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Manifestations en Iran : pourquoi cette révolte est inédite

par Sara
Iran, États-Unis, Israël, Venezuela

Les manifestations en Iran atteignent un niveau inédit : elles résultent d’un mélange explosif de crise économique profonde, d’un mécontentement social élargi et de la menace d’une intervention extérieure, qui réduisent considérablement les marges de manœuvre du régime.

Origine de la colère

La vague de colère a débuté fin décembre avec des commerçants du Grand Bazar de Téhéran protestant contre l’effondrement du rial. Très vite, le mouvement a débordé la capitale et gagné l’ensemble du pays.

Ce choc monétaire n’est que l’un des nombreux facteurs : pénuries d’eau, coupures d’électricité, chômage élevé et inflation galopante ont érodé les revenus des familles et la confiance envers les autorités.

Une coalition sociale inédite

Les manifestations rassemblent une coalition sociale rare par son ampleur et sa diversité, incluant commerçants, jeunes, classes populaires et segments de la classe moyenne. Cette conjonction rend le mouvement plus difficile à circonscrire par des réponses partielles.

À l’origine des revendications se trouve la dégradation continue des conditions de vie, accentuée par la réimposition des sanctions internationales à partir de 2018.

Réponses officielles et montée de la répression

Face à la montée des tensions, le gouvernement a tenté des mesures économiques — remplacement du gouverneur de la banque centrale, suppression d’un taux de change préférentiel pour certaines importations et mise en place d’un transfert mensuel de faible montant — mais ces gestes ont été perçus comme insuffisants.

Depuis le 8 janvier, les autorités ont instauré un quasi-blackout des communications et procédé à des milliers d’arrestations. Les bilans humains restent très contestés : le pouvoir évoque la mort de plus de cent membres des forces de l’ordre, tandis que des activistes évoquent des centaines de manifestants tués.

Un régime à l’étroit

Des observateurs soulignent qu’aujourd’hui l’État dispose de moins d’options qu’auparavant. « La situation économique est bien plus fragile, le contexte géopolitique bien pire, et la dissidence au sein du système a atteint un autre niveau », résume un expert international.

Plusieurs épisodes récents montrent toutefois la difficulté du régime à sortir de l’impasse : après les grandes protestations de 2009, des concessions ont été négociées sur le plan nucléaire ; en 2019, l’État a utilisé des subventions pour apaiser la rue ; et après les manifestations dirigées par des femmes en 2022, certaines restrictions sociales ont été assouplies.

Pourtant, l’impression d’une impasse persiste. À la veille des manifestations, le président a lui‑même reconnu son impuissance face aux difficultés économiques.

Pressions extérieures et perception d’une menace

Les autorités iraniennes voient dans la contestation non seulement un défi interne, mais aussi une possible tentative d’ingérence étrangère. L’escalade régionale des deux dernières années a affaibli les réseaux d’alliés et réduit les capacités de défense du pays.

Des frappes ciblées menées plus tôt sur des installations nucléaires et des déclarations publiques annonçant que des frappes supplémentaires restent une option contribuent à l’atmosphère de tension. Certains responsables iraniens mettent en garde contre toute tentative d’intervention extérieure, qu’ils considèrent susceptible d’aggraver encore la crise.

Scénarios stratégiques et dilemmes

Dans ce contexte, l’armée, rarement engagée dans les affaires intérieures au même titre que le Corps des Gardiens de la Révolution, a publiquement affiché son soutien aux autorités et son engagement à protéger les infrastructures stratégiques, signe de l’ampleur perçue de la menace.

Plusieurs scénarios sont envisagés par les analystes : certains évoquent une sortie à la « modèle Venezuela », avec une accommodation négociée sous pression extérieure entraînant des changements de dirigeants tout en préservant les institutions de base. D’autres craignent une trajectoire d’aggravation économique, de manifestations récurrentes et d’érosion graduelle de la cohésion des forces de sécurité, qui pourrait mener à une crise plus profonde.

Comme le soulignent les observateurs, le régime se trouve à un carrefour stratégique où chaque option comporte des risques élevés, tant sur le plan intérieur qu’international.

Conséquences possibles

À court terme, la priorité du pouvoir reste le rétablissement de l’ordre et le contrôle des flux d’information. À moyen terme, la capacité des autorités à proposer des réponses économiques crédibles déterminera la durée et l’ampleur du mouvement.

Quoi qu’il en soit, ces manifestations en Iran marquent un tournant : elles révèlent l’accumulation de tensions sociales et la vulnérabilité d’un système confronté simultanément à une crise économique structurelle et à des pressions géopolitiques inédites.

source:https://www.aljazeera.com/news/2026/1/14/are-irans-protests-different-this-time-around

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