Table of Contents
Un juge fédéral a ordonné la réinstallation intégrale d’une exposition consacrée aux neuf personnes réduites en esclavage par George Washington, située dans un site historique de Philadelphie, annulant ainsi le retrait décidé par l’administration Trump.
La décision du tribunal
La juge de district Cynthia Rufe a rendu sa décision lundi, exigeant que tous les panneaux explicatifs retirés au Independence National Historical Park soient remis dans leur état d’origine pendant que se poursuit le recours engagé par la ville de Philadelphie contre la légalité de leur suppression.
Elle a enjoint aux responsables fédéraux de s’abstenir d’installer des remplacements présentant l’histoire différemment, estimant que l’administration ne peut pas choisir quelles vérités historiques doivent être affichées sur les sites du National Park Service.
Un réquisitoire sans concession
Dans une décision cinglante de 40 pages, la magistrate a accusé le gouvernement fédéral de chercher à effacer des pans de l’histoire américaine, comparant les démarches à la fiction autoritaire de George Orwell.
«Comme si le Ministère de la Vérité du 1984 de George Orwell existait désormais, avec sa devise ‘L’ignorance, c’est la force’, cette cour est appelée à déterminer si le gouvernement fédéral possède le pouvoir qu’il prétend — celui de déformer et de démanteler des vérités historiques lorsqu’il intervient sur des faits historiques», a écrit Rufe. «Il ne le possède pas.»
Elle avait déjà mis en garde, lors d’une audience en janvier, contre des déclarations qualifiées de «dangereuses» et «horrifiantes» tenues par des avocats de l’administration au sujet du pouvoir de choisir les éléments d’histoire à présenter.
Contexte et portée nationale
Le retrait des panneaux s’inscrit dans une série d’actions menées après un décret présidentiel appelant à restaurer «la vérité et la raison» dans les musées, parcs et monuments nationaux, et demandant que ne figurent pas d’éléments susceptibles de «dénigrer de façon inappropriée des Américains, passés ou vivants».
Des suppressions similaires ont été signalées sur d’autres sites gérés par le National Park Service, notamment au Grand Canyon, où des panneaux évoquant les déplacements forcés de tribus amérindiennes et l’exploitation des terres pour l’extraction et le pâturage ont été retirés.
Par ailleurs, des mesures considérées comme favorables au rétablissement de statues confédérées ont suscité l’inquiétude des défenseurs des droits civiques, qui craignent un recul dans la reconnaissance de certaines pages douloureuses de l’histoire américaine.
Le cas de Philadelphie
L’exposition de Philadelphie, créée il y a environ vingt ans en partenariat entre la ville et les autorités fédérales, présentait des notices biographiques pour chacun des neuf individus asservis par la famille Washington durant leur séjour à la maison de la fin des années 1790.
Elle mentionnait notamment deux personnes qui avaient réussi à s’échapper. La remise en place de ces panneaux doit intervenir sans modification, selon l’ordonnance du tribunal, le temps que la procédure judiciaire suive son cours.
Réactions locales
La décision a été saluée par plusieurs responsables politiques et leaders de la communauté noire de Philadelphie, qui étaient nombreux à manifester sur place pour réclamer la réinstallation de l’exposition.
Le représentant de l’État Malcolm Kenyatta a déclaré que la communauté avait «riposté» face à une tentative d’«aseptiser» l’histoire locale. «Les Philadelphiens ont riposté, et je ne pourrais être plus fier de la manière dont nous sommes restés unis», a-t-il affirmé.
Son collègue Brendan Boyle a lui aussi salué la décision en insistant sur l’importance de raconter «toute la vérité» sur l’histoire nationale, «le bon comme le mauvais».
La remise en place de l’exposition esclavage Philadelphie marque une étape importante dans le litige et rappelle le débat national sur la manière dont les lieux de mémoire fédéraux présentent les épisodes difficiles de l’histoire américaine.