Table of Contents
Suzane, la chanteuse engagée, dévoile « Je t’accuse », un titre puissant qui dénonce les violences sexuelles et sexistes. Ce morceau, prélude à son quatrième album attendu à l’automne, marque une étape importante dans sa carrière, en affirmant pour la première fois avoir été elle-même victime.

Une chanson portée par une libération de la parole
« Tous les monstres ne sont pas que dans les salles de cinéma », lance Suzane dans cette chanson coup de poing qu’elle décrit comme un véritable exutoire. Face au piano, elle raconte avoir « craché cette chanson » avec ses tripes, témoignant d’un engagement féministe profond. Pour illustrer ce message, elle a collaboré avec Andréa Bescond, actrice et réalisatrice engagée contre les violences sexuelles et sexistes.
Le clip réunit plusieurs figures emblématiques et militants, connus ou anonymes, qui témoignent face caméra sur un fond noir. Parmi eux figurent Muriel Robin, Catherine Ringer, Charlotte Arnould – qui accuse Gérard Depardieu de viols –, Lyes Louffok, Miranda Starcevic, ou encore Caroline Darian, fille de Gisèle Pelicot, plaignante contre son père pour viols et tentatives.

Le collectif Notre Ohrage est également mis en lumière, tout comme La Fondation des Femmes, à laquelle les droits d’auteur de la chanson sont reversés.
Une prise de parole personnelle et publique
Suzane s’inclut sans détour dans cette liste de combattantes. Elle révèle pour la première fois avoir subi des agressions sexuelles, y compris un viol dans un cadre professionnel, avant même de devenir artiste. « Je me suis tue à ce moment-là », confie-t-elle, expliquant avoir ressenti honte et préféré cacher ses cicatrices invisibles.
Elle évoque aussi une tentative antérieure de dénonciation, restée sans réponse, lorsqu’elle avait signalé un viol subi par une collègue de travail auprès d’une gendarmerie. Après des années de silence, elle estime être enfin prête à s’exprimer et à « lever la tête ».
La chanteuse loue les avancées issues du mouvement #MeToo mais critique les lenteurs et insuffisances de la justice française. Elle pose la question cruciale : « Est-ce que la justice aujourd’hui peut faire son travail ? A-t-elle assez de moyens ? »

Alors que les plaintes pour violences sexuelles ont augmenté de 164 % entre 2018 et 2022, une coalition féministe alertait en 2024 sur le faible nombre de condamnations : 94 % des affaires de viol ont été classées sans suite en 2021, faute de preuves jugées suffisantes.
Une parole de « guerrière » contre les prédateurs
Pour Suzane, dévoiler « Je t’accuse » était une victoire symbolique. Elle rejette l’étiquette de « victime », qu’elle associe à une image de faiblesse, préférant parler de « guerrières ». « Toutes les victimes que j’ai croisées sont des combattantes, animées par un instinct de survie », assure-t-elle, puisant du courage dans des histoires comme celle de Gisèle Pelicot.
Elle dénonce également le silence qui entoure les prédateurs dans l’industrie musicale : « On les connaît tous, mais tout le monde se tait. » Consciente des difficultés judiciaires, elle espère que le temps permettra de réunir assez de preuves pour faire avancer les dossiers, soulignant qu’on ne peut pas « faire du tribunal sur les réseaux sociaux ».
Quant à porter plainte contre son agresseur présumé, Suzane y pense mais choisit pour l’instant de s’exprimer par la musique. Elle explique ne pas avoir voulu citer son nom dans sa chanson, afin de ne pas lui donner d’importance, mais de lui faire comprendre que son combat est réel et qu’elle ira jusqu’au bout.