La France et l’Allemagne proposent de revoir la coordination de l’action extérieure de l’Union européenne. Leur piste donnerait à Kaja Kallas un rôle plus opérationnel auprès de plusieurs services de la Commission, sans transférer à la haute représentante l’autorité finale de la présidente de la Commission. Cette architecture reste à négocier : aucune réforme n’a été adoptée.
Une coordination plus étroite autour de Kaja Kallas
Le schéma décrit prévoit que Kaja Kallas coordonne davantage les directions de la Commission chargées de dossiers ayant une dimension extérieure. L’aide au développement, l’aide humanitaire, l’industrie de défense et la politique de voisinage font partie des secteurs cités. Le commerce pourrait également être inclus. Politico mentionne en outre la migration parmi les unités concernées par les propositions de Paris et Berlin.
Ce rôle accru ne placerait pas pour autant toute l’action extérieure sous une autorité unique. Ursula von der Leyen conserverait le dernier mot dans le fonctionnement envisagé. Le projet cherche plutôt à articuler des moyens aujourd’hui répartis entre la haute représentante, le Service européen pour l’action extérieure, appelé SEAE, et la Commission.
Le partage actuel des responsabilités
La haute représentante dirige le SEAE et coordonne la politique étrangère des Vingt-Sept. Elle occupe aussi la fonction de vice-présidente de la Commission. Dans le même temps, plusieurs portefeuilles qui donnent à l’Union des leviers concrets à l’extérieur restent administrés par la Commission. La proposition franco-allemande vise ce décalage entre le mandat diplomatique et l’exercice de politiques sectorielles.
La réflexion porte également sur l’organisation du SEAE, ses relations avec la Commission et le Conseil, ainsi que sur ses 145 délégations. Les conclusions franco-allemandes appellent plus largement à travailler sur le rôle et l’organisation institutionnelle de la haute représentante, de la Commission et du service diplomatique européen. Elles présentent la réforme interne comme un moyen d’obtenir des réponses plus fermes, plus rapides et mieux coordonnées.
Le document organise cette réflexion autour de cinq questions directrices. Elles concernent notamment les rapports avec la Commission et le Conseil, le réseau des délégations et le mandat que les traités confient à la haute représentante. Le débat porte donc autant sur les circuits de décision que sur la distribution des compétences.
Une réforme soumise à l’unanimité
La voie envisagée ne nécessiterait pas de rouvrir le traité de Lisbonne. Elle passerait toutefois par une modification de la décision de 2010 relative au SEAE. Un accord unanime serait alors requis. Les États membres n’ayant pas encore arrêté de trajectoire commune, cette condition laisse entière l’incertitude politique sur l’issue des discussions.
Le calendrier confirme qu’il s’agit d’un chantier et non d’une décision. Les conclusions de Paris et Berlin prévoient que le Conseil européen d’octobre 2026 demande à la présidence du Conseil d’engager des travaux, notamment au sein du Conseil. Un rapport devrait ensuite être présenté au Conseil européen avant la fin de 2026.
Le périmètre définitif n’est donc pas fixé. Les éventuels transferts de fonctions ou de personnels et la répartition précise des responsabilités restent à déterminer. Des diplomates cités par Politico jugent par ailleurs peu réaliste un changement institutionnel majeur avant 2029. Cette appréciation n’est pas une position officielle de l’Union, mais elle illustre les réserves entourant le calendrier.