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    Israël intensifie la démolition de maisons en Cisjordanie depuis octobre 2023

    Palestine, Israël

    Amjad Khazem a versé de grandes larmes en voyant, lundi dernier, les bulldozers israéliens démolir sa maison ainsi que son commerce dans le camp de réfugiés de Jénine, au nord de la Cisjordanie. Ce drame touche également les biens de ses onze frères, dont les habitations ont été détruites en même temps, ainsi que plus d’une dizaine de commerces familiaux.

    Avec une profonde tristesse, Khazem a décrit ce qu’il ressentait en voyant s’effondrer la maison où il est né et a vécu toute sa vie : « C’est une douleur immense, ils n’ont laissé aucune maison ni commerce. J’ai 64 ans, j’ai vécu ici, et cette maison avait été construite plusieurs années avant ma naissance. Rien ne peut égaler cette souffrance. »

    Outre la perte des habitations, Khazem et ses frères ont aussi perdu leur source de revenus avec la destruction des commerces qui soutenaient leurs familles.

    Dégagement de fumée suite à la démolition de maisons dans le camp de réfugiés de Toulkarem au nord de la Cisjordanie

    La fumée s’élève à la suite de la démolition par l’occupation des habitations dans le camp de Toulkarem, au nord de la Cisjordanie.

    Démolition d’un tiers du camp

    En six mois d’opération militaire israélienne à Jénine, les bulldozers ont détruit plus d’un tiers du camp, selon les estimations de la municipalité locale.

    La municipalité précise qu’après l’annonce officielle de la démolition de 95 bâtiments le mois dernier, près de 1000 habitations ont été détruites dans un camp qui en compte environ 3200.

    Dans le même temps, l’occupation poursuit depuis cinq mois la démolition de maisons dans les camps de la ville de Toulkarem. Lundi dernier, elle a notifié la destruction de 104 nouvelles habitations dans ce camp.

    Abdallah Kamel, gouverneur de Toulkarem, a publié une déclaration appelant la communauté internationale à exercer des pressions sur Israël pour mettre fin à ces démolitions. Il a dénoncé le silence international, qu’il considère comme un encouragement à la poursuite des agressions.

    Selon lui, cette décision politique relève d’un acte criminel dont la responsabilité incombe au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu — actuellement recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre à Gaza — et à son gouvernement. Ce geste constitue une violation du droit international humanitaire, des conventions relatives aux droits de l’homme, notamment celui au logement et à la vie.

    Bulldozers israéliens détruisant des maisons aux alentours du camp de Jénine

    Bulldozers israéliens démolissant des habitations autour du camp de réfugiés de Jénine.

    Justifications invoquées pour les démolitions

    La politique de démolition ne cible pas seulement les camps de réfugiés de la Cisjordanie, mais couvre l’ensemble du territoire depuis le début des opérations, sous des prétextes fallacieux.

    • Le 2 juillet, une maison a été démolie dans un village près de Qalqilya, au motif qu’elle se situait en zone C.
    • Le 4 juillet, un bâtiment de deux étages a été détruit dans le village de Zawiya, au sud de Jénine, pour la même raison.
    • La famille du martyr Raafat Dawasah, originaire de Silat al-Harithiya à l’ouest de Jénine, a reçu un ordre de démolition, accusée d’être liée à des attaques contre des colons avant son assassinat en août 2024.

    Ces dernières semaines, de nombreuses maisons et structures palestiniennes ont été détruites dans les villages de Bartaa, de la région de Toulkarem, Salfit, et Jéricho, ainsi que les habitations de martyrs à Hébron et Naplouse.

    Israël base ses démolitions sur trois principaux motifs :

    1. Démolition militaire : la plus brutale, elle est exécutée sans avertissement préalable et provoque des dégâts considérables dans les infrastructures.
    2. Démolition punitive : destinée à sanctionner les auteurs d’attaques contre les colons et l’armée israélienne en détruisant leur logement et celui de leurs familles.
    3. Démolition administrative : la plus courante, utilisée pour freiner l’expansion urbaine palestinienne, notamment dans la zone C qui couvre 60 % de la Cisjordanie.

