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Tchad : réfugiées soudanaises face au traumatisme et au silence

par Sara
Tchad, Soudan

La brutalité de la guerre au Soudan se répercute au-delà de la frontière, transformant l’est du Tchad en refuge pour des dizaines de milliers de personnes. Parmi elles, les réfugiées soudanaises au Tchad arrivent souvent marquées par des blessures physiques et des traumatismes psychologiques profonds. Face à une offre de soins très limitée, de nombreuses victimes se retrouvent sans accompagnement psychologique adéquat.

Un refuge marqué par le traumatisme

L’est du Tchad accueille des populations fuyant le conflit qui a éclaté en 2023, crise devenue l’une des plus graves au monde. Les camps proches de la frontière, dont celui de Tulum, voient affluer des familles brisées et des survivants de violences extrêmes. Ces femmes et ces enfants portent souvent le poids d’abus, d’agressions et d’une peur persistante liée aux combats.

Les conditions humanitaires restent tendues : les besoins dépassent largement les capacités des organisations présentes sur le terrain. Le manque de structures spécialisées en santé mentale accentue la détresse collective.

Histoires de survie et de silence

Dans le camp de Tulum, un petit groupe de survivantes a créé un cercle de soutien, l’un des rares espaces où les victimes peuvent parler ouvertement. Basma et sa sœur en font partie : rescapées de violences sexuelles, elles tentent encore de surmonter le traumatisme subi deux mois auparavant lors de leur fuite d’el-Fasher.

Elles affirment que des milices alliées aux Forces de soutien rapide (RSF) les ont interceptées et soumises à des jours de torture. « Que Dieu les dévoile et les punisse. Inch’Allah, notre jour viendra. Ils nous ont détenues pendant cinq jours et nous ont torturées », confie Basma.

La chute d’el-Fasher et ses répercussions

La prise d’el-Fasher par les RSF, à la fin du mois d’octobre, a marqué un tournant pour la région. Des témoins et des ONG rapportent des tueries de masse, des enlèvements et des violences sexuelles généralisées lors de cette campagne.

Les organisations internationales ont sévèrement critiqué ces événements. Le chef humanitaire de l’ONU a décrit la ville comme une « scène de crime », tandis qu’Amnesty International accuse les combattants des RSF de commettre des crimes de guerre.

  • El-Fasher était assiégée depuis 18 mois avant sa chute le 26 octobre.
  • Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a ordonné une enquête sur les atrocités signalées.
  • Des milliers de civils ont été déplacés, nombre d’entre eux restent portés disparus ou présumés morts.

Briser le silence : le rôle du soutien informel

Avec des services de santé mentale quasi inexistants, le groupe informel de femmes est devenu une bouée pour beaucoup. Les sessions sont animées par Fatimah Fadul, réfugiée de longue date et survivante, qui s’efforce de rompre le silence culturel entourant le viol et les abus.

Fadul invite femmes et filles à parler malgré la stigmatisation et la pression familiale. « En tant que Soudanaises, nous faisons face à la stigmatisation : à la maison, certaines mères poussent la fille au silence. Nous sensibilisons et encourageons nos sœurs et nos mères à parler du viol pour réclamer leurs droits », explique-t-elle.

Des besoins immenses face à des ressources limitées

Les autorités et les organisations sur place reconnaissent l’insuffisance des moyens : un seul psychiatre travaille dans cette partie du Tchad, complété par un petit nombre de psychologues rattachés à des ONG. C’est insuffisant au regard des centaines de milliers de déplacés.

Pour chaque femme qui trouve un soutien, des centaines d’autres restent sans aide, sans counseling et sans espoir tangible de justice. La reconnaissance du traumatisme est essentielle, mais l’écart entre les besoins et les ressources demeure alarmant.

Pour Basma, Zaina et des milliers d’autres réfugiées soudanaises au Tchad, survivre signifie désormais affronter des souvenirs de violence longtemps après avoir échappé au conflit.

source:https://www.aljazeera.com/news/2025/11/26/sudanese-women-in-chad-grapple-with-trauma-of-wartime-violence

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