Romuald est l’un des rares patients au monde à être guéri du VIH et son témoignage rappelle l’enjeu de prévenir le virus chez les jeunes en France. Les chiffres de Santé publique France montrent une hausse des infections chez les 15–25 ans entre 2014 et 2023, malgré une baisse chez les 26–49 ans. Face à ce constat, les experts plaident pour une prévention renforcée et une meilleure connaissance des outils existants: dépistage sans ordonnance, distribution des préservatifs et PrEP, le traitement préventif.
Prévenir le VIH chez les 15–25 ans: un levier encore sous-utilisé
Entre 2014 et 2023, le nombre de jeunes infectés par le virus a augmenté de 41 %, selon Santé publique France, contre une baisse de 15 % chez les 26-49 ans. Les jeunes nés en Afrique subsaharienne sont les premiers concernés, d’abord en raison d’une surexposition dans cette région. Mais aussi en raison de la dégradation de leurs conditions de vie une fois arrivés en France.
« 40 % des personnes contaminées le sont en France. Certaines femmes sont hébergées chez des hommes qui leur imposent des rapports sexuels non-protégés. Il existe une corrélation entre les conditions de vie des jeunes mineurs isolés et l’exposition au VIH », explique Florence Thune, directrice générale de Sidaction.
Les jeunes personnes transgenres sont également particulièrement affectées par le virus : « Cette proportion importante est liée à une situation de précarité. Pour subsister, ces personnes peuvent être amenées à se prostituer. Malheureusement, c’est une constante avec le VIH, les plus vulnérables sont les plus exposés », décrypte Olivier Bouchaud.
Des dispositifs existent pour prévenir le risque d’exposition au VIH. Comme la possibilité de réaliser un dépistage en laboratoire sans prescription et sans avance de frais, ou encore celle pour les jeunes de moins de 25 ans de se procurer des préservatifs gratuitement en pharmacie. « Ces moyens sont remarquables mais pas suffisants car la personne doit faire l’effort de se faire dépister », regrette le membre du CNS. « Il manque les étapes d’incitation et d’éducation à la sexualité chez les plus jeunes », précise Florence Thune.

Depuis janvier 2016, la PrEP (prophylaxie pré-exposition), un traitement préventif pour se protéger du VIH, est prise en charge à 100 % par l’assurance-maladie. Santé publique France pointe la diminution du nombre d’infections chez les hommes adultes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Cette baisse est toutefois moins importante chez les 15-24 ans. « La PrEP est bien diffusée parmi les hommes gays adultes, parce qu’ils ont suivi l’évolution et sont concernés par leur santé. Les plus jeunes sont moins informés et y ont donc moins recours », regrette Olivier Bouchaud.
Florence Thune avance des pistes pour améliorer la prévention : « La PrEP est un outil sous-utilisé. Avant d’innover, il faut que ce qui existe soit connu. Ensuite, les médecins traitants doivent sensibiliser et parler du dépistage à leurs patients. Pour les jeunes, il faut la mise en place effective des programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle dans les établissements scolaires. »
Olivier Bouchaud développe un autre plan d’action : « Il faut mettre en place des programmes “d’aller vers” les publics à risque. Créer un lien de confiance avec eux pour les convaincre de se faire dépister. »
Le terrain montre aussi des réalités locales: à Verdun, le CeGIDD œuvre pour la prévention et le dépistage du VIH, des hépatites et des IST. L’équipe rappelle que le dépistage est gratuit et anonyme et que beaucoup ignorent qu’on peut venir ici sans ordonnance ni mutuelle, selon Marie-Line Picard, infirmière au CeGIDD depuis plus de 20 ans. Le centre collabore avec les collèges et lycées et prépare les pharmaciens à réaliser des tests rapides dès début 2026 pour faciliter l’accès au dépistage.
La PrEP et le rôle des professionnels de santé dans l’éducation
Depuis janvier 2016, la PrEP est prise en charge à 100 % par l’assurance-maladie et la discussion autour de son usage s’élargit, avec des diminutions notables des infections chez certains groupes mais pas encore chez les jeunes. « La PrEP est bien diffusée parmi les hommes gays adultes, parce qu’ils ont suivi l’évolution et sont concernés par leur santé. Les plus jeunes sont moins informés et y ont donc moins recours », regrette Olivier Bouchaud.
Florence Thune rappelle que « La PrEP est un outil sous-utilisé. Avant d’innover, il faut que ce qui existe soit connu. Ensuite, les médecins traitants doivent sensibiliser et parler du dépistage à leurs patients. Pour les jeunes, il faut la mise en place effective des programmes d’éducation à la vie affective et sexuelle dans les établissements scolaires. »
Olivier Bouchaud ajoute: « Il faut mettre en place des programmes “d’aller vers” les publics à risque. Créer un lien de confiance avec eux pour les convaincre de se faire dépister. »
Dans le concret, Verdun illustre les actions de terrain: le CeGIDD y propose dépistage gratuit et anonyme et assure le suivi de patients, avec une approche qui privilégie l’accompagnement et l’information sans jugement. Le personnel insiste sur l’importance d’une connaissance actualisée de la santé sexuelle et sur l’ouverture du lieu pour toucher un public plus large, notamment les jeunes et les personnes en parcours migratoire. Le réseau local prévoit aussi l’extension des tests rapides par les pharmaciens, afin de faciliter le dépistage au plus près des populations.