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Au centre culturel de Kazma, dans la région de Jahra, des responsables du Conseil national pour la culture, les arts et les lettres du Koweït ont écouté avec attention le rapport d’une mission polonaise de l’université de Varsovie. Cette équipe a passé cinq semaines à fouiller des sites archéologiques et à mettre au jour des vestiges enfouis, avant de conduire les autorités sur le terrain pour constater les découvertes.
Fouilles et découvertes majeures
La mission polonaise a identifié plusieurs éléments archéologiques remarquables sur le site dit « Bahra1 », dans la région de Subiya, au nord du Koweït. Plusieurs découvertes illustrent l’ancienneté et l’importance du peuplement humain dans la péninsule arabique.
- Plus de 20 fours datés d’environ 7 700 ans.
- Un modèle de coque de bateau et diverses figurines.
- Des restes d’orge vieilles d’environ 7 500 ans et des céramiques.
Le site de Bahra1 est considéré comme l’un des plus anciens et des plus importants endroits habités de manière permanente ou semi-permanente dans la péninsule arabe.
Failaka et la stratégie touristique
Ces campagnes de fouilles s’inscrivent dans un projet national plus vaste visant à recenser les zones archéologiques du Koweït et à transformer certaines d’entre elles en destinations touristiques.
Parmi les sites prioritaires figure l’île de Failaka, située au nord-ouest du golfe, à environ 20 kilomètres des côtes de la ville de Koweït. Failaka concentre des vestiges de plusieurs civilisations sur un même site, un argument central pour sa candidature au patrimoine mondial.

En 2024, le Conseil national a signé un accord avec le World Monuments Fund pour préparer un dossier visant l’inscription de Failaka sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.
Selon Mohammed Ben Redha, secrétaire général adjoint par intérim chargé des antiquités et des musées, la mise en valeur de Failaka passe par la création d’infrastructures et de services : routes, transports, restaurants, cafés et formation des guides touristiques.
Actuellement, le flux touristique vers l’île reste limité à quelques dizaines de visiteurs par semaine. Une inscription à l’Unesco est perçue comme un levier pouvant accroître la visibilité internationale et attirer davantage de visiteurs.
Organiser la transformation : vision d’État et rôle du privé
Buthaina Al-Asfour, fondatrice de l’entreprise « Bar wa Bahr » spécialisée dans les excursions terrestres et maritimes, estime que la réussite du projet exige une « vision d’État ». Celle-ci doit définir les politiques et encadrer la participation du secteur privé.
Elle souligne que :
- Certains projets pourraient être mis en œuvre en un à deux ans si les ressources existantes sont mobilisées.
- D’autres initiatives nécessitent des délais plus longs et des investissements plus importants.
De nombreuses zones archéologiques restent aujourd’hui isolées et dépourvues d’infrastructures adéquates, limitant leur accès aux chercheurs et aux spécialistes.
Vers une « économie créative » autour du patrimoine
Le professeur Hassan Ashkanani, anthropologue et archéologue à l’université du Koweït, plaide pour la transformation des découvertes en « économie créative ». Selon lui, la valeur des sites ne doit pas se limiter à leur intérêt scientifique, mais aussi générer un bénéfice économique.
Il indique que chaque mission archéologique évalue le potentiel de son site pour devenir une attraction touristique et propose des mécanismes pour y parvenir.
Ashkanani mentionne que le Koweït dispose de dizaines de sites convertibles en attractions, notamment à Failaka, Kazma et Subiya. Il espère que la vision nationale permettra de concrétiser ces projets avant 2035.
Diversification des revenus et limites attendues
Le Koweït cherche depuis des décennies à diversifier ses sources de revenus au-delà du pétrole, qui demeure la principale ressource budgétaire du pays.
- Pour l’exercice 2024-2025, les recettes pétrolières ont atteint 19,358 milliards de dinars (environ 63,4 milliards de dollars), soit 87,8 % des recettes totales de 22,057 milliards de dinars.
- Le budget affiche un déficit de 1,056 milliard de dinars.
- Les dépenses des Koweïtiens pour les voyages à l’étranger ont été estimées à environ 1,9 milliard de dinars au premier semestre 2025.
L’économiste Mohammad Ramadan reste prudent sur l’impact économique des sites archéologiques. Il estime que les antiquités seules ne constitueront pas un moteur de tourisme suffisant sans une offre globale :
- hôtels et infrastructures culturelles,
- événements et expositions,
- billets d’avion abordables et facilitation des visas,
- implication active du secteur privé.
Ramadan ajoute que le tourisme intérieur est encore faible et que d’autres formes de tourisme, comme le tourisme maritime ou désertique, pourraient présenter davantage d’opportunités à court terme.
Selon lui, le bénéfice maximal réaliste des sites archéologiques serait la création d’emplois pour les citoyens, contribuant à alléger la pression de l’emploi public.
La démarche koweïtienne combine recherche scientifique et ambition touristique. Entre valorisation du patrimoine, investissements dans les infrastructures et mobilisation du privé, la trajectoire de Failaka et des autres sites archéologiques déterminera dans quelle mesure le patrimoine pourra contribuer à la diversification économique du pays.