Le Racing Club de Strasbourg Alsace est désormais au cœur d’un système de multipropriété après son rachat par BlueCo, entité américaine qui détient aussi Chelsea. Ce modèle, devenu courant dans le football moderne, ne s’était pas manifesté en Alsace jusqu’à présent. Les débats et les inquiétudes des supporters témoignent d’un changement profond qui alimente les critiques.
Les dirigeants de Chelsea, après avoir écarté Enzo Maresca la semaine dernière, se tournent vers Liam Rosenior, l’actuel entraîneur du Racing. Les discussions avancent et le technicien anglais pourrait assurer l’intérim à Londres en plein milieu de saison, ce qui alimente les spéculations autour de la structure du club strasbourgeois.
Les ultras n’avaient pas caché leur inquiétude face à ce modèle: banderoles, chants et protestations se font plus fréquents. Mais plutôt que d’entendre ces signaux, la direction soutient le projet, et les lanceurs d’alerte se sentent mis à l’écart. Progressivement, les ultras se voient écarter du cœur du club, devenant des figures de contestation.
Le recrutement est désormais orienté vers des joueurs de moins de 23 ans, faisant du club alsacien un laboratoire pour Chelsea. Le club anglais peut ainsi faire mûrir les talents avant de les intégrer à son effectif principal. Les contrats des joueurs apparaissent comme des passages courts dans le club, souvent pas plus de deux saisons.
Le cas d’Emanuel Emegha a cristallisé les tensions. Attaquant néerlandais devenu capitaine, il a été acheté par Chelsea en début de saison. Porter le brassard implique des responsabilités, mais ses déclarations publiques, comme lorsqu’il évoquait Strasbourg comme si c’était en Allemagne, ont enflammé les polémiques et nourri les critiques.
En attendant de clarifier l’avenir de Liam Rosenior, Marc Keller répète que la vente à BlueCo était nécessaire pour pérenniser le club face à la chute des droits TV du football français. Sportivement, ce schéma permet au Racing d’aligner un effectif de profils prometteurs venus du monde entier, ce qu’il n’aurait sans doute pas obtenu seul.
Mais ce choix fragilise l’identité du club, champion de France en 1979, et le sentiment d’appartenance des joueurs comme des supporters. Après avoir dépensé plus de 100 M€ l’été dernier, on pouvait attendre des résultats plus solides que la septième place actuelle en Ligue 1. Dans son histoire récente, Strasbourg n’a pas toujours eu besoin des investisseurs pour obtenir du succès: une Coupe de la Ligue remportée en 2019 sous Thierry Laurey, puis une 6e place en 2022 sous Julien Stéphan.
Après cinq matches sans victoire et dans ce contexte tendu autour de Rosenior, Strasbourg recevra Metz dans un derby de l’Est prévu dimanche, un match qui s’annonce bouillant. La réaction des ultras sera observée de près, eux qui boycottent désormais les quinze premières minutes de chaque rencontre à domicile. Les relations avec la direction restent glaciales et ce nouvel épisode ne devrait pas apaiser les tensions.
Reste à voir comment les propriétaires américains tenteront de sortir de cette impasse. Il est peu probable que quelques recrutements coûteux suffisent à ramener la paix sur les bords du Rhin.