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Scandale sanitaire en France : plainte collective contre les implants anti-hernie

par Lea
France

Des victimes de toute la France prennent la parole pour raconter l’enfer qu’elles vivent après s’être vu poser un implant destiné à traiter une hernie abdominale ou inguinale. Une plainte collective est en préparation, tandis que les autorités de santé défendent le dispositif comme traitement recommandé tout en reconnaissant des effets secondaires qui peuvent être significatifs.

Me Pierre Debuisson affirme qu’il s’agit d’un scandale sanitaire d’une ampleur considérable. Depuis plus d’un mois, son cabinet reçoit des appels de plaignants de tout âge et de toute la France décrivant des douleurs et une perte d’autonomie après l’intervention. Des patients âgés de 30 à 40 ans se retrouveraient épuisés, incapables de marcher longtemps et de mener leurs activités quotidiennes; certains évoquent des difficultés parfois graves qui affectent leur quotidien.

Le comédien Arnaud Denis, premier à alerter la France en 2023, a reçu cette prothèse en juillet 2023 avant de la retirer aux États-Unis. Aujourd’hui, sa souffrance persiste et il explore des options médicales, évoquant même la possibilité d’une démarche en Belgique en 2026 dans ses échanges avec un groupe de presse.

Face à ce qui est décrit comme un scandale d’ampleur, Me Debuisson prépare une plainte collective visant les médecins, l’État et les laboratoires et fabricants, avec un dépôt envisagé au cours du premier trimestre 2026. Il affirme déjà avoir recueilli environ une cinquantaine de témoignages et estime que le nombre réel de victimes pourrait se situer autour de 200 000.

Des complications post-opératoires reconnues

Les dispositifs incriminés sont des implants ou des filets en polypropylène ou en polyester utilisés pour renforcer la paroi abdominale ou traiter les hernies de l’aine. En France, près de 200 000 interventions de ce type sont réalisées chaque année, et plusieurs fabricants se partagent le marché, tels que Medtronic, B. Braun et Invamed.

Après l’intervention, certains patients décrivent des douleurs persistantes, une sensation de corps étranger et, dans de rares cas, des infections ou l’apparition de maladies auto-immunes. Ces effets secondaires touchent environ 5 à 10 % des patients et sont invalidants dans 1 à 5 % des cas.

Selon l’avocat, certains chirurgiens n’informeraient pas clairement les patients des risques avant l’opération. Il envisage des actions pénales pour blessures involontaires, tromperie aggravée et homicide involontaire. Il critique aussi les autorités de santé pour des négligences et des défaillances de communication envers les médecins et les patients, et évoque une possible plainte administrative. Il pointe également un déficit d’information de la part des laboratoires et des fabricants.

« Une tolérance et une efficacité prouvées »

Face à ces accusations, la Société française de chirurgie pariétale – Club Hernie a publié un communiqué en avril dernier rappelant le cadre actuel : la cure chirurgicale avec renfort pariétal est le traitement recommandé par les sociétés savantes. Elle reconnaît toutefois que tout médicament peut être associé à des effets secondaires.

La société précise que la cure de hernie peut s’accompagner de complications post-opératoires et indique que les facteurs de risque incluent l’épuisement professionnel, l’anxiété, la dépression et des douleurs chroniques préexistantes. Concernant les prothèses, elle affirme que leur tolérance et leur efficacité ont été démontrées par des études et que leur fabrication respecte les normes en vigueur. Ces dispositifs sont destinés à s’intégrer dans les tissus et à être portés sans limitation de durée.

Vingt ans de litige aux États‑Unis

Aux États‑Unis, ces implants ont été reclassés en dispositif à risque élevé en 2017 après des signalements d’événements indésirables et des publications internationales. L’ANSM, informée, a mis en place une action de surveillance du marché et poursuit son suivi. En 2024, 34 déclarations de patients ont été recensées, soit plus que les 21 de 2023; entre le 1er janvier et le 31 mai 2025, 75 signalements ont été enregistrés, probablement liés à une communication soutenue et à une couverture médiatique.

Un collectif de patients a été reçu par l’ANSM en juin 2025. L’agence s’est engagée à rendre l’information sur ces implants plus accessible et a lancé une étude épidémiologique menée par le groupe scientifique EPI-Phare, dont les résultats sont attendus au cours du premier semestre ou au début du second semestre 2026. Par ailleurs, le combat contre ces prothèses ne se limite pas à la France : aux États‑Unis, des milliers de plaignants se battent depuis près de deux décennies pour obtenir réparation. En 2024, le fabricant de prothèses Becton Dickinson a accepté d’indemniser environ 38 000 plaignants, évitant ainsi un procès.

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