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Macron en fin de mandat : un discours dénué de perspective

par Lea
France

Emmanuel Macron a présenté ses vœux pour l’année 2026 en les qualifiant d’« année utile » pour la France. Si l’objectif affiché est de donner le cap, de nombreux observateurs estiment que le discours demeure principalement défensif et qu’il révèle davantage un président en fin de mandat qu’une trace de leadership pour la période qui s’ouvre à quelques mois de l’élection présidentielle.

Plusieurs spécialistes soulignent une tonalité centrée sur la protection des secteurs sensibles. Philippe Moreau-Chevrolet, professeur en communication, évoque des vœux « défensifs » et axés sur la protection des agriculteurs et de l’industrie, plutôt que sur des perspectives ambitieuses pour le pays.

Le chef de l’État a prononcé des vœux très courts — moins de dix minutes — dans un décor feutré du Salon des ambassadeurs, devant une cheminée et un sapin éclairé. Le manque de lumière et le rythme lent du discours ont été relevés par l’analyste comme des indices d’une ambiance jugée peu dynamique, renforçant l’impression d’un dialogue rétif.

Le politologue Bruno Cautrès est également surpris par une tonalité sobre et sans perspective, qui donne l’impression d’une sortie du jeu politique à seize mois de l’élection. Selon lui, le contenu des vœux laisse apparaître une volonté de préparer un départ des activités publiques sans fixer une trajectoire précise pour l’avenir.

Sur le fond, le président a tenté de tracer une feuille de route pour une année « utile » malgré l’instabilité politique et l’absence de majorité à l’Assemblée. Il a réaffirmé son engagement à rester au travail « jusqu’à la dernière seconde », tout en minimisant les risques de débordement politique et en appelant le gouvernement et le Parlement à s’atteler rapidement à la construction d’accords.

Les propositions marquantes évoquées — telles que l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une loi sur la fin de vie et le rétablissement sur une base volontaire du service national — ont été présentées comme des mesures nécessaires, mais perçues comme modestes par rapport aux attentes et aux défis du pays, souligne Bruno Cautrès.

Le budget et l’impasse budgétaire, un enjeu central de ce début d’année, ont été évoqués de manière superficielle, le président appelant seulement à une accélération des discussions et à des accords entre le gouvernement et le Parlement.

Le volet final du discours, axé sur l’espoir et le progrès, a mis en avant des thèmes chers à l’exécutif — une nation plus solidaire, la culture et le “beau” — et a été interprété comme une dimension testamentaire par certains observateurs, qui insistent sur le caractère symbolique de ces mots.

Sur le plan personnel, le président est apparu presque isolé, ne citant le Premier ministre Sébastien Lecornu qu’une seule fois durant son allocution. Dans les jours qui suivent, Edouard Philippe, son ancien Premier ministre, a réagi en regrettant une année perçue comme sans stratégie et sans cap, évoquant une proposition pour une présidentielle anticipée et laissant entendre que le cap n’était pas clairement tracé jusqu’en 2027.

Les réactions se sont ensuite multipliées. Pour le député Renaissance Karl Olive, les vœux ne dévoilent pas d’annonces concrètes mais paraissent clairement calibrés, et on peut penser que le président choisit délibérément de ne pas entrer dans les détails. À un niveau plus technique, un conseiller ministériel a rappelé que, dans une Assemblée sans majorité, il est parfois préférable de ne pas trancher sur des points sensibles afin de préserver l’esprit de compromis.

Ainsi, le calendrier politique semble orienté vers une continuité du récit d’action en direction de 2027, avec une impression que le chef de l’État cherche à rester actif tout en préparant sa transition, plutôt que de présenter un cap audacieux pour les mois à venir.

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