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À Gaza, des familles déplacées dénoncent la propagation d’eaux usées sur les rivages et autour des camps improvisés, provoquant une prolifération d’insectes et de rongeurs et une recrudescence des maladies, surtout chez les enfants. Mohammed al‑Hessi, installé dans une tente près du port maritime, décrit des conditions de vie dégradées et un accès extrêmement réduit à l’eau potable. Parallèlement, les restrictions sur l’entrée des matériaux de réparation menacent d’accentuer les retombées sanitaires et environnementales, ce qui rend impératif un bilan environnemental et sanitaire rapide.
Détruction des puits
Selon Mazen al‑Banna, directeur général de l’autorité de l’eau et de la qualité de l’environnement à Gaza, 80 à 90 % des installations liées à l’eau ont été endommagées par la guerre. Sont concernés les puits, les conduites principales et secondaires, les stations de pompage, les réservoirs, les réseaux d’assainissement, ainsi que les unités de traitement et de désalinisation.
Il alerte aussi sur des dommages moins visibles : contamination des sols, des nappes phréatiques et du milieu marin par les résidus d’engins, les fuites d’eaux usées et les rejets pétroliers liés aux opérations militaires. Ces atteintes ont une incidence directe sur la fourniture d’eau : la quantité distribuée par personne tombe souvent sous les 20 litres par jour, contre environ 100 litres avant le conflit.
Les capacités existantes restent insuffisantes et l’approvisionnement en équipements essentiels — systèmes solaires, groupes électrogènes, carburant, usines de dessalement, pièces de rechange, produits chimiques et membranes — est très limité. Selon des estimations locales, la reconstruction des infrastructures d’eau et d’assainissement nécessiterait près de 800 millions de dollars.
Intervention urgente
Les priorités identifiées incluent la réhabilitation rapide des réseaux d’assainissement pour limiter la contamination humaine, des sols et des eaux côtières. Il est également essentiel de proposer des logements adéquats aux déplacés et de supprimer les fosses d’épandage non contrôlées, notamment dans les zones sableuses où la nappe est proche de la surface.
Parmi les mesures demandées figurent la remise en service des réseaux d’eau potable pour atteindre le minimum recommandé au niveau international et garantir la qualité de l’eau. Les déchets doivent être retirés des dépôts informels et dirigés vers des sites d’enfouissement conçus et gérés de façon sanitaire.
- Réhabilitation des stations de traitement des eaux usées;
- Remplacement des décharges sauvages par des solutions techniques;
- Fourniture d’équipements de dessalement et de laboratoire;
- Lancement d’un inventaire et d’actions de remise en état des puits et pompes.
Enfin, les autorités locales insistent sur la nécessité d’un grand relevé environnemental : prélèvements et analyses pour évaluer l’impact des résidus de la guerre sur les nappes et les zones habitées.
Risques pour la qualité de l’eau
L’expert Saeed al‑Aklouk souligne que la crise de l’eau à Gaza combine un déficit quantitatif et une dégradation qualitative. Plus de 200 puits sur environ 320 ont été touchés, selon ses estimations, rendant indispensable la fourniture de pompes et d’équipements par les bailleurs.
Il met en garde contre des polluants chimiques et des résidus de guerre difficilement mesurables en l’absence de laboratoires spécialisés et d’équipements d’analyse. Si la contamination microbienne peut être combattue par la chloration, l’accès aux produits de désinfection reste restreint et insuffisant.
Le risque d’infiltration de matières toxiques et d’explosifs dans la nappe rend la situation plus complexe : des laboratoires avancés et des équipes spécialisées sont nécessaires pour déterminer la potabilité de l’eau et définir les zones à risque pour la population et l’agriculture.
Propagation d’épidémies
La quasi‑destruction des systèmes d’assainissement et des stations de traitement a entraîné un écoulement continu d’eaux usées et l’accumulation de déchets solides non maîtrisés. Ces conditions constituent un terrain favorable à l’émergence d’épidémies.
Les autorités sanitaires locales craignent qu’une flambée de maladies infectieuses n’entraîne une hausse marquée de la morbidité et de la mortalité, en particulier parmi les groupes les plus vulnérables. De plus, la présence de débris de guerre et d’explosifs à proximité des lieux d’habitation augmente la menace pour la santé publique et le milieu naturel.
Face à ces enjeux, un bilan environnemental et sanitaire urgent et complet s’impose pour orienter les interventions, limiter l’aggravation de la crise de l’eau à Gaza et protéger la population. Sans réponse internationale coordonnée et rapide, les conséquences sanitaires et écologiques risquent de s’amplifier.