Le gouvernement français prépare un projet de loi destiné à renforcer la protection des mineurs face aux plateformes numériques. Le texte, qui sera examiné par le Conseil d’État le 8 janvier, prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 15 ans. Son entrée en vigueur est envisagée pour la rentrée 2026. Cette proposition suscite déjà de nombreuses réactions, notamment chez les adolescents qui utilisent ces services de façon autonome.
Derrière la catégorie « moins de 15 ans », une réalité souvent ignorée mérite d’être mentionnée : les enfants plus jeunes, immergés dans les écrans dès leur plus jeune âge. Bien que la loi ne les exclue pas formellement, ils restent rarement évoqués lorsqu’on discute des régulations d’accès. Cette exposition précoce inquiète les chercheurs et les professionnels, car elle peut limiter les interactions avec les adultes, essentielles pour le développement du langage et de l’attention, et les expose à des contenus inadaptés.

À Mayotte, cette réalité est particulièrement marquée : les écrans et les téléphones constituent souvent le seul moyen de distraction accessible pour les jeunes comme pour les plus petits. Ils n’ont pas besoin de créer de compte pour accéder aux contenus et utilisent directement les appareils des parents, ce qui rend l’application de la loi moins pertinente dans ce contexte. Par ailleurs, l’offre de loisirs et de structures culturelles y est fortement limitée, et les lieux dédiés (théâtres, musées, bibliothèques) ne fonctionnent pas en continu.

Au-delà du temps passé devant les écrans, les conséquences sur le développement se manifestent au quotidien. Selon une accompagnante d’enfants en situation de handicap, l’exposition excessive peut conduire les tout-petits à répéter des gestes ou des mots entendus dans les vidéos sans maîtriser le contexte. L’enjeu est de leur donner davantage d’espace et d’interactions réelles, afin qu’ils puissent regarder des vidéos de manière plus autonome et limitée tout en restant actifs socialement.
Des parents décrivent parfois se sentir dépassés. Faïda Charif raconte que « Ma nièce peut passer toute une après-midi à faire défiler les vidéos » et qu’elle cherche des moyens de poser des limites, notamment en bloquant les réseaux après un certain temps ou en verrouillant l’accès par codes. Elle s’inquiète des effets sur la santé mentale des enfants et espère que la loi apportera des solutions pour les plus jeunes.
Une autre mère raconte qu’au début, comme beaucoup de parents, elle donnait le téléphone dans les lieux publics pour occuper les enfants, mais elle a ensuite encadré l’usage en imposant un temps d’écran limité et en surveillant les contenus. Elle ajoute qu’elle tente aussi de les faire sortir, d’aller à la plage ou de lire ensemble et souligne l’importance de montrer l’exemple afin que les enfants ne considèrent pas l’écran comme normal.