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Jesse Jackson, disparu mardi à l’âge de 84 ans, a longtemps été considéré comme un pilier pour les communautés marginalisées aux États-Unis, notamment les Arabes‑américains et les défenseurs des droits palestiniens. Au fil de ses campagnes et de son action associative, il a cherché à élargir la base du Parti démocrate pour y inclure « les désespérés, les délaissés et les exclus ». Ainsi, son influence a contribué à faire entendre des voix longtemps marginalisées dans le débat politique national.
Une voix pour les Arabes‑américains
Dans les années 1980, Jackson a activement courtisé la communauté arabe‑américaine et a nommé des représentants issus de ce milieu au sein de ses équipes. En 1984, il choisit James Zogby comme l’un de ses adjoints de campagne, une trajectoire qui mènera plus tard à la création de l’Arab American Institute.
Pour beaucoup d’acteurs communautaires, cette attention était déterminante. « Je ne pense pas qu’on puisse raconter l’histoire de l’émancipation politique des Arabes‑américains sans comprendre le chemin qu’a tracé le révérend Jackson pour nous », confie Maya Berry, directrice exécutive de l’Arab American Institute.
Tout au long de sa carrière, Jackson a rejeté les pressions visant à rompre les liens avec des militants pour qui la Palestine reste une question centrale, estimant que la lutte pour la justice devait se mener aussi bien dans les moments faciles que dans les moments difficiles.
Faire entrer la question palestinienne dans le débat national
La campagne présidentielle de 1988 de Jackson, qui remporta 13 États lors des primaires, permit de propulser la cause palestinienne au cœur du débat démocrate. Des délégués de sa campagne se mobilisèrent pour inscrire la reconnaissance d’un État palestinien et le droit à l’autodétermination des Palestiniens dans la plateforme du parti.
Si l’initiative échoua au niveau national, onze sections étatiques du Parti démocrate adoptèrent des plateformes exprimant leur soutien aux droits des Palestiniens à la sécurité et à l’indépendance. Cette avancée locale eut des répercussions symboliques importantes pour la visibilité politique de la question.
La progression de Jackson conduisit aussi à la promotion d’activistes arabes au sein des instances démocrates, comme l’entrée de Ruth Ann Skaff au comité national du parti. Skaff se souvient des attaques infondées dont elle fut l’objet, mais aussi de la sincérité de l’engagement de Jackson envers les communautés exclues : « Il nous a guidés et inspirés tout au long », dit‑elle.
Solidarité et actions concrètes
Au-delà des campagnes électorales, Jackson a mené des actions concrètes en faveur des réfugiés et des militants palestiniens. En 2015, il plaida pour l’admission et la réinstallation de réfugiés syriens, malgré l’opposition de responsables républicains, et participa à des panels organisés par des associations locales.
Des responsables d’organisations arabes‑américaines de Chicago et du Michigan rappellent qu’il n’a jamais hésité à exprimer une solidarité ferme avec les Palestiniens et à soutenir des initiatives pour obtenir un cessez‑le‑feu lors du conflit de 2024. « Ce fut un honneur de croiser son chemin et de voir un géant comme Jesse Jackson se préoccuper des petites gens, partout où l’injustice survient », témoigne Nabih Ayad, fondateur de l’Arab American Civil Rights League.
Il a également soutenu les mobilisations étudiantes pro‑palestiniennes sur les campus, saluant le rôle des leaders étudiants comme porte‑voix d’une conscience civique renouvelée.
Coûts politiques et reconnaissance
Plusieurs observateurs soulignent que la défense publique des droits palestiniens a souvent entraîné des coûts politiques. « Même simplement dire que l’on soutient les droits des Palestiniens pouvait vous faire traiter de radical et vous marginaliser », explique Matthew Jaber Stiffler, directeur du Center for Arab Narratives.
Pour autant, l’audace de Jackson a forgé une base d’engagement durable : il a contribué à ce que des communautés noires, latines, asiatiques et arabes travaillent ensemble pour la justice raciale, sociale et économique, selon des responsables associatifs de Chicago.
Un héritage à poursuivre
Depuis les campagnes de Jackson, la Palestine est devenue moins tabou au sein du débat public américain, mais les directions des grands partis restent prudentes sur un soutien explicite aux droits palestiniens. Les fractures politiques récentes et les orientations gouvernementales ont par ailleurs rendu l’environnement plus hostile pour certains militants, notamment ceux nés à l’étranger, qui peuvent être menacés de sanctions administratives.
Malgré ces obstacles, ses alliés estiment que son héritage enseigne la nécessité de persévérer. « Les leçons et l’héritage de quelqu’un comme le révérend Jackson nous apprennent que c’est un travail qui doit être fait », insiste Maya Berry.
Ruth Ann Skaff conclut en rappelant l’importance de l’engagement civique : « Nous sommes plus forts lorsque nous sommes unis et quand nous exerçons nos droits et responsabilités en tant que citoyens : prendre la parole, se présenter aux élections, et voter. »