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Minneapolis : famille d’immigrés enfermée depuis deux mois face aux raids

par Lea
France

Depuis deux mois, des milliers de policiers fédéraux quadrillent Minneapolis; Ana, Carlos et leur fils Luis s’enferment chez eux à double tour. Leurs rideaux restent clos toute la journée et la porte est bloquée par une barre en métal pour empêcher toute intrusion. Ce foyer, installé dans cette ville du Midwest depuis plus d’une décennie, voit son quotidien basculer sous le poids des raids.

Ana chez elle à Minneapolis
Ana, habitante mexicaine de Minneapolis, chez elle le 31 janvier 2026.

« C’est inhumain de vivre ainsi, prisonnier dans sa propre maison », confie Ana, qui préfère rester anonyme. Cette mère de 47 ans a quatre enfants: Luis, né au Mexique, vit avec elle, tandis que les trois autres sont nés aux États-Unis et sortent désormais sous surveillance. Elle redoute que leurs droits soient remis en question et que leur statut soit mis en doute uniquement à cause de leur couleur de peau.

Avant de rentrer à la maison, les enfants doivent envoyer un texto à l’avance; sinon, la porte ne s’ouvrira pas lorsqu’ils frappent. Luis, âgé de 15 ans, observe ses frères et sa sœur vaquer entre les pièces avec un pincement au cœur et nourrit l’espoir qu’un jour ils pourront sortir librement, par exemple pour aller au fast‑food situé juste en bas de la rue.

Carlos devant sa porte
Carlos, habitant mexicain de Minneapolis, montre la barre de métal installée devant sa porte.

« Pour l’instant, c’est tellement proche, mais tellement loin », soupire Carlos. Cet installateur de comptoirs en granit a dépensé environ 10 120 € en frais d’avocat pour leurs demandes de visa; la procédure dure depuis près de trois ans.

Leur permis de travail ne protège pas pour autant d’une arrestation ou d’une expulsion. « Ils te donnent une autorisation de travail, mais cela ne permet pas de rester légalement dans ce pays. Comment est-ce possible ? », s’indigne Carlos. « Nous avons l’impression que Trump nous a escroqués », ajoute-t-il, affirmant que sa famille ne mérite pas ce traitement et que rien de mal n’a été commis.

Les méthodes des deux agences chargées de lutter contre l’immigration, ICE et CBP, les déconcertent. À Minneapolis, comme à Los Angeles et Chicago, les contrôles en pleine rue se multiplient, notamment près des arrêts de bus et des magasins de bricolage. Carlos se rappelle qu’au premier mandat de Donald Trump, il n’avait pas ressenti le besoin de s’enfermer et garde le souvenir d’opérations plus ciblées.

« Et si ça ne s’arrêtait jamais ? », se demande Ana. Seuls deux hommes parmi ses connaissances avaient été expulsés; l’un était impliqué dans le trafic de drogue, l’autre accusé de violence conjugale. L’opération « Metro Surge » lancée par l’administration Trump à Minneapolis n’est pas terminée. À Los Angeles, les statistiques avaient montré que plus de la moitié des immigrés arrêtés n’avaient aucun antécédent judiciaire.

Entre l’emploi stable de Carlos et les petits boulots d’Ana comme cuisinière ou caissière, le couple gagnait habituellement environ 5 520 € par mois. Mais depuis décembre, ils n’ont plus de revenus. Pour payer le loyer de 2 024 € en janvier, ils ont dû emprunter 1 380 € à une amie. Comment feront-ils le mois prochain ? Ils espèrent simplement que le gros des agents fédéraux sera envoyé ailleurs aux États‑Unis.

Face au reste de sa famille, Ana tente d’incarner une figure maternelle rassurante. Mais lorsqu’elle laisse son esprit vagabonder, elle s’imagine revenir un jour au Mexique. « La seule chose qui me retient ici, ce sont les rêves de mes enfants », affirme-t-elle.

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