Accueil ActualitéRN, Trump et Poutine : Anatomie d’une convergence idéologique

RN, Trump et Poutine : Anatomie d’une convergence idéologique

par charles

Dans le paysage géopolitique mouvant de cette décennie, les lignes de force idéologiques se redessinent autour de nouveaux pôles d’influence. Une analyse approfondie des dynamiques actuelles met en lumière une résonance frappante entre la vision du monde portée par le Rassemblement National (RN) en France, la doctrine de l’entourage de Donald Trump aux États-Unis et le narratif imposé par Vladimir Poutine en Russie. Au-delà des alliances de circonstance, c’est une véritable communauté de valeurs qui semble émerger, fondée sur le rejet du libéralisme occidental classique et la promotion d’un modèle alternatif de souveraineté.

Un diagnostic partagé du déclin européen

Le point de départ de cette convergence intellectuelle réside dans une vision sombre, voire apocalyptique, de l’Europe actuelle. Selon les observations de chercheurs comme Marlène Laruelle, politologue à l’Université George Washington, les documents stratégiques émanant de la sphère conservatrice américaine décrivent un Vieux Continent en perdition. Cette lecture postule non seulement un déclin économique et démographique, mais insiste surtout sur une prétendue décadence morale et culturelle.

Cette vision fait écho de manière saisissante à la rhétorique du Kremlin. Depuis près de vingt ans, le régime russe se positionne comme le dernier rempart de la « vraie Europe », celle des traditions et de l’héritage chrétien, face à un Occident jugé décadent. Pour les droites radicales européennes, et singulièrement pour le RN, cette grille de lecture valide leur propre diagnostic politique : celui d’une urgence civilisationnelle nécessitant une rupture nette avec les politiques actuelles.

Le logiciel illibéral comme socle commun

Au cœur de cette triangulation entre Paris, Moscou et la sphère trumpiste se trouve ce que les politologues qualifient de « logiciel illibéral ». Ce corpus idéologique partage plusieurs piliers fondamentaux qui transcendent les frontières nationales. Il s’agit avant tout d’une défense acharnée de la souveraineté nationale contre toute forme d’ingérence supranationale.

Les institutions multilatérales, et en premier lieu l’Union européenne, sont désignées comme les adversaires principaux. Elles sont perçues comme des instruments aux mains d’élites technocratiques cherchant à diluer les identités nationales dans un magma mondialiste. Cette hostilité commune envers Bruxelles favorise des rapprochements stratégiques, comme l’illustrent les soutiens transatlantiques affichés lors des campagnes électorales.

L’Amérique encourage ses alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau de l’esprit, et l’influence croissante des partis patriotes européens donne en effet matière à un grand optimisme.

Outre l’euroscepticisme, ce socle commun valorise un pouvoir exécutif fort, souvent au détriment des contre-pouvoirs ou des droits des minorités, et promeut une vision homogène de la nation. La défense des hiérarchies sociales traditionnelles et des valeurs conservatrices constitue le ciment moral de cette alliance informelle, unissant les « patriotes » de divers horizons contre le progressisme sociétal.

L’Ukraine : l’épreuve du réel et les limites de l’alignement

Toutefois, la cohérence idéologique ne garantit pas une fluidité diplomatique absolue, notamment lorsque la réalité de la guerre s’impose. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022 a agi comme un révélateur des contraintes pesant sur le Rassemblement National. Face à une opinion publique française majoritairement critique envers l’agression russe, le parti a dû opérer un réajustement stratégique complexe.

Il n’est plus question pour le RN d’afficher une proximité ouverte avec Moscou ou de présenter l’Ukraine comme une simple extension du monde russe. Le discours s’est nuancé, se concentrant désormais davantage sur les conséquences économiques du conflit pour les ménages français — le coût de l’énergie et l’inflation — plutôt que sur une justification géopolitique de l’offensive russe.

Néanmoins, ce repositionnement tactique ne signifie pas une rupture totale avec la vision stratégique sous-jacente. Si la forme change, le fond demeure empreint d’une méfiance envers l’atlantisme classique et d’une volonté de maintenir des canaux ouverts avec une Russie perçue comme un acteur incontournable d’un monde multipolaire. À l’avenir, la capacité de ces mouvements à concilier leur affinité idéologique avec les impératifs de sécurité nationale et les attentes de leurs électorats respectifs restera une équation politique majeure.

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