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Iran : Mojtaba Khamenei, du fils à guide suprême

par Sara
Iran, États-Unis, Israël

La mort d’Ali Khamenei, tué lors d’une attaque sur Téhéran fin février, a précipité une succession rapide au sommet de l’État iranien. Dans un contexte de tension militaire avec les États-Unis et Israël, les institutions du pays se sont mobilisées pour assurer une passation de pouvoir conforme à la fois aux règles constitutionnelles et aux exigences de légitimité politique.

Une transition accélérée par la crise

Les consultations ont commencé immédiatement après l’assassinat, selon le directeur du bureau d’information basé à Téhéran. Elles ont rassemblé l’Assemblée des experts du leadership, les organes de souveraineté — notamment la Garde révolutionnaire — les services de sécurité et l’exécutif, ainsi que des instances influentes telles que le Conseil de surveillance constitutionnelle et le Conseil de discernement.

Plusieurs noms ont circulé au cours des délibérations, dont Hassan Khomeini, Ali Khomeini et l’ancien président Hassan Rouhani. Toutefois, c’est le nom de Mojtaba Khamenei qui est progressivement devenu central dans les discussions, avant d’être soumis à la procédure prévue par la Constitution.

La procédure constitutionnelle et l’élection

La loi iranienne impose une réunion en présentiel de l’Assemblée des experts pour débattre et voter l’élection du nouveau guide suprême. Selon le communiqué du conseil, la réunion s’est tenue selon cette forme stricte : des délibérations ont eu lieu entre les membres, qui se sont finalement accordés pour élire Mojtaba Khamenei comme troisième guide suprême de la République islamique.

La proclamation de son accession au poste a été annoncée officiellement dans la soirée du dimanche suivant la réunion.

Portrait de Mojtaba Khamenei

Né en 1969, Mojtaba Khamenei est une figure bien connue des cercles proches du pouvoir. Il a été régulièrement évoqué ces dernières années comme un successeur potentiel, cumulant expériences religieuses et parcours au sein des structures de décision.

Durant la guerre Iran-Irak, il a servi au sein de la Garde révolutionnaire en 1986. Par la suite, il s’est consacré aux études religieuses en séminaire, obtenant le degré d’ijtihad qui le rend apte, sur le plan théologique, à occuper la fonction de wali al-faqih (guide suprême).

La question de la « transmission héréditaire »

La désignation d’un membre de la famille du précédent guide ravive le débat sensible sur le risque de succession héréditaire dans un système qui, en théorie, repose sur le principe de l’élection du wali al-faqih.

Le journaliste spécialisé Abdelkader Faïz souligne que, avant la guerre, ce reproche de « tour héréditaire » pesait sur le nom de Mojtaba. Après l’assassinat d’Ali Khamenei, selon lui, s’est néanmoins ajoutée une forme de « légitimité du sang » : le fait que la succession survienne à la suite d’un martyre confère au nouvel homme fort une dimension symbolique supplémentaire dans la tradition politique chiite.

Par ailleurs, Faïz relève que Mojtaba cumule des éléments de légitimité variés — enracinement révolutionnaire, expérience institutionnelle et autorité religieuse — ingrédients recherchés dans un régime qui équilibre étroitement religion, politique et sécurité.

Défis immédiats et perspectives

Le défi majeur pour le nouveau guide ne se limite pas aux modalités de son accession, mais porte surtout sur sa capacité à piloter un pays en guerre. Abdelkader Faïz estime que l’Iran a besoin d’un leader capable de prendre des décisions fermes, qu’il s’agisse d’une montée en intensité ou d’un recul stratégique en vue d’une négociation si les circonstances l’exigent.

De son côté, le professeur Alam Saleh, spécialiste de l’Iran et du Moyen-Orient à l’université nationale d’Australie, interprète cette élection comme un signal politique fort à l’adresse des adversaires de Téhéran. Pour lui, la rapidité de la recomposition du leadership témoigne de la capacité des institutions — et en particulier de la Garde révolutionnaire — à préserver la continuité du régime malgré la frappe qui a décapité sa direction.

Alam Saleh rappelle en outre l’exemple de 1989, lorsque Ali Khamenei avait lui-même été porté au sommet sans être à l’origine un marja‘ reconnu, avant de consolider sa position en tissant un réseau d’alliances au sein de l’État. Mojtaba Khamenei pourrait suivre une trajectoire comparable, en renforçant progressivement son influence dans les sphères religieuse, militaire et politique.

Attributions et pouvoirs

La Constitution iranienne confère au guide suprême des prérogatives étendues : commandement des forces armées, décision finale en matière de guerre et de paix, nomination des hauts responsables militaires et des dirigeants d’institutions clés, ainsi qu’un rôle central dans la définition des orientations stratégiques validées par le Conseil de sécurité national.

Dans le contexte actuel, l’exercice de ces prérogatives par Mojtaba Khamenei déterminera en grande partie la trajectoire que prendra l’Iran face aux crises régionales et aux pressions externes.

source:https://www.aljazeera.net/politics/2026/3/9/%d9%85%d8%b4%d8%b1%d9%88%d8%b9%d9%8a%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d8%af%d9%85-%d9%88%d8%aa%d8%ac%d8%a7%d9%88%d8%b2-%d8%a7%d9%84%d8%aa%d9%88%d8%b1%d9%8a%d8%ab-%d9%83%d9%8a%d9%81-%d8%a7%d8%b9%d8%aa%d9%84%d9%89

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