Longtemps présenté comme un modèle en Europe pour sa bonne santé économique, l’Allemagne traverse aujourd’hui une période qui alimente les inquiétudes, notamment dans l’industrie. Selon Shahin Vallée, chercheur à l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP), l’économie allemande n’a pratiquement plus crû depuis la crise sanitaire. Il identifie trois chocs majeurs qui expliquent ce ralentissement : la flambée des prix de l’énergie à la suite du conflit en Ukraine, la crise transatlantique liée aux droits de douane américains et surtout une concurrence chinoise accrue dans de nombreux domaines, notamment l’automobile et le manufacturier.
Pour Vallée, les prix élevés de l’énergie ont été un choc initial majeur pour les entreprises allemandes, creusant les coûts et réduisant la marge. La crise transatlantique, marquée par les droits de douane et les tensions commerciales, a renforcé l’incertitude pour les exportateurs. S’ajoute à cela une concurrence chinoise qui s’est imposée dans des secteurs clés, notamment l’automobile et les industries manufacturières, rendant le chemin de la croissance plus complexe pour l’ancienne locomotive européenne.
Le retard allemand sur l’électrification est un autre facteur déterminant. Selon Vallée, « l’industrie automobile s’est reposée sur ses lauriers », misant trop longtemps sur le moteur à combustion. Résultat : le véhicule électrique chinois est rapidement devenu un concurrent féroce sur le marché mondial, et l’Allemagne a été critiquée pour avoir tardé à adopter des tarifs européens plus fermes vis-à-vis de Pékin.
Sur le terrain industriel, le lobby automobile allemand se retrouve dans une position ambiguë vis-à-vis de la Chine, après avoir beaucoup investi sur place. Les constructeurs craignent à la fois d’être exposés à des représailles chinoises et d’être, en Europe, perçus comme des producteurs chinois. Cependant, Vallée note un tournant : « On est en train d’assister à un basculement plus favorable à une politique tarifaire offensive ».
Du côté budgétaire, l’Allemagne pourrait, en théorie, lancer un vaste programme d’investissement grâce à un endettement plus faible que celui de la France. Mais la politique fiscale y demeure très verrouillée, encadrée par des règles constitutionnelles encore strictes et sensibles sur le plan politique, ce qui freine les marges de manœuvre pour agir rapidement.