes qui sont responsables de tous ces contenus qui posent problème ». « Elles ont tous les outils à leur disposition pour faire le ménage et protéger les mineurs », insiste-t-il.

Mais, selon les intervenants, il n’existe pas de solution miracle et l’adoption du texte demeure une question politique complexe, avec des risques de dérive et de contournement qui nécessitent une vigilance continue.

Défis pour la vie privée et les données personnelles

Plusieurs experts mettent en garde sur les risques que la vérification d’âge implique la collecte et le traitement de données sensibles, et sur le stockage éventuel qui pourrait exposer les utilisateurs à des fuites. Le texte insiste sur la protection de la vie privée et l’absence de stockage d’identité par les plateformes, mais les avis restent partagés sur l’efficacité et les garanties offertes par les solutions proposées, y compris celles expérimentées via France Identité.

En dernier ressort, les débats portent sur l’équilibre entre protection des mineurs et respect des données: l’objectif annoncé est la sécurité et la santé mentale, mais les risques techniques et juridiques persistent si les données sont mal gérées ou si des acteurs privés interviennent dans le processus.

Source: https://www.sudouest.fr/economie/reseaux-sociaux/interdiction-des-reseaux-aux-moins-de-15-ans-des-experts-s-inquietent-pour-la-vie-privee-et-les-donnees-27626036.php

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