    Cette politique s’appuie sur une loi britannique de 1945 adoptée pour réprimer la révolte palestinienne. Bien que considérée comme une loi coloniale dépassée, elle est toujours appliquée à ce jour. La justice militaire israélienne a reconnu qu’elle dépasse souvent son but initial en affectant des familles entières.

    Maison détruite où des résistants s’étaient retranchés dans la ville de Barkan à l’ouest de Jénine

    Maison détruite dans laquelle des résistants s’étaient retranchés à Barkan, à l’ouest de Jénine.

    Crimes de guerre et violation des lois internationales

    Des organisations juridiques dénoncent le fait qu’Israël ne fait aucune distinction entre les zones administrées par l’Autorité palestinienne et les zones dites C. Des démolitions ont visé des immeubles à Ramallah et Naplouse, en violation des accords de partage administratif.

    Selon ces organisations, les démolitions menées pour raisons sécuritaires ont augmenté depuis le 7 octobre 2023, affectant en particulier les camps où des destructions totales sont en cours.

    Amar Douaik, directeur général de la Commission indépendante des droits humains palestinienne, affirme que les camps de Jénine et Toulkarem subissent un nettoyage ethnique sans précédent depuis dix ans. Il souligne le manque de données précises en raison du verrouillage complet des camps, qui empêche toute organisation internationale ou locale d’y accéder.

    Douaik explique que la justification avancée par Israël, à savoir protéger ses forces armées, est contraire au droit international, qui limite la destruction de logements à des cas exceptionnels.

    Il qualifie ces actions de plan systématique visant à dépeupler les zones C et certaines zones B, ainsi qu’à réorganiser démographiquement les camps.

    À Jérusalem, les Palestiniens peinent à obtenir des permis de construire auprès des autorités israéliennes, qui refusent systématiquement, avant de démolir les habitations sous prétexte d’irrégularité.

    Douaik appelle à documenter ces violations et exhorte les pays ayant des relations avec Israël à adopter des mesures concrètes, notamment en menaçant de sanctions si ce type de pratiques ne cesse pas.

    Il ajoute que les organisations de défense des droits ont informé les instances internationales compétentes, en particulier le rapporteur spécial sur le droit au logement, pour dénoncer ces politiques qui violent directement ce droit fondamental. Selon lui, la destruction systématique des maisons et le déplacement forcé des populations constituent des crimes de guerre.

    Des habitants inspectent une maison détruite par l’occupation après que des résistants s’y soient retranchés

    Des habitants inspectent une maison détruite par l’occupation après que des résistants s’y soient retranchés.

    Statistiques des démolitions

    Plusieurs organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme, y compris le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), documentent depuis des années ces démolitions, qui ont considérablement augmenté depuis le début de l’offensive israélienne contre la bande de Gaza.

    Entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2024, OCHA a recensé la destruction de 1787 structures, dont 800 maisons habitées. Cela a provoqué le déplacement de plus de 4000 personnes.

    Par ailleurs, 465 structures ont été démolies pour absence de permis, incluant 56 financées par des donateurs, ce qui a causé l’exode de 445 individus depuis le début de l’année jusqu’en avril dernier.

    Les autorités israéliennes ont également détruit 11 habitations à titre punitif, ciblant les familles des auteurs présumés d’attaques ou des résistants, et ont expulsé 65 personnes.

    En juin, plus de 20 bâtiments ont été rasés dans les camps de Jénine, Toulkarem et Nour Chams, ainsi que 120 structures dans ces mêmes camps depuis le début de l’opération militaire.

    Au total, l’organisation internationale estime que le nombre de bâtiments détruits en Cisjordanie depuis le début du conflit à Gaza se situe entre 2400 et 2500, incluant des habitations et d’autres infrastructures.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/7/4/%d8%a5%d8%ad%d8%b5%d8%a7%d8%a6%d9%8a%d8%a7%d8%aa-%d8%b5%d8%a7%d8%af%d9%85%d8%a9-%d8%b9%d9%86-%d8%b3%d9%8a%d8%a7%d8%b3%d8%a9-%d8%a7%d9%84%d9%87%d8%af%d9%85

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