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La vie dans la rue : un combat quotidien à Koblenz

par Sara
Allemagne

Dans la ville de Koblenz, Jürgen Michel, un travailleur de rue, arpente les rues avec un regard attentif, scrutant les recoins sombres et les entrées d’immeubles à la recherche de personnes sans abri. Son rôle au sein de l’association Schachtel e.V. lui permet d’identifier les lieux où se réfugient ceux qui vivent dans la rue. Ce lundi soir pluvieux, sa tournée avec le « Kältebus » débute dans le centre-ville, mais il ne rencontre personne dans le besoin. Il se dirige alors vers un quartier plus isolé, où une femme l’attend déjà.

« Un repas chaud, c’est de la sécurité »

Sur une place en béton, à côté d’un petit parking, Sonja a installé son campement. Enveloppée dans deux épais sacs de couchage, elle est allongée sur un matelas de sol, entourée de nombreuses sachets en carton et en plastique. Un mince toit en tôle ondulée la protège de la pluie. Elle attend Jürgen Michel.

« C’est génial », déclare-t-elle au sujet du travail de l’association. « Si je n’avais pas Schachtel, je serais perdue. C’est réconfortant : avoir toujours un repas chaud, c’est de la sécurité. »

Michel la connaît depuis six ou sept ans. Ce soir-là, elle a déjà mangé, mais elle se réjouit de partager un café et un moment de conversation avec lui. Alors qu’il sort le café du coffre du bus, la pluie tambourine sur le mince toit au-dessus d’elle.

Elle souligne que la vie dans la rue est un combat. « C’est tout un combat », dit-elle. Cependant, elle évoque les belles rencontres, « j’ai quand même rencontré des personnes bien, même si cela reste rare. »

Les travailleuses de rue plus exposées aux agressions

Michel explique que, par le passé, Sonja se rendait souvent à la gare centrale. « En tant que femme, il est peut-être préférable d’aller ailleurs », dit-il. Selon lui, les femmes dans la rue sont particulièrement vulnérables.

« Les femmes essayent souvent de ne pas se faire remarquer », précise-t-il. Certaines se maquillent ou essaient d’avoir l’air d’aller travailler. « Ou elles peuvent sembler particulièrement négligées. C’est une seconde stratégie. Les femmes sont plus souvent victimes d’agressions. » Néanmoins, il constate qu’il y a beaucoup plus d’hommes sans abri que de femmes, dans un rapport d’environ 3:1. Il estime qu’il y a environ 500 sans-abri à Koblenz.

« Je ne me laisserai pas priver de Carnaval »

Michel sait où se trouvent les gens, que ce soit près du Rhin ou au centre de la gare. Dans un restaurant rapide, il rencontre un homme familier qui vient joyeusement chercher un plat chaud. Il parle de son bras cassé et de ses douleurs, mais aussi de sa passion pour la musique. Regardant son bras douloureux, il déclare : « Je ne me laisserai pas priver de Carnaval. »

Les liens sociaux jouent un rôle crucial dans le fait de se retrouver à la rue, explique le travailleur social. Sans réseau social, il est très difficile de s’en sortir. Les causes de la pauvreté sont multiples : décès, séparation, problèmes d’emploi, addictions. « Nous remarquons également une augmentation des troubles psychiques », ajoute-t-il. « C’est évident. »

Michel et son collègue aimeraient passer plus de temps avec le Kältebus en hiver pour aider les gens. « Mais les tâches de bureau augmentent », dit-il. Ils parviennent à effectuer deux tournées par semaine, apportant nourriture, boissons, sacs de couchage et couvertures.

Un décès parmi les sans-abris – « On ne s’en remet pas facilement »

Michel travaille comme travailleur de rue depuis 1999 et est également technicien en géométrie. Il avoue avoir besoin de cette diversité. Pour ne pas ramener le stress de son travail à la maison, il pratique beaucoup de sport.

Cependant, certaines expériences le hantent. Cet hiver, un sans-abri est décédé en plein centre-ville, retrouvé sans vie juste avant le Nouvel An. « Parfois, tu connais bien ces gens depuis des années », souligne-t-il. « Nous sommes des êtres humains, ils sont des êtres humains. On ne peut pas se détacher de ça, mais on apprend à vivre avec. On ne peut pas tout ramener à la maison. »

« La plus grande difficulté actuellement, c’est le froid »

Malgré les moments difficiles, il y a aussi des instants positifs. Ce soir-là, Michel a un petit succès. Au cours de ses tournées précédentes, il a repéré un nouvel endroit où quelqu’un dormait, mais il n’a pas pu rencontrer cette personne. Ce lundi, un homme est là lorsque le Kältebus s’arrête.

Gerald sursaute au début, mais se réjouit ensuite de l’offre. Allongé sur le trottoir, séparé de la rue par un petit mur, il subit le froid et le bruit des bus qui passent à proximité. « La plus grande difficulté actuellement, c’est le froid. Le vent est vraiment fort », dit-il avec un accent régional.

« J’aimerais retourner au travail »

Il raconte qu’il a perdu son emploi pendant la pandémie de COVID-19 et qu’il a eu des conflits avec son propriétaire. « Cela a été une accumulation de problèmes pendant trois ou quatre semaines », dit-il. Cela fait maintenant trois mois qu’il est sans abri, pour la première fois de sa vie. Michel lui offre un plat chaud, du café et quelques sachets de sucre. Il se sent soulagé lorsque Gerald mentionne qu’il se rend à la Caritas pendant la journée. Il devient dès lors un membre de la tournée du Kältebus.

Gerald a choisi de venir à Koblenz pour espérer un peu plus de soutien et de compagnie dans une grande ville. Il trouve difficile de trouver un appartement ou une colocation. « J’aimerais retourner au travail et reprendre une vie normale. »

Le désir de Sonja et Gerald de retrouver un logement et un emploi est partagé par de nombreux sans-abri, selon Michel. Même si certains peuvent d’abord dire le contraire, cela ressort toujours lors des conversations. « Presque tous souhaitent retourner à la vie tranquille avec un canapé et des soirées entre amis. »

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