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Sous les dorures des palais de la Cinquième Avenue, _The Gilded Age_ dépeint un monde d’apparences, de tensions sociales et de conquêtes invisibles. La série de Julian Fellowes (_Downton Abbey_) suit Marian Brook, fraîchement débarquée chez ses tantes, et Bertha Russell, ambitieuse épouse d’un magnat du rail, prête à tout pour s’imposer parmi l’aristocratie new-yorkaise. Mais cette fresque est-elle fidèle à ce que fut réellement l’Amérique de la fin du XIXe siècle ?
Une œuvre ancrée dans un cadre historique
Derrière le vernis de la fiction, la série s’appuie sur un cadre historique rigoureusement documenté. Les rivalités entre vieilles familles WASP et fortunes industrielles émergentes, les réceptions pharaoniques, et les batailles sociales pour intégrer le fameux « Club des 400 » ont bel et bien existé. Certains personnages, comme la redoutable Caroline Astor ou le militant T. Thomas Fortune, ont réellement marqué cette époque charnière de l’histoire américaine.
Des personnages fictifs mais inspirés de figures historiques
Julian Fellowes ne cache pas que _The Gilded Age_ est une œuvre de fiction. Cependant, plusieurs rôles-clés sont clairement inspirés de la réalité. **Bertha Russell**, par exemple, incarne une version romancée d’Alva Vanderbilt, célèbre pour avoir construit un palace sur la Cinquième Avenue et organisé un bal si somptueux qu’il força son entrée dans le gotha new-yorkais.
Son mari **George Russell**, magnat du rail, évoque des figures comme Jay Gould ou Cornelius Vanderbilt, hommes d’affaires impitoyables qui ont bâti des empires ferroviaires, symbolisant cette nouvelle élite industrielle à la richesse colossale.
La série intègre aussi des personnages authentiques :
- **Clara Barton**, fondatrice de la Croix-Rouge américaine, que Marian croise brièvement.
- **T. Thomas Fortune**, rédacteur influent du _New York Age_ et militant afro-américain pour les droits civiques.
- **Caroline Astor**, gardienne de la société mondaine traditionnelle, que Bertha tente désespérément de séduire.
Peggy Scott, bien que fictive, représente fidèlement les femmes noires de la middle class montante, accédant peu à peu à l’éducation et à des postes dans la presse ou l’administration, malgré les lourdes barrières raciales.
Un New York spectaculaire mais brutalement inégalitaire
Le terme “Gilded Age”, popularisé par Mark Twain en 1873, désignait ironiquement cette période où tout semble doré en surface… mais rongé par l’injustice et l’hypocrisie. Dans les années 1880, les États-Unis se transforment radicalement : explosions industrielles, urbanisation galopante, fortunes éclair… mais aussi misère urbaine, racisme institutionnalisé, lois sexistes, et mépris des travailleurs.
La série restitue brillamment :
- Les banquets opulents à base de homards et cochons entiers.
- Les escaliers de marbre et salons néo-baroques des Russells.
- Les conflits feutrés entre femmes pour l’accès aux cercles mondains.
- La férocité du capitalisme à travers les manœuvres de George pour écraser ses rivaux.
Elle n’oublie pas non plus les coulisses : la domesticité surexploitée, les travailleuses noires sans avenir, les domestiques irlandais entassés dans les sous-sols des brownstones, ou encore l’hypocrisie d’une société qui prône la vertu féminine tout en refusant aux femmes mariées le droit de travailler.
Une reconstitution historique d’une richesse rare
Si l’histoire racontée est fictive, la reconstitution est méticuleuse. Grâce à l’expertise de l’historienne Erica Armstrong Dunbar, tout, des costumes aux dialogues en passant par la lumière des intérieurs à la bougie, plonge le spectateur dans le vrai New York des années 1880. L’architecture évoque les maisons de Carnegie ou Stanford White.
Les enjeux politiques et sociaux – égalité raciale, montée du féminisme, droit du travail – sont ancrés dans l’actualité brûlante de l’époque. Même les débats autour de l’éducation des femmes, de la servitude ou des mariages arrangés sont fidèlement portés à l’écran.
En un mot : _The Gilded Age_ ne raconte pas une histoire vraie, mais elle révèle une vérité historique. Celle d’un monde où les apparences masquaient la guerre des classes, où la fortune était une arme, et où les femmes, bien que contraintes, commençaient à faire entendre leur voix dans une société encore hostile.