More

    Musulmans au Nord de la France entre censure et exil

    Musulmans au Nord de la France entre censure et exil

    En raison de soupçons constants d’appartenance à des groupes islamistes radicaux et par crainte d’accusations de promotion du terrorisme, certains musulmans français ou d’origine nord-africaine choisissent de rester silencieux, tandis que d’autres – souvent parmi les plus qualifiés – décident de quitter la France en raison de cette atmosphère nuisible, surtout dans le nord du pays.

    C’est avec ces mots que le site « Orient XXI » a ouvert une enquête menée par la journaliste Nadia Daaki. L’article commence par souligner qu’une série de cas individuels, de doutes, de controverses et de lois adoptées ou prévues conduisent un certain nombre de musulmans français ou d’origine nord-africaine à remettre en question leur place en France.

    Témoignages et inquiétudes

    مولود, un quadragénaire né dans le nord de la France et employé dans le secteur public,
    déclare : « Nous étions des pionniers dans des associations islamiques fortes soutenues par des musulmans engagés. C’est pourquoi les autorités publiques tentent depuis des années de les saper par une attaque systématique et structurelle. »

    Le quadragénaire cite plusieurs institutions concernées : de l’école secondaire Ibn Rochd à la radio Pastel FM en passant par la mosquée de Villeneuve d’Ascq. Les responsables de la mosquée ont été jugés mais relâchés par le tribunal, le financement étatique de Pastel FM a été coupé pour des accusations de prêche religieux, et le contrat de l’école Ibn Rochd avec l’État a été annulé.

    Des dizaines de personnes se rassemblent lors d'un rassemblement pour soutenir l'imam Hassan Iquioussen à la place de la République à Paris, France, le 3 septembre 2022. EPA-EFE/YOAN VALAT

    مولود explique qu’il pratique l’auto-censure concernant la guerre à Gaza, de peur de subir le même sort que Jean-Paul Delsco, secrétaire de la section départementale du syndicat CGT dans le nord, condamné à une année de prison avec sursis pour apologie du « terrorisme ». مولود précise : « Après ce qu’ils ont fait à un Blanc non-musulman pour avoir rappelé l’occupation illégale, imaginez ce qu’ils peuvent faire à quelqu’un comme moi. »

    Racisme et islamophobie

    مولود participe donc à d’autres activités : « Je manifeste, je boycotte les produits israéliens et j’éduque mes enfants. Peu importe si je dois baisser la tête au travail. »
    Cette auto-censure ne se limite pas à la question palestinienne, mais englobe un climat général visant à étouffer toute expression liée à la culture arabo-musulmane.

    La journaliste rappelle que l’affaire de l’école Ibn Rochd a laissé une marque indélébile dans le nord en raison de son caractère injuste, comparée au lycée Stanislas de Paris, qui a enfreint la laïcité sans subir de conséquences similaires. Magid, 42 ans, partage cet avis et souligne que « Ibn Rochd était un exemple de réussite. Pour moi, il y a un racisme sans limites dans ce genre d’attaque. »

    Pour محمد, 63 ans, conseiller en emploi à Lille, « ces attaques injustes répétées me donnent la nausée. »
    Tout en ne généralisant pas à tous les Français, محمد ressent une certaine hostilité envers les Arabes et les musulmans dans certains médias, ce qui l’amène à éviter de discuter du conflit palestinien dans son milieu professionnel. « Les gens peuvent dire ‘Retourne dans ton pays’. Mais mon pays, c’est ici. »

    طارق, 30 ans, chercheur en sciences politiques, affirme : « Je suis né ici, j’ai grandi ici, ma langue maternelle est le français, mais pour certains, je serai toujours un étranger. La raison en est une structure d’État extrêmement raciste, comme en témoignent les lois sur la séparation. »

    La tentation de l’étranger

    مولود envisage sérieusement de partir pour un autre pays : « Nous observons une dégradation économique en plus de l’islamophobie ambiante. Nos parents ont émigré, et nous pensons faire de même. » Les raisons sont multiples, mais la principale reste « l’islamophobie ». Malgré leur formation et leurs efforts, ils se heurtent à un mur de déception.

    Nadia Daaki évoque le livre des chercheurs Julien Talpin, Olivier Esteves et Alice Picard, « La France, tu l’aimes mais tu la quittes », qui analyse les réponses de 1 000 personnes lors de 250 entretiens avec des émigrés récents et d’autres partis depuis environ 20 ans.

