Douze véhicules militaires israéliens ont pénétré le village de Saida al-Golan, dans la campagne de Quneitra au sud de la Syrie, au moment où une délégation syrienne discutait avec des responsables israéliens à Paris sous la médiation des États-Unis. Cette nouvelle incursion est présentée comme une violation de la souveraineté syrienne alors que les négociations se déroulaient dans la capitale française.
Sur le terrain, un correspondant a rapporté depuis Beit Jinn que les pourparlers devaient se poursuivre pour une deuxième et dernière journée, malgré ce qu’il a qualifié d’entrave aux discussions par la répétition des incursions israéliennes. Selon les observateurs, de profondes divergences subsistent entre les objectifs de Damas et ceux de Tel-Aviv.
Israël réclame une démilitarisation totale du sud syrien, le maintien de postes militaires sur le Jabal al-Sheikh (Mont Hermon) et des garanties pour la minorité druze, revendication qui avait servi de prétexte aux bombardements de Damas en juillet dernier. De leur côté, les autorités syriennes demandent essentiellement le retrait des forces étrangères et la fin des frappes, incursions et hostilités sur le territoire souverain.
Pour les États-Unis, la priorité demeure la contention : éviter toute escalade régionale et limiter l’influence iranienne dans la zone, un élément central des discussions de médiation.
Des experts en géopolitique soulignent la difficulté de rapprocher ces positions. Marie Forestier, spécialiste du dossier syrien, a estimé que la stratégie israélienne risque d’accentuer l’instabilité en Syrie et de favoriser l’émergence d’acteurs hostiles à Israël, rendant toute solution durable encore plus compliquée.
Multiples incidents et tensions croissantes
Depuis la chute de Bachar al-Assad, Israël a étendu sa présence au-delà des hauteurs du Golan et a multiplié les raids et bombardements dans le sud de la Syrie. Les forces israéliennes ont mené des incursions fréquentes, installé des points de contrôle, procédé à des arrestations et entrepris des opérations de terrassement, provoquant colère et mécontentement au sein des populations locales.
Parallèlement, l’armée israélienne continue des frappes aériennes qui ont fait des victimes civiles et détruit des positions et infrastructures militaires syriennes. Au cours de l’année écoulée, une organisation de suivi des conflits a recensé plus de 600 attaques en Syrie attribuées à Israël, soit près de deux frappes par jour en moyenne.
- Arrestations et disparitions signalées dans les zones occupées ;
- Multiplication des points de contrôle et des opérations de bulldozer sur les terres locales ;
- Frappes aériennes régulières causant des pertes civiles et des destructions d’infrastructures.
Accord de désengagement et contestation
L’accord de désengagement de 1974, conclu après le conflit de 1973 et qui avait institué une zone tampon sous surveillance des Nations unies, est désormais remis en question par Tel-Aviv, qui considère cet accord comme caduc depuis le départ de l’ancien régime syrien. Sur le terrain, les violations se poursuivent et Israël a avancé plus profondément en territoire syrien par divers moyens.
Les autorités syriennes dénoncent la suspension de facto de cet accord et accusent Israël de mener des raids, des incursions terrestres et des vols de reconnaissance tout en installant des points de contrôle et en procédant à des arrestations. En novembre dernier, une opération menée par des forces israéliennes à Beit Jinn avait fait treize morts parmi les civils, dont deux enfants, alimentant l’indignation locale.
Certaines populations réclament un départ garanti des forces étrangères, assorti d’un engagement ferme du gouvernement syrien et de puissances étrangères pour le faire respecter. D’autres habitants, peu informés des discussions internationales, se déclarent simplement désireux de retrouver une vie sans ingérence étrangère.
Jusqu’à présent, Damas n’a pas répondu par des frappes en représailles systématiques. Sur le plan diplomatique, le Premier ministre israélien a réaffirmé récemment la volonté d’assurer une frontière paisible, tandis que des déclarations américaines ont évoqué la possibilité d’un rapprochement entre Tel-Aviv et de nouveaux dirigeants syriens évoqués par Washington.
Les pourparlers menés à Paris se déroulent de façon intermittente depuis plusieurs mois sans percée notable. Les analystes considèrent que l’issue dépendra largement de la marge de manœuvre politique des dirigeants israéliens et de la pression internationale susceptible d’être exercée pour parvenir à un compromis.
En l’état, la Syrie ne reconnaît pas Israël et ne manifeste pas d’intérêt pour rejoindre les accords régionaux récents qui ont vu certains pays arabes normaliser leurs relations avec Tel-Aviv. Quant à l’annexion israélienne du plateau du Golan, elle reste reconnue par quelques capitales mais largement contestée par la communauté internationale.