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Un décret présidentiel a formellement reconnu la langue kurde comme langue nationale et a restitué la citoyenneté à l’ensemble des Kurdes syriens, a annoncé la présidence syrienne. Cette décision intervient après de violents affrontements la semaine dernière à Alep, qui ont fait au moins 23 morts et contraint des dizaines de milliers de personnes à fuir deux poches kurdes de la ville.
Un décret historique
Le texte officialise pour la première fois la reconnaissance de l’identité kurde comme composante du tissu national syrien et place la langue kurde aux côtés de l’arabe en tant que langue nationale. Dès lors, l’enseignement du kurde pourra être dispensé dans les établissements scolaires, selon les dispositions du décret.
Le décret abroge également les mesures liées au recensement de 1962 dans la province d’al-Hasakah, qui avaient privé de nationalité un grand nombre de Kurdes. Tous les résidents concernés, y compris ceux enregistrés auparavant comme apatrides, se voient attribuer la citoyenneté syrienne.
Parmi d’autres mesures, le texte proclame Nouroz — la fête du printemps et du Nouvel An kurde — jour férié national payé, interdit la discrimination ethnique ou linguistique et impose aux institutions de l’État des messages inclusifs. Des sanctions sont prévues pour les actes d’incitation aux conflits interethniques.
Réactions et réserves
La direction kurde des territoires du nord et du nord-est de la Syrie a salué le décret comme « une première étape », tout en estimant qu’il ne répond pas pleinement aux aspirations du peuple syrien. Elle a souligné que les droits ne sont véritablement garantis que par des constitutions permanentes exprimant la volonté de toutes les composantes de la société.
Pour de nombreux observateurs, ce geste s’inscrit dans la promesse du président Ahmed al-Sharaa d’unifier le pays après le renversement de Bachar al-Assad en décembre 2024 et quatorze années de conflit. Toutefois, plusieurs acteurs locaux et internationaux attendent désormais des garanties institutionnelles durables.
Prise de contrôle de Deir Hafer
Parallèlement, l’armée syrienne a annoncé avoir pris le contrôle total de la ville de Deir Hafer et d’autres secteurs précédemment détenus par les Forces démocratiques syriennes (SDF) dans la province d’Alep. Cette avancée suit le retrait des combattants kurdes après les récents affrontements.
Un journaliste présent à l’est d’Alep a décrit l’entrée progressive des forces syriennes dans la ville et a indiqué que des opérations de sécurisation et de ratissage étaient prévues dans les heures et jours à venir. Ces mouvements interviennent après l’annonce du chef des SDF, Mazloum Abdi, qui a déclaré sur le réseau social X un retrait programmé vers des zones à l’est de l’Euphrate.
Enjeux politiques et régionaux
Le gouvernement syrien cherche à étendre son autorité sur l’ensemble du territoire national depuis la chute du régime précédent. Les SDF, qui contrôlent de vastes zones riches en ressources dans le nord et le nord-est, ont été l’un des principaux acteurs militaires du conflit, y compris dans la lutte contre l’organisation État islamique.
Des négociations ont été menées l’an dernier pour intégrer les Unités de protection du peuple (YPG) et le Parti de l’union démocratique (PYD) dans les institutions syriennes d’ici la fin de 2025, mais peu de progrès concrets ont été réalisés, ce qui a contribué à la montée des tensions à Alep.
La question kurde dépasse les frontières syriennes : des millions de Kurdes vivent également en Irak, en Iran et en Turquie. Ankara, principal allié du nouveau pouvoir syrien, considère les SDF, le YPG et le PYD comme des organisations liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qu’elle qualifie de « terroriste ».
Perspectives
Le décret ouvre une fenêtre politique importante en reconnaissant des droits culturels et civiques demandés de longue date. Toutefois, sa mise en œuvre effective et la transformation de ces mesures en garanties constitutionnelles restent des étapes cruciales pour apaiser les tensions et favoriser une réconciliation durable.
Les prochains mois seront déterminants pour savoir si ces dispositions permettront une intégration réelle des Kurdes dans l’État syrien et si les discussions politiques sur l’organisation institutionnelle du pays pourront reprendre sur des bases renouvelées.