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Israël prive la Cisjordanie de fonds et fragilise l’éducation

par Sara
Palestine, Israël

Depuis plusieurs mois, les écoles publiques de Cisjordanie fonctionnent au ralenti, victimes d’un double épuisement budgétaire et sécuritaire. Le retrait par Israël des recettes fiscales collectées pour le compte de l’Autorité palestinienne a paralysé les finances publiques, provoquant fermetures répétées, salaires partiels et disparition progressive des ressources pédagogiques essentielles.

Une école en difficulté à Nablus

À Nablus, l’école élémentaire Zenabia, qui accueillait autrefois des classes animées et régulières, n’ouvre désormais que trois jours par semaine au maximum. Les manuels complets ont été remplacés par de maigres « paquets » de pages, et le temps d’enseignement se concentre sur les matières de base au détriment des sciences et des activités complémentaires.

La directrice, Aisha al-Khatib, décrit une situation généralisée : « Nous faisons tout ce que nous pouvons, mais nous n’avons ni le temps, ni le matériel, ni la stabilité pour enseigner correctement et maintenir nos enfants à l’école. » Selon elle, s’attaquer à l’éducation revient à « détruire la nation ».

Salaires coupés, personnel réduit

La politique de rétention des fonds, menée notamment sous l’impulsion d’un ministre des Finances de droite, a privé l’Autorité palestinienne de sommes considérables ces deux dernières années. En conséquence, les services publics ont subi des coupes drastiques affectant salaires, nettoyages urbains et sécurité.

Dans les écoles, les enseignant·e·s restent parfois de longues périodes sans être payés, ou perçoivent environ 60 % de leur ancien salaire, poussant nombre d’entre eux à chercher un emploi en usine ou sur internet pour compléter leurs revenus. Cette fuite des enseignant·e·s accroît les absences et dégrade la qualité de l’enseignement.

Vie quotidienne perturbée et familles à bout

Pour les familles, l’impact est immédiat : emplois perdus, heures de classe réduites et impossibilité de compenser l’enseignement à la maison. Eman Hassaneh, mère d’un élève de 10 ans, a vu son mari perdre son permis de travail en Israël et se retrouve aujourd’hui seule à subvenir aux besoins du foyer.

Elle raconte travailler de longues journées dans une usine de halawa tout en essayant d’aider son fils Zaid à apprendre l’anglais sur son téléphone. Les parents manquent souvent des compétences ou du temps pour remplacer l’école, et la pauvreté limite l’accès aux écoles privées que peu peuvent se permettre.

Des élèves tentés par le travail et le décrochage

Les conséquences se traduisent pour certains par un abandon scolaire. Des adolescents comme Talal, 15 ans, ont préféré quitter l’école pour travailler toute la journée et aider leur famille. D’autres jeunes s’installent sur les trottoirs, vendant bonbons et boissons, faute d’alternatives.

Selon les estimations des autorités éducatives, environ 5 à 10 % des élèves de Cisjordanie ont décroché au cours des deux dernières années, un chiffre qui alerte les responsables du secteur en raison des effets cumulés sur une génération entière.

Violence et harcèlements aggravent la crise

Parallèlement aux contraintes budgétaires, les écoles et les élèves subissent une recrudescence de violences : raids militaires, démolitions et attaques de colons sont régulièrement signalés. Dans le gouvernorat de Nablus, les autorités locales rapportent plusieurs agressions récentes contre des établissements scolaires et des élèves en chemin vers l’école.

Des images et vidéos circulant en ligne montrent des scènes d’attaques et, dans certains cas, d’incendies d’écoles. Ces événements traumatisants poussent de nombreuses familles à craindre pour la sécurité de leurs enfants et à limiter leurs déplacements vers l’école.

Conséquences structurelles pour l’éducation en Cisjordanie

Les responsables éducatifs mettent en garde contre une érosion institutionnelle : l’accumulation d’absences, les retraits d’enseignants et le recours à des solutions temporaires risquent de devenir permanents si la crise perdure. Refaat Sabbah, dirigeant d’une campagne mondiale pour l’éducation, alerte sur le fait que sauver l’école aujourd’hui est une « nécessité stratégique » pour préserver la société et son avenir.

Par ailleurs, les autorités estiment que plus de 84 000 élèves ont vu leur scolarité perturbée par des incidents liés à la sécurité dans la Cisjordanie, et qu’environ 80 écoles, regroupant quelque 13 000 élèves, menacent de subir des démolitions totales ou partielles.

Rester vivante, malgré tout

Malgré la conjoncture, de nombreux enseignants et parents tentent de maintenir un lien pédagogique et une routine minimale. Certains élèves, comme Zaid, montrent une détermination à apprendre en dépit des obstacles, espérant poursuivre des études supérieures à l’étranger et devenir médecins ou professeurs.

Pour les familles interrogées, l’enjeu est clair : préserver le droit à l’éducation et offrir aux enfants « une chance dans la vie ». Or cela suppose des solutions financières et de sécurité durables pour que l’éducation en Cisjordanie cesse d’être une variable d’ajustement d’un conflit plus large.

Mesures urgentes à considérer

  • Rétablissement des flux financiers nécessaires au fonctionnement normal des écoles et au versement des salaires.
  • Protection accrue des élèves et des établissements contre les violences et les démolitions.
  • Programmes de soutien pédagogique compensant les heures perdues et aidant à prévenir le décrochage.
  • Soutien psychosocial pour les enfants exposés à des traumatismes liés aux raids et aux agressions.
source:https://www.aljazeera.com/features/2026/2/13/israel-deprives-palestinians-proper-education-witholding-revenues

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