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La New York Times s’interroge sur le silence apparent de Vladimir Poutine après l’intervention directe ordonnée par le président américain dans l’affaire vénézuélienne. Alors qu’en mai dernier Nicolas Maduro visitait le Kremlin et évoquait un « avenir brillant » pour les relations entre Moscou et Caracas, le président vénézuélien se retrouve désormais détenu dans un centre fédéral à New York, à quelque 4 700 miles (environ 7 560 km) du Kremlin, après une opération américaine menée à Caracas début janvier.
Un silence qui interpelle
Plus d’une semaine après l’opération américaine qui a choqué la scène internationale, Moscou n’a pas rompu le silence public: Poutine n’a pas prononcé de condamnation vigoureuse ni annoncé de mesures de représailles. Cette retenue contraste avec l’habitude russe de réagir fermement aux actions américaines qui, par le passé, provoquaient des mises en garde ou des menaces diplomatiques.
De surcroît, lorsque l’armée américaine a saisi mercredi dernier un pétrolier battant pavillon russe et visé par des sanctions, la réaction de Moscou s’est limitée à un bref communiqué du ministère des Transports, un ton jugé inhabituel par plusieurs observateurs.
Priorité à l’Ukraine
Pour plusieurs analystes, ce silence est avant tout stratégique. Hanna Not, directrice du programme Eurasie au centre James Martin pour les études sur la non‑prolifération, estime que Poutine concentre ses efforts sur un objectif unique: « obtenir la victoire en Ukraine ».
Selon cette logique, provoquer Washington au sujet du Vénézuéla ne servirait pas les intérêts russes si cela mettait en péril les marges de manœuvre nécessaires dans le théâtre ukrainien.
Ressources limitées et influence en déclin
La NYT et plusieurs experts relèvent aussi une réalité matérielle: la guerre en Ukraine a considérablement usé les moyens de Moscou. Alexander Gabuev, responsable du centre Carnegie pour la Russie et l’Eurasie, affirme que la Russie a été « épuisée » par le conflit et dispose désormais de ressources réduites pour affronter frontalement les pressions occidentales ou mener des opérations militaires lointaines.
Ce constat explique, selon ces analyses, pourquoi la Russie paraît moins capable d’intervenir dans des crises affectant des alliés éloignés, un rôle qu’elle assumait plus volontiers par le passé.
Calculs géopolitiques et fragmentation de l’OTAN
Au-delà des contraintes matérielles, Moscou semble peser les conséquences géostratégiques d’une réaction musclée. Certains responsables russes craignent que l’intervention américaine au Vénézuéla ne crée un précédent régional susceptible, selon leur raisonnement, d’encourager des revendications territoriales ailleurs, par exemple autour du statut du Groenland.
Par ailleurs, Poutine poursuit depuis des années une stratégie visant à fragiliser l’unité entre les États‑Unis et leurs alliés au sein de l’OTAN, espérant en tirer un regain d’influence en Europe à moyen terme.
Silence calculé ou limite opérationnelle ?
En définitive, le mutisme de Poutine face à l’arrestation de Maduro illustre un choix politique et opérationnel: ménager un front occidental tout en conservant les moyens de poursuivre des objectifs prioritaires en Ukraine. Pour l’heure, Moscou semble privilégier la prudence et la préservation de ressources plutôt qu’une réponse spectaculaire.
Les prochains jours seront scrutés pour mesurer si cette retenue restera la norme ou si, à moyen terme, la Russie ajustera sa posture face à l’offensive américaine dans sa zone d’influence traditionnelle.