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Aidros al‑Zubaidi, figure centrale du mouvement séparatiste sud‑yéménite, a été écarté de ses fonctions au sein du Conseil de commandement présidentiel et renvoyé devant la justice pour « haute trahison » le 7 janvier 2026. La décision, annoncée après une montée des tensions dans le sud du pays et la prise de contrôle de deux provinces par les forces du Conseil transitionnel du Sud, intervient au terme d’un affrontement croissant entre les autorités reconnues et la mouvance séparatiste.
Origines et formation
Né le 23 juillet 1967 dans le village de Zubayd, dans le gouvernorat du Dhâl, Aidros al‑Zubaidi est issu d’une famille tribale locale. Il a poursuivi des études militaires à l’École de l’aviation et de la défense antiaérienne, où il est sorti officier en 1988.
Après une brève carrière dans l’armée de l’air, il intègre les forces de sécurité spéciales et travaille notamment à la protection d’installations et d’ambassades avant de s’imposer comme un acteur majeur de la cause sudiste.
De l’insurrection armée à la politique
À la suite de l’unification du Yémen et des affrontements de 1994, Aidros al‑Zubaidi rejoint l’opposition sudiste en exil puis revient au pays en 1996 pour fonder un mouvement réclamant la restauration de l’État du Sud. Son organisation, lancée dans les années 1990, a recours à la fois à l’action politique et, à des périodes, à la lutte armée.
Au fil des années, il devient une figure influente du Hirak al‑Janoubi (mouvement sudiste) et pixelise sa notoriété en conciliant résistance armée et stratégies politiques, tout en échappant à plusieurs poursuites judiciaires et tentatives d’assassinat.
La guerre de 2015 et l’ascension à Aden
En 2015, alors que le conflit s’intensifie au Yémen, les forces dirigées par Aidros al‑Zubaidi prennent part aux combats contre les Houthis dans le Sud, gagnant du terrain dans plusieurs gouvernorats et appuyant l’offensive conduite par la coalition régionale.
Le 7 décembre 2015, il est nommé gouverneur d’Aden, poste stratégique dans la capitale provisoire. Durant son mandat, il lance des opérations de sécurité pour déloger des groupes extrémistes et subit plusieurs tentatives d’attentat.
Création du Conseil transitionnel du Sud
Après son limogeage de la gouvernance d’Aden au printemps 2017, Aidros al‑Zubaidi annonce en mai la création du Conseil transitionnel du Sud, un organe politique rassemblant personnalités et responsables territoriaux du Sud. Ce mouvement vise explicitement la revendication d’un État sud‑yéménite indépendant et se donne pour mission de représenter les intérêts de la région.
La naissance du Conseil suscite une vive opposition du gouvernement yéménite internationalement reconnu et déclenche des mobilisations populaires dans plusieurs provinces méridionales.
De la signature d’Accords à l’intégration au Conseil présidentiel
En novembre 2019, des pourparlers soutenus par des médiateurs régionaux aboutissent à la signature d’un accord visant à apaiser les tensions internes et à redistribuer les responsabilités gouvernementales entre Nord et Sud. Aidros al‑Zubaidi conserve une influence importante sur le terrain malgré les accords.
En avril 2022, lors de la réorganisation du pouvoir central, il est nommé vice‑président du Conseil de commandement présidentiel, une position qui devait intégrer plusieurs factions et stabiliser la scène politique nationale.
Escalade et rupture : vers l’exclusion
Fin 2025, les tensions s’exacerbent lorsque les forces du Conseil transitionnel occupent les gouvernorats de Hadhramout et d’al‑Mahrah, refusant de se retirer malgré des appels locaux et régionaux. Aidros al‑Zubaidi proclame alors le lancement d’une transition de deux ans suivie d’un référendum sur le statut du Sud et publie un texte constitutionnel visant la restauration d’un « État du Sud arabe ».
Ces actes sont perçus par la présidence comme une remise en cause directe de l’autorité nationale et des engagements pris avec les partenaires régionaux, provoquant la décision de le traduire en justice pour « haute trahison ». Le président du Conseil, Rashad al‑Alimi, ordonne son exclusion et son renvoi devant le parquet.
Réactions et suites
La mesure intervient alors que les appels à la désescalade se multipliaient, y compris de la part d’acteurs régionaux. Selon les autorités, Aidros al‑Zubaidi aurait été sommé de se rendre en Arabie saoudite sous 48 heures pour des discussions avec la présidence, mais il aurait quitté le pays pour une destination non précisée.
Sur le terrain, l’exclusion alimente l’incertitude dans le Sud et risque d’aggraver davantage la polarisation entre partisans d’un ordre centralisé et défenseurs d’une autonomie renforcée, alors que la situation sécuritaire et humanitaire demeure fragile.
Points clés de la trajectoire d’Aidros al‑Zubaidi
- Né en 1967 dans le gouvernorat du Dhâl et formé dans les écoles militaires,
- Fondateur d’un mouvement pour la restauration de l’État du Sud à la fin des années 1990,
- Gouverneur d’Aden en 2015 puis fondateur du Conseil transitionnel du Sud en 2017,
- Nommé vice‑président du Conseil de commandement présidentiel en 2022, puis écarté et poursuivi pour « haute trahison » en janvier 2026.
L’avenir politique et judiciaire d’Aidros al‑Zubaidi reste incertain, tandis que les autorités centrales et les acteurs régionaux cherchent à contenir la crise sans provoquer une nouvelle escalade militaire. Les prochains jours seront déterminants pour la stabilité dans le Sud et pour les perspectives d’une solution politique durable au Yémen.