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Recrutement dans le cyclisme amateur : un processus sans règles fixes

par Lea
France

Dans l’imaginaire collectif, le recrutement en cyclisme se résume souvent à l’image des professionnels: des agents omniprésents, des performances scrutées sur les grandes courses et des jeunes qui gravitent des équipes réserves vers des formations du World Tour. Mais derrière cette vitrine médiatisée, un autre monde existe, loin des caméras et des communiqués officiels: le cyclisme amateur, où le recrutement suit des règles bien moins écrites. Dans ce milieu, il n’existe pas de date officielle pour l’ouverture du marché ni de période figée. Pourtant, tous les acteurs interrogés évoquent des repères similaires: cela commence généralement fin août ou début septembre et peut aller jusqu’en octobre; il n’y a pas de règle unique.

Pour les plus jeunes, on fonctionne avec des candidatures

Autour des jeunes talents, l’initiative n’est pas uniquement celle des équipes. Il y a deux cas: soit l’équipe appelle, soit le coureur appelle, explique Ilan Larmet. En ce moment, il n’est pas rare que des coureurs prennent eux-mêmes leur téléphone, surtout après les arrêts d’équipes continentales ou professionnelles. Dans ce contexte instable, certains n’hésitent plus à se présenter, à multiplier les appels et les messages. Pour les profils les plus en vue, le schéma demeure plus classique: la plupart du temps, ce sont les directeurs sportifs qui viennent me voir. En 2023, Loudéac voulait son effectif rapidement, et Gaëtan Lemoine, le directeur sportif, l’avait contacté dès juillet avec l’accord de son ancienne équipe; cela s’est fait progressivement.

Depuis quelques saisons, la vision proposée par l’équipe compte autant que le calendrier ou le matériel. À La Crêpe de Brocéliande et Fabrice Blévin, manager général, défendent une approche structurée, presque académique du recrutement. Pour les plus jeunes, on fonctionne avec des candidatures: on demande un CV scolaire, un CV sportif et une lettre de motivation, puis survient un entretien, un peu comme une école. L’objectif est de repérer de jeunes talents qui auront un avenir dans le cyclisme professionnel et, surtout, un projet d’études solide. Pour les profils plus expérimentés, la logique porte sur la performance, mais aussi sur la complémentarité pour constituer un vrai collectif.

L’apparition des agents

Dans le monde amateur, les agents restent encore peu présents, même si leur rôle se développe. Mikaël Chérel, ancien pro reconverti, fait partie de ceux qui investissent progressivement ce terrain: il précise viser des profils avec un potentiel professionnel et privilégier des coureurs dotés d’une personnalité et d’un esprit clair concernant le chemin à suivre. L’accompagnement peut commencer très tôt: le premier jeune contacté avait tout juste 16 ans, et l’usage croît aujourd’hui avec une ultra‑professionnalisation qui voit les juniors intégrer ce système plus tôt. Cette évolution ne fait pas l’unanimité: certains craignent que des choix dictés par des agents dévient l’esprit amateur.

Du côté des coureurs, les avis restent nuancés: un agent peut être utile pour guider, orienter vers de bons choix et décharger certaines décisions, mais l’efficacité dépend de l’intérêt du coureur. D’autres préfèrent tout faire par eux‑mêmes, comme Tom Mainguenau qui a mené ses démarches seul et qui a finalement signé un contrat professionnel avec Nice Métropole Côte d’Azur.

Un réservoir pour les équipes pros

Dans l’amateur, les négociations existent même sans rémunération; ce n’est pas énorme mais cela ouvre des discussions sur le matériel, le nombre de vélos ou l’existence d’un vélo de chrono. Si les clubs doivent investir immédiatement, les choix prennent une autre dimension. Pour Antonin Souchon, l’amateur peut être une forme d’antichambre vers le monde pro, parfois cruelle: les équipes pro contactent une trentaine de coureurs à mi‑saison, puis, en fin d’année, se montrent moins intéressées, ce qui peut laisser les candidats sur le carreau en N1. Entre espoirs et désillusions, le recrutement amateur demeure un équilibre fragile. Fabrice Blévin rappelle qu’il vaut mieux être 18 ans aujourd’hui que 22, mais qu’un coureur de 22 ou 23 ans peut aussi connaître une belle carrière amateur et mérite d’être accompagné.

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