Des travailleurs humanitaires de Terre d’asile en Tunisie ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi, après des mois de détention dans le cadre d’un procès sur des accusations liées à l’aide aux migrants. Sherifa Riahi, ancienne directrice de l’ONG, et plusieurs de ses collègues étaient emprisonnés depuis plus de 20 mois. Le tribunal a prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis pour certains, et les avocats insistent sur le fait que l’action humanitaire a été menée dans le cadre d’un programme approuvé par l’État, en coordination avec le gouvernement. Le dossier, qui a impliqué des prévenus et des collectivités locales, demeure sous attention des soutiens internationaux, dont Mary Lawlor, rapporteure des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains.

Tunisie: libération des travailleurs de Terre d’asile et déroulé du procès
En Tunisie, des travailleurs humanitaires de Terre d’asile ont été libérés dans la nuit de lundi à mardi, après une audience qui a clos une procédure entamée en 2024. Parmi les 23 prévenus figuraient 17 membres du conseil municipal de la ville de Sousse (est), dont deux en détention, mis en cause notamment pour avoir prêté des locaux à l’association. Le comité de soutien a publié sur Facebook une vidéo d’elle à sa sortie de prison et a indiqué que les autres travailleurs humanitaires avaient également été libérés.
L’avocat Mahmoud Daoud Yaacoub, membre du collectif de défense de Sherifa Riahi, a déclaré à l’AFP que le tribunal avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis à l’encontre des accusés jusqu’ici placés en détention provisoire, dont Sherifa Riahi. « Demain, nous prendrons connaissance du reste du jugement concernant les accusés en liberté », a-t-il ajouté.
Avant l’audience, le comité de soutien à Sherifa Riahi avait assuré que « toutes les accusations laissant supposer l’existence d’activités illégales et non conformes aux procédures de l’action humanitaire (avaient) été levées » pendant l’instruction. Il en est « de même » pour « les allégations relatives à des financements illicites, à des flux financiers suspects », selon le comité.
Les 23 prévenus, également inculpés « d’entente dans le but d’héberger ou de cacher des personnes entrées clandestinement », encouraient jusqu’à dix ans de prison. Leurs avocats soulignent qu’ils ont mené une action humanitaire d’aide aux demandeurs d’asile et migrants vulnérables dans le cadre d’un programme approuvé par l’État tunisien, en coordination directe avec le gouvernement.
La Tunisie est un point de passage clé pour des milliers de migrants d’Afrique subsaharienne cherchant chaque année à rejoindre l’Europe par la mer. En février 2023, le président Kais Saied avait dénoncé l’arrivée « de hordes de migrants subsahariens » menaçant, selon lui, de « changer la composition démographique » du pays; les mois suivants, des milliers de Subsahariens avaient été rapatriés ou avaient fui par la mer, selon des ONG.
Réactions et cadre juridique
Mary Lawlor, rapporteuse des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits humains, avait appelé dimanche les autorités tunisiennes à « remettre (Mme Riahi) en liberté plutôt que de la poursuivre sur la base d’accusations fallacieuses liées à sa défense des droits des migrants ».
Selon l’AFP et le comité de soutien, les prévenus emprisonnés avaient été interpellés en mai 2024 en même temps qu’une dizaine d’autres travailleurs humanitaires parmi lesquels la militante antiraciste Saadia Mosbah, dont le procès s’est ouvert fin décembre.
Ce dossier illustre les tensions entre l’aide humanitaire et les cadres juridiques et sécuritaires dans le pays, et les discussions sur les mesures migratoires, sans que le nouveau dénouement ne puisse être considéré comme une rupture nette avec les procédures en cours.
La prochaine étape du dossier n’est pas précisée dans les sources, mais l’affaire demeure suivie de près par les soutiens et des organisations internationales.