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Le parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) s’installera dans les locaux du tribunal judiciaire de Paris et sera inauguré officiellement le 19 janvier lors d’une audience solennelle, un rendez‑vous attendu par l’ensemble du monde judiciaire. Sa mission débute néanmoins dès le début de l’année: Vanessa Perrée prend la tête du Pnaco ce lundi 5 janvier, entourée de seize magistrats et onze greffiers qui constitueront son équipe. Après une phase de montée en puissance, l’effectif pourrait atteindre trente magistrats et dix-sept greffiers.

Une compétence élargie et une approche nationale
Aux côtés du parquet national financier (PNF) et du parquet national antiterroriste (Pnat), le Pnaco devient le troisième parquet spécialisé à déployer son action sur l’ensemble du territoire. Sa création répond à l’une des recommandations majeures d’un rapport sénatorial sur l’impact du narcotrafic. Les sénateurs Étienne Blanc et Jérôme Durain avaient envisagé un parquet antistupéfiants centralisateur pour viser le haut du spectre du trafic de drogue.
« Suivre l’argent »
Au terme des débats au Parlement, le dispositif a été doté de compétences plus larges couvrant la criminalité organisée. Le Pnaco pourra ainsi viser les acteurs du narcotrafic et, surtout, les activités illicites liées à la drogue telles que la traite d’êtres humains, la fraude fiscale ou le trafic d’armes, avec un accent particulier sur le blanchiment d’argent. Vanessa Perrée résumait: « on va changer notre paradigme et suivre l’argent ». Le champ d’action intègre aussi la criminalité économique et financière, avec des revenus estimés à 6 milliards d’euros issus des stupéfiants qui tomberont sous sa loupe.
La cheffe, qui dirigeait auparavant l’Agarsc, l’agence de recouvrement des avoirs saisis et confisqués, connaît bien les mécanismes des ventes d’actifs issus du narcotrafic. Elle compte s’appuyer sur les outils et les techniques prévues par la loi de juin dernier contre le narcotrafic — infiltrations, activation à distance d’appareils connectés, dossiers-coffres — ainsi que sur le statut de repenti mis à jour. Le procès lié à l’évasion Mohamed Amra sera sans doute la première grande audience du Pnaco. Ce sera surtout l’occasion d’évaluer les résultats concrets: interpellations, condamnations et démantèlement des réseaux, rapidement apparents.
En parallèle, environ 170 dossiers seront transférés à Perrée et à son équipe, auxquels s’ajouteront de nouvelles affaires. Des affaires « qui peuvent être très complexes en raison de la gravité ou de la diversité des infractions, du grand nombre d’auteurs, de complices ou de victimes ou du ressort géographique » selon le code de procédure pénale. À l’image de l’antiterrorisme, ces affaires seront jugées à Paris, tandis que les tribunaux dotés de Jirs poursuivront leurs propres dossiers en parallèle et pourront être cosaisies d’affaires avec le Pnaco.
Attendu sur ses résultats
Le Pnaco est censé diriger la lutte nationale contre le crime organisé en appliquant des techniques spéciales d’enquête autorisées par la loi de juin dernier — infiltrations, activation à distance d’appareils connectés, procédures renforcées — et en s’appuyant sur le statut de repenti modernisé. Le procès lié à l’évasion Mohamed Amra marquera sans doute la première audience majeure pour ce parquet. Mais l’évaluation portera essentiellement sur des résultats visibles et rapides: interpellations, condamnations et démantèlement des réseaux.