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L’ancien roi Gyanendra est réapparu en scène politique au Népal, accueilli par des milliers de partisans à son arrivée à Katmandou et appelant publiquement à un report des élections parlementaires. Dans un message vidéo sous-titré en anglais diffusé à la veille de la Journée de la démocratie, le monarque déchu a évoqué un « sens immuable du devoir » face à ce qu’il a qualifié de « tourbillon inhabituel de détresse ». Ses déclarations relancent le débat sur la monarchie au Népal, deux décennies après son abolition.
Retour en scène
Gyanendra, âgé de 78 ans, est arrivé en hélicoptère depuis le district de Jhapa, au sud-est, et a été salué par des acclamations scandant « Raja aau, desh bachau ! » (« Reviens, roi, sauve le pays ! »). Quatre jours plus tard, il a appelé à n’organiser des scrutins qu’après un large consensus national, arguant que les élections menées dans un climat de forte polarisation risqueraient de déclencher des tensions post-électorales.
La monarchie avait été abolie en 2008 après le règne de Gyanendra; depuis, sa présence publique nourrit l’espoir des royalistes et l’inquiétude des défenseurs de la république.
Un pays marqué par l’instabilité
Depuis la fin de la monarchie de 239 ans, le Népal, pays pauvre d’environ 30 millions d’habitants, a connu une forte instabilité politique. Quatorze gouvernements et neuf premiers ministres se sont succédé, avec des alternances entre d’anciens maoïstes, le parti communiste unifié et le Congrès népalais.
La contestation menée par une jeunesse mobilisée en septembre dernier a forcé la mise en place d’un gouvernement intérimaire, qui supervise désormais l’élection prévue début mars. Ce renouvellement générationnel alimente le débat sur la pertinence et la place éventuelle d’une monarchie au Népal.
Le jeu politique des royalistes
Le Rastriya Prajatantra Party (RPP), formation favorable à la restauration d’une monarchie constitutionnelle, détient une présence parlementaire limitée — 14 sièges sur 275 lors du scrutin de 2022 — mais demeure la voix institutionnelle des royalistes.
Son leader affirme que la monarchie serait un « symbole unificateur » au-dessus des partis, sans diriger le gouvernement, et plaide pour un report des élections afin de forger un consensus national. L’année précédente, une manifestation royaliste à Katmandou avait dégénéré : la percée d’une barricade par un organisateur a conduit à deux morts, plus de cent blessés et plus de cent arrestations lors d’affrontements avec la police.
Opposants et analyses
Les critiques dénoncent des gestes politiques calculés. L’ancien premier ministre Baburam Bhattarai a estimé que de tels appels, à la veille d’un scrutin, envoient un message dangereux et rappellent que l’Assemblée constituante a aboli la monarchie pour instaurer une république démocratique.
Pour l’analyste CK Lal, la démarche reflète surtout la nostalgie d’un homme qui a connu le pouvoir absolu et tente de rester pertinent. Selon lui, l’attrait de la monarchie est réel mais limité, principalement chez des aînés religieux et des conservateurs culturels — la jeune génération n’ayant pas d’expérience vécue du régime monarchique le perçoit comme désuet.
Monarchie, religion et identité nationale
Le RPP associe la restauration monarchique à la réinstauration d’un État hindou, rappelant que le Népal était jusqu’en 2008 la seule monarchie officiellement hindoue au monde. Le parti présente cette option comme une préservation culturelle plutôt qu’une volonté d’hégémonie religieuse.
Les opposants répliquent que le Népal est désormais un État laïque et inclusif, et qu’imposer une identité religieuse à la nation serait anti-démocratique. Plus de 80 % de la population se déclare hindoue, mais les défenseurs de la république soulignent que l’appartenance religieuse individuelle ne doit pas se traduire par un État confessionnel.
Influences régionales et héritage historique
Les spéculations sur un soutien étranger en faveur des royalistes, notamment en provenance de l’Inde et de courants nationalistes hindous, circulent depuis plusieurs années. Des symboles et personnalités indiennes ont été visibles lors de rassemblements pro-monarchie, mais des analystes rappellent que les gouvernements étrangers tendent à appuyer les forces en position de pouvoir.
Sur le plan idéologique, les monarchistes invoquent l’héritage de Prithvi Narayan Shah et le texte ancien Dibya Upadesh, qui prône prudence diplomatique et unité interne face à la position géopolitique du pays. Pour ses détracteurs, ce recours au passé relève davantage d’une nostalgie historique que d’une réponse aux défis du XXIe siècle.
Au final, la monarchie au Népal conserve une résonance symbolique et mobilise une frange active de la population, mais elle reste politiquement limitée. Alors que le pays s’approche d’un scrutin crucial, le débat sur l’avenir institutionnel demeure au cœur des tensions entre aspirations de stabilité, pluralisme et rénovation démocratique.