La participation de Massoud Pezeshkian au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, à Bichkek, intervient alors que Washington durcit sa pression financière sur Téhéran. Pour l’Iran, l’enjeu n’est pas seulement de trouver des acheteurs pour son pétrole : il est de conserver des circuits de transport, d’assurance, de paiement et d’utilisation de ses recettes.

Une pression qui vise toute la chaîne économique

Le 24 août, le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a annoncé l’opération « Economic Pariah », destinée à viser les liens financiers et économiques de l’Iran dans le monde. Quatre jours plus tard, les États-Unis ont notamment ciblé un canal bancaire aux Émirats arabes unis, ainsi qu’un responsable de la branche de Dubaï de la banque Melli et une entreprise accusée d’avoir facilité des opérations de blanchiment pour une maison de change iranienne sanctionnée.

L’économiste Isaac Saïdian, interrogé par Al Jazeera, situe le point de fragilité entre la vente du pétrole et la possibilité d’en faire une recette réellement utilisable dans l’économie iranienne. Une cargaison peut trouver preneur, mais le coût du fret et de l’assurance, les difficultés de transfert ou le gel des fonds à l’étranger peuvent en réduire fortement la valeur.

La Chine au centre des calculs de Téhéran

La Chine demeure la principale destination du brut iranien. Elle est aussi, avec la Russie et l’Inde, l’un des partenaires centraux de la stratégie iranienne de diversification commerciale, financière et logistique. Pour Mohsen Farkhani, professeur de relations internationales à l’université d’Ispahan cité par Al Jazeera, Pékin constitue à la fois un partenaire économique et un élément de la réponse iranienne aux pressions américaines.

Une limite décisive demeure : l’Organisation de coopération de Shanghai n’est ni une union monétaire ni un système financier commun capable, à ce stade, d’isoler ses membres des sanctions américaines. Le rejet politique des sanctions unilatérales ne garantit pas que chaque banque, assureur ou armateur accepte le même niveau de risque face aux sanctions secondaires.

Des outils utiles, sans solution clé en main

Téhéran mise sur une architecture graduelle : échanges en monnaies nationales, règlement multilatéral, développement d’une banque de l’Organisation de coopération de Shanghai, réseaux de paiement, assurances et corridors de transport. Ces instruments peuvent réduire la dépendance aux circuits dominés par le dollar, mais convertir une transaction en yuans ne la protège pas mécaniquement des sanctions secondaires.

La Russie offre à l’Iran une expérience de coopération sous sanctions, tandis que l’Inde conserve des intérêts dans le port de Chabahar et le corridor Nord-Sud. New Delhi reste toutefois liée à Washington par une relation stratégique qui limite la perspective d’une confrontation financière ouverte. Le sommet de Bichkek apparaît ainsi moins comme une voie toute tracée pour contourner les sanctions que comme un cadre où l’Iran cherche à multiplier les options, afin qu’aucun circuit unique ne suffise à paralyser son commerce extérieur.

Sources

Al Jazeera — « هل تستفيد إيران من قمة شنغهاي للالتفاف على العقوبات الأمريكية؟ » — 1er septembre 2026 — lire l’article original.