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Avec quelque 2 400 kilomètres de côtes, l’Iran exerce un contrôle sur des voies maritimes cruciales, en particulier le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part significative des flux énergétiques mondiaux. Cette position géographique a fait de la construction d’une force navale capable d’assurer la sécurité des approvisionnements et de dissuader d’éventuelles interventions étrangères une priorité stratégique pour Téhéran.
Une géographie stratégique
La façade maritime iranienne longe des eaux peu profondes, une succession d’îles et des détroits étroits qui offrent des conditions favorables à des opérations côtières et des embuscades navales. Les ports et bases situés à Bandar Abbas, Jask et Chabahar servent de plates‑formes pour projeter une présence vers le golfe Persique et l’océan Indien.
De la flotte classique à la guerre asymétrique
Depuis la révolution de 1979, la doctrine navale iranienne a connu des tournants majeurs. La crainte d’un débarquement amphibie a poussé les nouveaux dirigeants à repenser la structure navale héritée et à privilégier des méthodes non conventionnelles.
Les affrontements maritimes des années 1980, notamment la « guerre des tankers » contre l’Irak, ont mis en lumière les limites d’une confrontation frontale avec les grandes marines océanique. La destruction de navires iraniens lors de ripostes étrangères a convaincu Téhéran d’abandonner en grande partie la logique de confrontation classique au profit d’une stratégie de harcèlement et de guérilla maritime.
Un arsenal asymétrique
Pour tirer parti de son environnement côtier, l’Iran a massivement investi dans des capacités non symétriques. La flotte comporte de nombreux bateaux rapides capables d’attaques éclairs et de frappes suivies de repli, certains revendiquant des vitesses atteignant 100 nœuds.
Parallèlement, le pays a multiplié les moyens qui compliquent la liberté d’action des adversaires : vaste stock de mines marines, petits sous‑marins de type Ghadir et Younus, et batteries de missiles antinavires aux déclarations de portée étendue. Des drones-suicide et des plateformes autonomes — aéiennes et maritimes — complètent cet ensemble, tandis que des navires de grande taille ont été transformés en bases flottantes équipées de rampes de lancement et de hangars pour embarcations d’attaque.
Organisation des forces et rôles distincts
Depuis le milieu des années 2000, la mission des forces navales iraniennes est répartie entre deux entités. La marine régulière, forte d’environ 18 000 marins, est chargée de la protection des routes commerciales et des zones éloignées.
À l’inverse, la marine du Corps des Gardiens de la Révolution, avec près de 20 000 membres, concentre ses efforts sur le contrôle du golfe Persique et du détroit d’Ormuz. Cette division reflète une doctrine bicéphale qui combine présence conventionnelle et actions asymétriques sur le littoral.
Capacités numériques et limites opérationnelles
En 2024, des évaluations classent la marine iranienne à la 37e place mondiale, avec un parc de plus d’une centaine d’unités incluant frégates, sous‑marins, corvettes et de nombreuses embarcations légères. Cette structure permet une présence régionale notable tout en restant limitée face aux marines de haute mer.
- Frégates : environ 7
- Sous‑marins : environ 25, de petit tonnage
- Corvettes : quelques unités
- Vaste flotte de vedettes et d’unités côtières
Cependant, toute tentative ferme de fermer durablement le détroit d’Ormuz serait autodestructrice pour l’Iran : un blocage complet priverait le pays d’une grande partie de ses exportations pétrolières et d’une part importante de ses importations, ce qui limite la probabilité d’une telle option malgré son potentiel de pression stratégique.
Enjeux régionaux
La combinaison d’une géographie propice, d’un arsenal asymétrique et d’une doctrine orientée vers la dissuasion locale permet à la marine iranienne de compliquer l’action des forces étrangères dans le golfe Persique et au‑delà. En l’absence d’une capacité suffisante pour affronter directement les grandes flottes, Téhéran mise sur la dispersion, la mobilité et la menace de coûts élevés pour tout intervenant.
Ainsi, la marine iranienne reste un acteur clé des équilibres régionaux : capable de projeter un risque réel sur les voies maritimes, elle contribue à maintenir des tensions et oblige les puissances extra‑régionales à ajuster leurs postures et leurs déploiements dans la zone.