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La Grazia de Paolo Sorrentino est une étude de personnage centrée sur Mariano De Santis, président de la République italienne imaginaire, en fin de mandat. L’homme oscille entre une mémoire habitée et l’avenir qui se dessine, dans un espace politique qui se crispe et se réévalue. Le Quirinal est présenté comme un huis clos où le temps se mesure en silences et en regards, éclairés par le travail crépusculaire de la directrice de la photographie Daria D’Antonio. Entre réalisme fonctionnel, rêveries surréalistes et extensions oniriques, le film expose la solitude du pouvoir et la fragilité d’un homme qui sait que le temps presse. La Grazia est en salles dès ce mercredi 28 janvier, pour une durée de 2 h 13.

La Grazia en salles: portrait d’un président en fin de mandat
Le film s’inscrit dans une atmosphère pesante où le temps présent occupe l’écran. Le Quirinal est décrit comme un huis clos étouffant, où les choix et les dilemmes pèsent sur les épaules du président et où le pouvoir se révèle dans les silences. Toni Servillo incarne Mariano De Santis avec une sobriété qui met en relief la tension entre responsabilité publique et vie privée. « Au Quirinal, notre Élysée, on ne voit que l’homme seul avec ses pensées. Il ne se prend pas pour un roi, mais pour un locataire temporaire : il sait qu’un autre viendra après lui. »
Le film explore ce moment-charnière: la fin d’un mandat qui peut à la fois soulager et inquiéter, et qui pousse le personnage à reconsidérer sa place dans l’histoire. Le décor, délicatement éclairé, participe à cette introspection et souligne la distance entre l’image publique et l’intimité qui demeure insondable pour l’homme d’État. La gravité du propos est adjointe à une forme cinématographique qui mêle touches expressives et précision sculpturale.
Toni Servillo et Mariano De Santis: le miroir d’un homme d’État
La performance de Toni Servillo est au cœur du film, offrant une lecture nuancée du pouvoir et de son poids. Le visage grave et les silences du comédien dessinent une figure qui préfère l’intériorité au spectacle public, même lorsque la pression monte. La comparaison avec Jep Gambardella dans La Grande Bellezza révèle une mélancolie partagée, mais Mariano s’en distingue par l’absence de fêtes et par la concentration sur le devoir. « La grâce, c’est la beauté du doute, la bellezza del doppio. Elle naît de cette confrontation permanente entre le temps, la mémoire et la responsabilité subjective. » a déclaré Toni Servillo. Le récit insiste aussi sur le fait que la personnalité du président s’efface au service du collectif, loin des clichés de l’ancien showman.
Convergences et contrastes: entre Jep Gambardella, Berlusconi et le récit de pouvoir
Le film trace des parallèles avec Jep Gambardella et avec le souvenir d’un Berlusconi incarné par Servillo dans d’autres œuvres de Sorrentino, tout en recentrant le protagoniste sur une réalité moins spectaculaire et plus humaine. « Contrairement à Andreotti et Berlusconi, pour qui la politique était un spectacle, sa personnalité s’efface au service du collectif. On le voit dans son intériorité, sa profondeur, aussi plein de bienveillance, d’attention à l’autre. » Cette formulation, issue des entretiens autour du film, rappelle que Mariano De Santis est présenté comme un contre-modèle: un homme qui accepte la fin d’un règne et l’idée de laisser la place à quelqu’un d’autre. Le récit se referme sur une note ambiguë, mêlant soulagement et appréhension face à l’avenir.