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    La légitimité du front tigréen menace la paix en Éthiopie

    La légitimité du front tigréen menace la paix en Éthiopie

    La crise de la région du Tigré (nord de l’Éthiopie) refait surface, environ deux ans après l’accord de paix conclu avec le gouvernement fédéral à la fin de 2022. Cette situation soulève des inquiétudes quant à de potentielles confrontations due à un dilemme juridique entre le Front populaire de libération du Tigré, qui cherche à retrouver sa légitimité, et le conseil électoral qui a décidé de l’enregistrer en tant que nouveau parti.

    Le rejet de la nouvelle désignation

    La semaine dernière, le conseil électoral éthiopien a annoncé l’acceptation de la demande du Front de libération du Tigré pour être reconnu comme un nouveau parti, une décision rejetée par ce dernier, qui a affirmé que cela contredit l’accord de paix de Prétoria et est inapproprié. Cela a engendré un conflit avec le gouvernement et a provoqué des divisions au sein même du front.

    Des observateurs s’attendent à ce que ces défis perturbent le Front de libération du Tigré, alors que des craintes de fractures internes pourraient déstabiliser la région, qui n’a connu que deux ans de paix fragile.

    Conflits internes et leadership contesté

    Le chercheur en affaires africaines, Abdelkader Mohammed Ali, attribue ces conflits au sein du Front de libération du Tigré à des rivalités et des ambitions au sein de sa direction. Il explique que le cœur du problème est le pouvoir de décision sur l’avenir de la région du Tigré, tant au niveau de l’administration interne qu’en ce qui concerne les relations avec le pouvoir fédéral.

    “Cela se manifeste à travers plusieurs enjeux, notamment la façon dont le parti peut retrouver sa légitimité,” a-t-il ajouté. Les dissensions internes ne sont pas nouvelles, mais elles interviennent à un moment particulièrement délicat, en l’absence d’une figure charismatique comme Meles Zenawi, le leader historique du front.

    Troubles causés par la guerre

    Selon Abdelkader, la guerre dévastatrice qui a ravagé la région et entraîné la mort et le déplacement de millions de personnes a diminué la popularité du front, étant donné que beaucoup de citoyens de la région le tiennent responsable du déclenchement de ce conflit.

    Historiquement, le Front de libération du Tigré a dominé la scène politique éthiopienne, dirigeant le précédent gouvernement d’union depuis 1991 jusqu’à 2018. Sous la direction de Zenawi, qui a dirigé le front de la chute du régime Mengistu (1974-1991) jusqu’à sa mort en août 2012, le front semblait inébranlable.

    Cependant, des désaccords politiques ont éclaté après l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en tant que Premier ministre en 2018, entraînant deux ans de confrontations militaires qui se sont terminées par la signature d’un accord de paix en 2022, dont certains aspects demeurent non résolus.

    Le conseil électoral et ses décisions

    Le conseil électoral a précisé qu’il avait reçu une lettre du Front de libération du Tigré en date du 26 juillet 2023 pour régulariser sa situation juridique. Après examen de la demande au regard des lois électorales éthiopiennes, le conseil a décidé d’enregistrer le front comme un parti politique avec “des considérations particulières.”

    Le Front de libération du Tigré s’est vu conférer la personnalité juridique en tant que nouveau parti, tandis que le gouvernement fédéral a clarifié que le problème d’enregistrement avait été résolu de manière appropriée.

    Un climat de tensions croissant

    Le directeur de l’institut éthiopien de diplomatie populaire, Yassin Ahmed, a qualifié la décision du conseil électoral d’étape vers le renforcement de la démocratie, tel que promis par le gouvernement dans le cadre d’un dialogue national élargi. Il a cependant attribué les dissensions au sein du Front de libération du Tigré à ce qu’il appelle “un immobilisme idéologique et politique” depuis sa création en 1975.

    Le 14ème congrès du Front de libération du Tigré s’est tenu à Mekele, la capitale de la région, dans un climat de tensions croissantes, marqué par l’absence de leaders éminents et le refus du conseil électoral de reconnaître les délibérations de ce congrès.

    Peurs pour la paix

    Les inquiétudes sont accrues après les avertissements du ministre de la communication gouvernementale, Legesse Tulu, sur les dangers que représenterait ce congrès pour la paix précaire que le peuple du Tigré a réussi à instaurer.

    Abdelkader souligne que la crise du parti ouvre la voie à diverses éventualités, notamment des divisions internes et l’émergence d’une nouvelle faction dirigée par Getachew Reda. Cela pourrait également engendrer une instabilité politique et sécuritaire dans la région, où les tensions entre les deux factions sont susceptibles de croître.

    Il ne défend pas l’idée que ces développements pourraient avoir des répercussions sur l’accord de paix d’une manière qui affecterait l’application des décisions de l’accord de Prétoria et aggraveraient les conditions humanitaires déjà difficiles de la région, qui souffre toujours des conséquences de la guerre.

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