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Le tourisme connaît une croissance exponentielle dans les grandes villes espagnoles, provoquant des tensions avec les résidents. À Séville, l’impact se fait particulièrement sentir dans le tissu commercial du centre historique, qui est l’un des plus grands d’Europe. Les commerces axés sur les visiteurs ont augmenté, tandis que ceux traditionnellement orientés vers les habitants ont diminué, entraînant un doublement des bars et des hôtels, et une réduction des merceries et des quincailleries.
Une étude révélatrice
Un groupe de chercheurs de l’Université de Séville a mené une étude sur le sujet, estimant qu’il y a environ 62 000 établissements dans la capitale. Bien qu’il n’existe pas de recensement officiel, il est calculé qu’environ 13 000 de ces établissements se trouvent dans le centre, un chiffre relativement stable depuis deux décennies. Les chercheurs parlent d’une transformation des commerces qu’ils qualifient de « turistification commerciale ».
Évolution des types de commerces
Les résultats de l’étude, qui a analysé l’évolution de près de 600 locaux dans des rues commerçantes emblématiques de 2008 à 2023, montrent que les bars et les hôtels représentent les secteurs ayant connu la plus forte croissance. En effet, la part des établissements de restauration a doublé, passant de 16 % à 32 % en quinze ans.
La chercheuse Andrea Ruiz Romera souligne que les établissements d’hébergement ont également augmenté, passant de 1 % à 4 %. Les salons de coiffure et les centres de beauté, tels que les barbershops et les instituts de manucure, ont également doublé en raison des nouvelles tendances de soins capillaires.
La disparition des commerces traditionnels
À l’inverse, de nombreux commerces traditionnels, piliers de la ville, ont vu leur nombre diminuer, notamment les fleuristes, les papeteries et les librairies, qui sont passés de 24 % à 14 %. Les magasins de vêtements et de chaussures, ainsi que ceux d’usage domestique comme les quincailleries, ont également connu une baisse.
Seul un tiers des commerces a réussi à rester intact au cours de cette période. Beaucoup ont changé de secteur, se tournant vers la restauration, ou ont évolué au sein de leur catégorie.
Facteurs de transformation
Cette évolution commerciale est attribuée au tourisme mais également à des facteurs tels que le commerce électronique, la montée des grandes surfaces, l’augmentation des loyers, le manque de relève générationnelle et la tendance des habitants à agir comme des touristes dans leur propre ville. La piétonnisation des rues a également contribué à cette transformation.
Les résultats sont préoccupants, car cette « simplification commerciale » transforme le centre en un « parc d’attractions » où l’hébergement, la restauration et le divertissement priment sur la vie locale. De 2012 à 2024, le centre a perdu près de 3 500 résidents, selon les données du registre municipal.
Impact sur l’identité des quartiers
Ce phénomène a également des conséquences sur l’identité des quartiers, qui tendent à se uniformiser avec des magasins similaires adoptant la même esthétique et s’adressant à un public à fort pouvoir d’achat. Cela nuit aux résidents et aux touristes, qui cherchent à découvrir des commerces uniques.
Les différentes perspectives
La Fédération des Commerçants ‘Al Centro’ met en lumière les deux faces du tourisme. D’une part, il représente une opportunité économique pour les entrepreneurs, mais d’autre part, il attire de grandes chaînes et franchises, augmentant la concurrence et menaçant les petits commerces.
Actuellement, Séville compte environ 130 commerces traditionnels (ayant plus de 40 ans), dont 39 sont reconnus comme emblématiques par la mairie. Bien qu’ils aient à peine diminué ces dernières années grâce à leur clientèle fidèle, les petits commerces ont, eux, beaucoup souffert depuis la pandémie.
Les résidents face aux transformations
Les habitants du centre constatent la perte des commerces traditionnels et l’émergence de locations touristiques dans les locaux commerciaux. Ils se plaignent que tout semble désormais tourné vers le tourisme, rendant difficile l’accès aux produits alimentaires de base. Les résidents regrettent également la disparition de merceries, de parfumeries et d’autres commerces essentiels.
Un exemple de résistance : Casa Moreno
Casa Moreno, une abacería emblématique fondée dans les années 1940, est un exemple de commerce ayant résisté. Dirigée par la troisième génération de la famille Moreno, la boutique maintient son essence avec une offre de produits traditionnels. Bien que le bar ait pris de l’importance, les clients de tous horizons viennent y déguster des spécialités locales.

Modernisation avec Dodici
D’autres établissements, comme Dodici, un café brunch ouvert par les frères Aldo et Ángelo Philipa, illustrent la modernisation du secteur. Attirant une clientèle internationale, ce local propose une offre adaptée aux nouvelles tendances alimentaires et envisage d’étendre son activité.

Soutien du gouvernement municipal
En réaction à ces changements, le gouvernement municipal cherche à soutenir le commerce local à travers des initiatives comme le ‘Bono Sevilla’, avec un investissement de plus d’un million d’euros. En 2025, un budget de plus de 1,2 million d’euros est prévu pour cette initiative, ainsi que 190 000 euros destinés aux petites entreprises et 60 000 euros à des établissements emblématiques.