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Bangladesh : l’héritage de Khaleda Zia et le défi pour Tarique Rahman

par Sara
Bangladesh, Royaume-Uni, Inde

Mardi, les abords de l’hôpital Evercare à Dhaka se sont transformés en lieu de recueillement national après l’annonce du décès de Khaleda Zia, ancienne Première ministre à trois reprises et figure de proue du Bangladesh Nationalist Party (BNP). Elle était hospitalisée depuis la nuit du 23 novembre, selon les informations rapportées par des proches et des responsables du parti. Devant les grilles de l’établissement, partisans, cadres du parti et citoyens ont partagé émotions et prières, nombreux étant ceux venus rendre un dernier hommage.

Les funérailles, célébrées mercredi sur Manik Mia Avenue, ont rassemblé des dizaines de milliers de sympathisants venus de tout le pays, ainsi que des responsables d’autres formations, le chef du gouvernement intérimaire Muhammad Yunus et des diplomates étrangers. Cet hommage massif a souligné l’empreinte politique et symbolique qu’a laissée Khaleda Zia au-delà des frontières nationales.

Un tournant politique pour le BNP

Au-delà du deuil, la mort de Khaleda Zia ouvre une phase décisive pour le BNP à quelques semaines des élections nationales prévues le 12 février. La dirigeante restait, même éloignée de la scène politique pendant des années, le symbole d’une unité interne qui a aidé à contenir les rivalités au sein du parti.

Sa disparition concentre désormais responsabilités et attentes sur Tarique Rahman, son fils et président par intérim du BNP, alors que le parti tente de consolider sa base dans un paysage politique profondément remodelé depuis le soulèvement de juillet 2024 et l’interdiction des activités de l’Awami League par l’administration Yunus.

Héritage politique et vide symbolique

Khaleda Zia avait longtemps joué le rôle de référent moral et d’arbitre pour son camp, rôle qui dépassait la simple fonction formelle. Ses partisans mettent en avant la défense d’une démocratie parlementaire forte, du respect de l’État de droit et des libertés publiques comme marqueurs de son action politique.

Cependant, des analystes estiment que son absence crée un vide symbolique important. Selon certains observateurs, la capacité de Tarique Rahman à incarner et prolonger cet héritage reste à prouver sur le terrain politique et électoral.

Le test électoral de Tarique Rahman

Pour nombre d’experts, le scrutin de février constituera l’épreuve de vérité pour Tarique Rahman. Sa crédibilité personnelle, encore perçue comme incomplètement testée, dépendra de la capacité du parti à obtenir des résultats tangibles et à maintenir la cohésion face aux défis internes.

Des responsables du BNP affirment toutefois que Tarique s’est déjà imposé comme figure unificatrice, notamment par son rôle dans la coordination des actions contre l’ancienne dirigeante Sheikh Hasina et par l’élaboration d’un programme de réformes en 31 points visant à restaurer les droits électoraux et la responsabilité institutionnelle.

Un paysage politique fragmenté

La disparition de la bipolarité traditionnelle — Awami League versus BNP — a complexifié l’arène politique. Avec l’absence de l’Awami League, désormais empêchée d’exercer ses activités politiques, le BNP doit désormais affronter une opposition plus fragmentée, y compris une coalition emmenée par la Jamaat-e-Islami et renforcée par le National Citizen Party, né du mouvement de juillet 2024.

Les analystes soulignent que cette nouvelle configuration impose au BNP d’adapter sa stratégie électorale dans un contexte de polarisation différente et d’incertitudes quant au déroulement et à la crédibilité du scrutin à venir.

Défis internes et perception publique

Sur le plan interne, le parti doit aussi faire face à des allégations récurrentes, notamment des accusations d’extorsion visant certains militants. Les dirigeants assurent que ces faits sont exagérés et promettent de renforcer les contrôles internes pour préserver l’image du BNP.

Aux échelons locaux, des voix reconnaissent que la transition de leadership ne se fera pas sans tensions. Certains cadres historiques, proches de l’époque de Khaleda ou de Ziaur Rahman, pourraient contester des décisions, ce qui mettra à l’épreuve la capacité de Tarique Rahman à arbitrer et à imposer la discipline.

Controverses et confiance nationale

La trajectoire de Tarique Rahman a aussi été ponctuée de polémiques médiatiques. Avant son retour au pays le 25 décembre 2025, un message publié fin novembre a alimenté des spéculations sur des influences extérieures quant au calendrier de son retour — soupçons que ses détracteurs ont liés à des pressions étrangères, notamment indiennes.

Le BNP a vigoureusement démenti ces interprétations, affirmant que le retour relevait de considérations politiques et juridiques domestiques. Quoi qu’il en soit, la perception d’indépendance dans la prise de décision restera un enjeu crucial pour convaincre un électorat vigilant.

Entre mémoire et avenir

Pour de nombreux militants, la question est d’ordre existentiel : Tarique Rahman saura-t-il porter l’héritage de Ziaur Rahman et de Khaleda Zia sans trahir ses promesses de politique au service du peuple ? Des anecdotes personnelles, comme le souvenir d’un geste de Ziaur Rahman auprès d’un jeune travailleur, continuent d’alimenter la fidélité de certains électeurs.

À moins de deux mois du scrutin, la capacité du BNP à démontrer discipline, réformes crédibles et contribution à la tenue d’élections pacifiques constituera le véritable baromètre du leadership de Tarique Rahman. Le verdict politique pourrait redessiner l’avenir du parti et la configuration du pouvoir au Bangladesh.

source:https://www.aljazeera.com/features/2026/1/1/khaleda-zias-death-marks-key-test-for-bangladeshs-bnp-ahead-of-elections

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