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La guerre d’extermination menée contre Gaza a laissé des traces profondes au sein même du projet sioniste et remet en cause ses perspectives de survie. Des écrivains, généraux, journalistes et hommes politiques — israéliens et occidentaux — dressent un tableau d’une crise multiforme dont il est difficile de faire le tour.
Les conséquences touchent à la fois la sphère militaire, économique et sociale : mobilisation massive des réservistes, paralysie de secteurs productifs, endettement croissant, et recours aux émissions d’obligations pour financer l’effort de guerre.
En filigrane se dessine une fracture politique et morale, qui ravive des débats anciens sur la stratégie, la légitimité des objectifs et la capacité de l’État à définir une feuille de route cohérente face à un conflit sans précédent.
Mépris de la «vache sacrée» : confrontation entre pouvoir politique et militaires
La crise s’est traduite par un conflit ouvert et bruyant entre une direction politique sans cap et une hiérarchie militaire impliquée dans des opérations qui soulèvent des accusations de crimes de guerre. La confiance entre l’exécutif et l’état-major est gravement compromise.
Des partisans de mesures extrêmes — préconisant l’extermination, les camps et le déracinement — ont lancé une campagne de dénigrement contre l’armée, traditionnellement perçue comme la «vache sacrée» d’Israël, l’accusant d’incapacité et de responsabilité exclusive pour les échecs depuis le déclenchement de l’offensive.
La marginalisation des chefs militaires dans le processus décisionnel s’est accentuée après l’opération dite «arbâté Gedion», dont le bilan fut principalement destruction et pertes lourdes.
- Conflit public et accusations réciproques entre civils et militaires.
- Allégations de crimes de guerre et d’actes de destruction systématique.
- Désaccords sur la conduite et les objectifs de la guerre.
Absence de consensus pour l’occupation de Gaza
Le journaliste expérimenté Ben Caspit a souligné que, contrairement aux précédentes décisions stratégiques majeures, l’initiative d’occuper Gaza n’a bénéficié ni d’un large consensus national ni d’un feu vert des experts militaires. Autrement dit : pas d’unanimité, pas d’aval professionnel.
Pour Caspit, M. Netanyahu joue une partie dangereuse, influencée par les courants les plus extrémistes de sa coalition, une partie achetée avec l’argent public et risquant d’échapper à tout contrôle.
La campagne de mise au siège et de privation de la population de Gaza, qui a poussé plus de deux millions de personnes au bord de la famine, a provoqué une rupture sérieuse avec l’ordre mondial qui a historiquement protégé et soutenu le projet sioniste.
- Pas d’aval professionnel ni de large consensus national.
- Impact humanitaire massif et isolement diplomatique croissant.
- Remise en cause de récits fondateurs et de la légitimation internationale du projet.
Une guerre ou une farce sanglante ?
Le commentateur Yoav Ben-Eliahu, s’exprimant depuis le club de la presse de Tel-Aviv au 663e jour de l’offensive, a livré un réquisitoire cinglant : après 663 jours de bombardements et de destructions, Israël se présente «nu» face à ses propres échecs.
Il a dénoncé l’absence de victoire, l’effondrement de l’image morale et militaire, et l’utilisation des vies — soldats et otages — comme monnaie politique. Pour lui, la campagne n’a produit que ruines matérielles et perte de crédibilité.
Ben-Eliahu a mis en avant plusieurs échecs : incapacité à restaurer le «dissuasion», perte de plus de 4 000 soldats, paralysie économique et isolement international croissant. Il a averti que si la guerre ne cessait pas, la prochaine défaite pourrait frapper l’intérieur même d’Israël.
- 663 jours de conflits sans résultat stratégique clair.
- Destruction massive à Gaza sans briser la détermination adverse.
- Perte d’autorité morale et internationale pour l’État israélien.
La route vers une guerre sans fin
Des analystes militaires, comme Amos Harel et Avi Issacharoff, estiment que la stratégie de M. Netanyahu pour occuper Gaza met Israël sur la voie d’une «guerre éternelle» ou, à tout le moins, d’un conflit prolongé et indéterminé.
Ils pointent surtout l’incapacité à traduire des succès tactiques ponctuels en gains politiques et stratégiques durables. L’enseignement de cette séquence, selon certains, sera étudié dans les académies militaires comme un modèle de mauvaise gestion de guerre.
Au sein du gouvernement, les désaccords étaient visibles : le chef du conseil de sécurité nationale s’est opposé au plan d’occupation, le chef d’état-major a mis en garde contre les risques pour les otages, et le Mossad a exprimé des réserves, prônant la poursuite des négociations pour un échange.
- Division interne sur les objectifs et les moyens.
- Risque d’enlisement et de conflit prolongé.
- Pressions contradictoires entre volonté politique et contraintes opérationnelles.
Conséquences politiques, sociales et existentielles
La direction du projet sioniste a échappé au contrôle des élites laïques et rationnelles au profit d’une minorité national-religieuse aux visions expansionnistes et messianiques. Cette capture idéologique transforme la politique d’État et menace la cohésion interne.
La minorité radicale a instrumentalise la figure de Netanyahu, exploité ses faiblesses et fait de l’État une otage de politiques extrémistes. La démocratie est ainsi vidée de sa substance, tandis que le lien avec les soutiens internationaux se fragilise.
Le processus a des implications lourdes : isolement diplomatique renforcé, rejet croissant par l’opinion publique occidentale, et effritement du contrat social entre l’État et ses citoyens, notamment les colons qui voyaient en Israël un refuge pour les Juifs du monde entier.
- Remplacement du pouvoir laïc par une minorité religieuse nationaliste.
- Perte progressive du soutien moral et politique international.
- Risque d’implosion sociale et de remise en cause de la légitimité de l’État.
Un tournant historique et ses questions
La guerre a dévoilé, selon certains observateurs, la véritable histoire fondatrice du projet sioniste : une série d’actes de dépossession et de violences visant à substituer un peuple à un autre. La narration officielle s’est fissurée face à une représentation plus sombre des événements historiques.
Cette révélation publique a contribué à l’effondrement de la mythologie d’État pour une part importante de l’opinion mondiale, en particulier en Occident. La conséquence est une remise en question profonde de la légitimité et de l’avenir du projet politique en place.
Alors que des voix, y compris au sein de l’opposition israélienne, déclarent que l’État n’est ni moralement ni politiquement victorieux, la question centrale demeure : comment sortir d’un cycle qui semble mener le pays vers l’isolement et la désintégration interne ?
- Reconsidération internationale du récit fondateur de l’État.
- Perte de consensus interne sur la stratégie nationale.
- Menace réelle pour la pérennité politique et sociale du pays.
Vers quelle issue ?
La crise israélienne, à la fois politique, militaire et morale, s’approfondit à mesure que s’enlisent les opérations et que se multiplient les dénonciations publiques, y compris de la part d’anciens responsables militaires et de journalistes influents.
Les appels à l’arrêt des hostilités, à la recherche d’accords pour les otages et à une réévaluation stratégique se heurtent à des forces politiques déterminées à poursuivre une logique d’éradication et d’expansion.
Le défi reste monumental : restaurer un équilibre entre sécurité et légitimité, éviter l’isolement total et préserver, si possible, une forme de cohésion nationale sans renoncer à des principes fondamentaux de droit et d’humanité.
- Recherche de solutions politiques et humanitaires pour sortir de l’impasse.
- Besoin d’un débat national profond sur les objectifs d’État.
- Risque élevé d’une crise prolongée aux conséquences imprévisibles.