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    Israël et Iran : avenir nucléaire incertain et menaces militaires croissantes

    Iran, Israël, États-Unis

    Israël a recentré son attention non plus sur un éventuel accord entre les États-Unis et l’Iran, mais sur la préservation de son droit à frapper toute tentative iranienne de relancer le programme nucléaire, un sujet qui dépasse désormais les anciens obstacles qui l’empêchaient d’agir, selon des analystes.

    Parallèlement, l’incertitude demeure quant à l’acceptation par l’Iran d’un retour à la table des négociations, après les lourds dégâts causés à ses installations nucléaires par les frappes américaines et israéliennes récentes. La possibilité que Téhéran poursuive discrètement le développement d’une arme nucléaire, conforté par l’échec apparent des négociations, ne peut être exclue.

    Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a déclaré que personne ne sait ce qu’il adviendra des réserves d’uranium iranien hautement enrichi suite à la dernière attaque américaine. Selon lui, le progrès nucléaire de Téhéran ne peut être effacé par des moyens militaires, mais uniquement par un accord avec l’Iran.

    Actuellement, l’AIEA n’a aucune estimation définitive sur l’avenir du programme nucléaire iranien après la frappe américaine. Grossi cherche cependant à empêcher l’exclusion de l’agence dans un hypothétique futur accord américano-iranien, explique Hosni Obeidi, professeur de relations internationales à l’Université de Genève, lors de sa participation à l’émission « Au-delà de l’information ».

    Grossi met aussi en garde contre le risque d’un retrait complet de l’Iran du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), ce qui priverait l’agence de tout contrôle sur les installations nucléaires iraniennes. Ce dossier pourrait devenir un enjeu majeur à l’ordre du jour de l’Assemblée générale des Nations unies prévue en septembre prochain, selon Obeidi.

    Une guerre sans objectif atteint

    Le chef du parti « Israël Beitenu », Avigdor Lieberman, a affirmé que le conflit avec l’Iran s’est soldé par un goût amer, sans aboutir à un accord. Cette perception reflète un consensus non officiel au sein des services de renseignement israéliens, selon lequel le programme nucléaire iranien a certes subi un retard de plusieurs années, mais n’a pas été détruit totalement, souligne l’expert en affaires israéliennes Dr. Muhannad Mustafa.

    Malgré la victoire proclamée en Israël, la frustration réside dans le fait que le cessez-le-feu n’a rien réglé concernant le programme nucléaire. Israël désirait un accord strict contraignant l’Iran à renoncer définitivement à ses ambitions nucléaires, ce qui n’a pas été obtenu. L’incertitude demeure notamment sur le sort de 400 kilogrammes d’uranium iranien hautement enrichi.

    Ce qui s’est joué est donc une bataille dans une guerre toujours en cours. Cela est visible dans les déclarations publiques de Benjamin Netanyahu, du chef du Mossad David Barnea et du ministre de la Défense Israël Katz, qui ont explicitement affirmé qu’Israël frappera toute relance iranienne du programme nucléaire, rapporte Muhammad Mustafa.

    Un point essentiel soulevé par Grossi est que la narration israélienne antérieure concernant la volonté iranienne de se doter de l’arme nucléaire s’appuie sur les rapports de l’AIEA. Il est donc possible que ces nouvelles alertes servent de justification à Israël pour agir à nouveau.

    Grossi semble avoir dépassé son rôle de gardien empêchant l’acquisition de l’arme nucléaire par l’Iran, pour devenir un acteur politique présentant un rapport condamnant Téhéran juste avant les frappes. Cela soulève des doutes chez les Iraniens quant à la pertinence de poursuivre leur coopération avec l’AIEA, explique Obeidi.

    Une éventuelle reprise des négociations

    Les Iraniens ont toutefois obtenu un résultat important en déplaçant le débat des quantités d’uranium enrichi vers la question de la reprise de la coopération avec l’AIEA, ce qui pourrait alléger la pression sur d’autres sujets.

    La négociation reste donc une option stratégique pour l’Iran. Obeidi estime que Téhéran ne compte pas réellement sur l’Europe, qui cherche une solution politique à la récente offensive américano-israélienne, mais pourrait retourner à la table avec les États-Unis.

    Après des années à miser sur les Européens, l’Iran a vu les États-Unis frapper ses installations sans en informer leurs alliés européens. La négociation avec Washington apparaît donc comme plus réaliste, car un refus accroîtrait les soupçons sur ses ambitions nucléaires.

    Par ailleurs, malgré les déclarations du président américain Donald Trump et de ses hauts responsables visant à détruire le programme nucléaire iranien, la revue Newsweek rapporte que des images satellites récentes montrent une intensification des travaux sur le site nucléaire de Fordo, frappé par des bombes pénétrantes américaines le 22 juin.

    Selon le journaliste spécialiste en relations internationales Muhammad Sattouhi, ces informations alimentent le débat sur les résultats réels de l’attaque américaine. Trump affirme avoir anéanti le programme, mais certains experts jugent scientifiquement et pratiquement impossible une destruction totale, estimant qu’au mieux le programme a été retardé de quelques mois ou années.

    Si le programme iranien est toujours actif, cette frappe pourrait inciter Téhéran à développer une arme nucléaire, à l’instar de la Corée du Nord, difficilement approchable, selon Sattouhi.

    Une question cruciale demeure : sur quoi porteront les négociations si l’Iran accepte de revenir à la table ? S’attarder aux déclarations de Trump, qui était jusqu’alors inflexible sur un enrichissement nul de l’uranium, mais évoque désormais la destruction de toute installation d’enrichissement à haute teneur, est indispensable.

    Selon Sattouhi, la menace n’effraie plus l’Iran comme avant, après avoir démontré sa capacité à frapper tout Israël, notamment la base d’Al-‘Adid, un acte symbolique qui s’accompagnait d’avertissements de riposte plus sévères à l’avenir.

    Cette crainte d’une escalade au-delà de réponses symboliques pourrait expliquer pourquoi Trump a appelé à un arrêt rapide des hostilités après les frappes sur les installations iraniennes, convaincu que des attaques rapides peuvent être absorbées contrairement à une guerre prolongée.

    Israël, qui pensait avant la guerre que l’Iran était proche d’une bombe nucléaire, croit désormais que cela prendra des années. Toutefois, elle craint la production secrète d’une arme, estime Mustafa.

    Par conséquent, Israël ne cherche pas à conclure un accord pour l’instant, mais préfère durcir les sanctions et isoler Téhéran, espérant que cela renversera le régime et éliminera la menace nucléaire. Mustafa pense également que Tel-Aviv veut accroître sa liberté d’action militaire face à toute tentative iranienne future, après s’être imposée dans le ciel iranien à la manière de son intervention au Liban.

    source:https://www.aljazeera.net/politics/2025/6/28/%d9%85%d8%ad%d9%84%d9%84%d9%88%d9%86-%d9%85%d8%b3%d8%aa%d9%82%d8%a8%d9%84-%d9%86%d9%88%d9%88%d9%8a-%d8%a5%d9%8a%d8%b1%d8%a7%d9%86-%d8%a8%d8%a7%d8%aa-%d8%ba%d8%a7%d9%85%d8%b6%d8%a7

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