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Un juge fédéral a statué que l’Internal Revenue Service (IRS) a enfreint la loi en divulguant les adresses fiscales de contribuables « environ 42 695 fois » à l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), a annoncé la cour jeudi. La décision met en lumière une pratique qui, selon le tribunal, contrevient aux protections strictes prévues par le code fiscal américain.
La décision du tribunal
La juge Colleen Kollar‑Kotelly a conclu que l’IRS avait violé l’article 6103 du code des impôts, qui interdit en principe la divulgation sans consentement des informations figurant sur les déclarations fiscales. Elle a précisé que l’administration fiscale « n’a pas veillé à ce que la demande de l’ICE remplisse les conditions légales » et a donc transmis des adresses dans des cas où la requête était clairement déficiente.
Cette appréciation s’appuie notamment sur une déclaration interne déposée ce mois‑ci par Dottie Romo, responsable du contrôle des risques à l’IRS. Selon cette déclaration, l’agence fiscale a fourni au Department of Homeland Security (DHS) des renseignements concernant 47 000 personnes sur les 1,28 million dont ICE avait demandé les données.
Dans une majorité de ces incidents, Romo indique que l’IRS a communiqué des informations d’adresse supplémentaires en violation des règles de confidentialité conçues pour protéger les données des contribuables. Le gouvernement a annoncé son intention de faire appel, mais la déclaration de Romo renforce la décision au stade de l’appel.
Quel accord entre l’IRS et le DHS ?
Le litige découle d’un mémorandum d’entente signé le 7 avril entre l’IRS et le Department of Homeland Security visant à assister les autorités dans des « enquêtes pénales non fiscales ». Cet échange de données a suscité des inquiétudes parmi les défenseurs des droits qui y voient la constitution d’un réservoir d’informations susceptible d’être utilisé pour identifier et expulser des personnes.
L’accord autorise notamment ICE à soumettre des noms et adresses de personnes soupçonnées d’être en situation irrégulière afin que l’IRS vérifie ces informations à partir de ses fichiers. La signature de l’accord par le secrétaire au Trésor et la secrétaire à la Sécurité intérieure a par ailleurs provoqué la démission du commissaire par intérim de l’IRS.
Recours judiciaires et réactions
Le Center for Taxpayer Rights a porté l’affaire devant les tribunaux, rappelant que des protections strictes ont été instaurées après le scandale du Watergate, quand l’usage politique des données fiscales par l’exécutif avait été mis au jour. L’association soutient que les informations fiscales sont particulièrement sensibles et risquent d’être largement diffusées au sein de l’administration.
Nina Olson, fondatrice du Center for Taxpayer Rights, a déclaré après la décision qu’elle confirmait l’existence d’une politique illégale de l’IRS consistant à communiquer ces adresses en violation des exigences légales. De leur côté, des représentants de l’IRS et du Trésor n’ont pas fourni de commentaire.
Plusieurs recours restent en cours. Cette semaine, une formation de trois juges de la Cour d’appel du circuit de Columbia a refusé d’accorder une injonction préliminaire demandée par des groupes de défense des immigrés, estimant qu’ils avaient peu de chances de succès au vu des arguments présentés. Néanmoins, deux ordonnances distinctes ont déjà bloqué des transferts massifs d’informations fiscales et empêchent ICE d’utiliser les données de l’IRS en sa possession ; ces injonctions préliminaires restent en vigueur.
Enjeux et perspectives
La décision met en exergue les tensions entre les priorités d’application de la loi en matière d’immigration et les garanties de confidentialité des contribuables. En outre, elle pose une question juridique centrale : jusqu’où les administrations peuvent‑elles mutualiser des fichiers sensibles sans méconnaître des protections légales établies depuis des décennies ?
Alors que le dossier suit sa route en appel, la reconnaissance par la juge Kollar‑Kotelly d’une divulgation massive d’adresses — et la confirmation de ces faits par une déclaration interne — renforcent la portée politique et judiciaire des contestations. Les débats à venir détermineront si des garde‑fous supplémentaires sont nécessaires pour prévenir de nouvelles violations de la vie privée des contribuables.