    Parmi les raisons de leur départ, 70 % mentionnent le désir d’échapper à la discrimination, suivis par 63 % qui cherchent à vivre leur foi paisiblement, et enfin le développement professionnel.

    Talpin estime que les motivations à partir incluent les élections présidentielles de 2022, ou le rôle de certains médias comme CNews, ainsi que la couverture excessive du candidat Éric Zemmour, contribuant à créer « une atmosphère étouffante » plutôt que des « expériences directes de discrimination ».

    Contrairement aux idées reçues, les destinations d’émigration ne sont pas majoritairement musulmanes, et les émigrés interrogés ne se considèrent pas extrêmement religieux. Ils sont souvent de la deuxième ou troisième génération de Français à double nationalité, et plus de 53 % sont hautement qualifiés.

    En d’autres termes, « la France se prive d’une partie de ses élites ». La majorité des personnes interrogées sont passées par les universités publiques françaises. Talpin explique que le système éducatif et social français leur a permis de progresser socialement, mais la focalisation constante sur l’Islam les empêche de s’épanouir pleinement.

    Certains interviewés disent : « Nous ne sommes pas seulement discriminés, mais toutes les formes d’organisation religieuse qui ont permis certains progrès sont désormais suspectes. » La dissolution du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) montre qu' »il n’est même plus possible de s’organiser pour lutter contre la discrimination ».

    LAISSER UN COMMENTAIRE

    S'il vous plaît entrez votre commentaire!
    S'il vous plaît entrez votre nom ici


    Actualités

    L’acteur de Friends, Matthew Perry, décède à 54 ans

    "Matthew Perry, célèbre pour son rôle de Chandler Bing dans Friends, décède à 54 ans. Acteur très apprécié, sa mort suscite l'émotion mondiale."

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge selon un expert militaire

    Entité sioniste déploie des navires de guerre en Mer Rouge pour contrer les Houthis au Yémen, une manœuvre vue comme une démonstration de force envers l'Iran.

    L’affaire des SMS entre Pfizer et la Commission européenne : ce qu’il faut savoir

    En avril 2021, le New York Times a révélé...

    Banque suisse : Credit Suisse en chute libre après la faillite de la SVB

    L'action de Credit Suisse a dévissé de plus de...

    Le Retour de Microsoft avec Bing et Edge : Une Menace pour Google ?

    Depuis moins de trois mois, ChatGPT a déjà créé...

    Le Pentagone limoge le chef d’état-major de l’armée américaine

    Le Pentagone a limogé Randy George en pleine guerre contre l’Iran, sur fond de purge interne et de remaniement voulu par Pete Hegseth.

    États-Unis : détention du président d’une association islamique à Milwaukee

    Aux États-Unis, l’ICE a arrêté Salah Sarsour, président d’une association islamique de Milwaukee, sur fond d’accusations contestées.

    Golfe, Irak et Jordanie : interceptions et chute d’un drone

    Koweït, Bahreïn et Émirats interceptent des attaques, tandis qu’un drone s’écrase à la frontière irako-jordanienne.

    Washington informe Israël de l’échec des discussions avec l’Iran

    Washington a informé Israël de l’impasse des discussions avec l’Iran, alors que de nouvelles frappes et des pressions sur l’économie iranienne sont étudiées.

    Israël frappe 44 zones du sud du Liban, Hezbollah riposte

    Israël a frappé 44 zones du sud du Liban, causant 10 morts. Le Hezbollah a riposté avec 60 attaques contre des cibles israéliennes.

    Trump menace l’Iran : frappes massives annoncées dans 2-3 semaines

    Trump menace des frappes « très puissantes » contre l'Iran dans 2-3 semaines, visant à détruire ses capacités militaires et nucléaires. Pays concernés : USA, Iran.

    Abu Obeida salue les mobilisations syriennes pour al‑Aqsa et les détenus

    Abu Obeida salue les manifestations en Syrie en soutien à al‑Aqsa et aux prisonniers palestiniens. Pays concernés : Syrie, Palestine, Israël.

    Un juge suspend la construction du ballroom de 400 M$ de Trump

    Un juge fédéral bloque temporairement le projet de ballroom à 400 M$ de Donald Trump à la Maison-Blanche en attendant l'autorisation du Congrès.

    à Lire

    Categories