Au Soudan, les lignes de combat ne se résument plus à un seul théâtre. Une cartographie publiée le 5 septembre par Al Jazeera décrit des foyers qui s’égrènent de l’État du Nil Bleu, près de l’Éthiopie, jusqu’au Darfour, en passant par les trois États du Kordofan. Elle met en évidence une guerre où les positions changent selon les localités et où les attaques de drones atteignent aussi des villes et des villages éloignés des fronts.

Du Nil Bleu aux abords de la frontière éthiopienne

Dans l’État du Nil Bleu, Al Jazeera identifie al-Baraka, Bakouri, Qeissan et Kurmuk parmi les secteurs les plus exposés. Al-Baraka, située dans la localité de Kurmuk, se trouve près de la frontière éthiopienne. L’armée soudanaise y a annoncé avoir repoussé, vendredi, une attaque des Forces de soutien rapide et du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord, allié à celles-ci.

Bakouri abrite une base militaire et le commandement de la 14e brigade de l’armée, ce qui explique l’enjeu des affrontements autour de cette localité. Les Forces de soutien rapide et le Mouvement populaire-Nord ont pris Qeissan et Kurmuk au cours des dernières semaines, tandis que l’armée conserve d’autres zones des deux localités, ainsi que Damazine, Roseires, Baw, Wad al-Mahi et Tadamon. Plus au sud, Yabous reste sous le contrôle du mouvement dirigé par Abdelaziz al-Hilu, d’après cette même cartographie.

Le Kordofan, entre axes routiers, sièges et drones

Au Kordofan-Nord, Bara est présentée comme une position majeure sur la route qui conduit vers Omdurman, à l’ouest de Khartoum. Fin juillet, l’armée a repris Bara, Jabra al-Sheikh et Umm Sayyala. Al Jazeera décrit ensuite un déplacement des confrontations : les combats terrestres directs ont laissé place, autour de Bara, à des attaques de drones contre des sites et des villages.

Plus au nord-ouest, Hamrat al-Sheikh, al-Mazroub et Sodari sont tenues par les Forces de soutien rapide. Leur intérêt tient à leur proximité avec le Darfour et le Kordofan-Ouest, ainsi qu’aux itinéraires de mouvement et de ravitaillement entre les deux régions. Au Kordofan-Sud, Kadougli et Dilling restent sous contrôle de l’armée. Après la levée de leur siège, elles demeurent toutefois exposées de manière intermittente à des frappes de drones, qui ont fait des victimes civiles, rapporte Al Jazeera.

La localité d’al-Abbasiya illustre aussi le coût civil de cette extension des violences. L’Organisation internationale pour les migrations a fait état du déplacement de 6 420 personnes depuis neuf villages entre les 1er et 2 septembre, dans un contexte de dégradation sécuritaire. À Kaouda, bastion du Mouvement populaire-Nord, la carte mentionne en outre des combats locaux liés à un différend foncier.

Au Darfour, des gains ponctuels dans une zone largement tenue par les FSR

Vers l’ouest, les localités d’Umm Barou et de Karnoi, au Darfour-Nord, font partie des fronts actifs. L’armée et la Force conjointe des mouvements armés y ont pris de larges secteurs. Leur position près de la frontière tchadienne en fait, dans le récit d’Al Jazeera, des points d’appui pour se déplacer dans le Darfour-Nord et sécuriser des routes de ravitaillement.

Au nord de Geneina, au Darfour-Ouest, l’armée et cette force conjointe ont d’abord pris Kulbus en juin avant de se replier dans ses environs après un peu plus de deux semaines. Elles ont ensuite contrôlé Bir Saliba et Jebel Moon. Le 29 août, le gouverneur du Darfour-Ouest a annoncé la prise d’Abou Srouj, dans la localité de Sirba. Malgré ces évolutions locales, les Forces de soutien rapide et leurs alliés contrôlent encore la plus grande partie du Darfour, précise Al Jazeera.

Le déplacement, conséquence commune de fronts dispersés

La carte relie cette dispersion géographique à une même conséquence : les déplacements de population. Dans le Nil Bleu, environ 3 000 personnes ont été déplacées de trois villages de Kurmuk et l’ONU a évalué à près de 22 000 le nombre de déplacés en une semaine à cause des combats à Qeissan. Selon l’ONU, citée par Al Jazeera, près de 1 100 civils ont été tués dans des attaques de drones entre janvier et juin 2026.

Depuis avril 2023, l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide sont en guerre. La photographie des fronts publiée le 5 septembre ne décrit donc pas une ligne stable : elle montre des combats qui s’étendent entre zones frontalières, routes d’approvisionnement, villes assiégées et territoires où les attaques à distance éloignent le danger des seules lignes de contact.

Sources