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Les récents propos du président tunisien Qais Saïed, qualifiant ses opposants de « traîtres », ont déclenché une vague de critiques dans l’opposition et la société civile, ravivant les tensions politiques et sociales dans le pays. Ces déclarations interviennent à la veille de la troisième audience d’appel dans l’affaire dite « Conspiration contre la sécurité de l’État 1 », prévue demain.
Polémique et réactions institutionnelles
La charge verbale du président a été perçue par l’opposition comme une tentative de stigmatisation et d’incitation contre ses adversaires, avec le risque de polariser davantage la scène politique.
Plusieurs députés, y compris au sein de l’hémicycle favorable au président, ont critiqué la dégradation des conditions économiques et sociales et le recul des libertés. L’un d’eux a même estimé que le chef de l’État était « isolé de la réalité » et incapable de réaliser des avancées tangibles.
Le chef de l’État avait déclaré, lors d’une rencontre avec la cheffe du gouvernement Sarah Zenzari, que certains acteurs portent la responsabilité de leurs pratiques passées et affirmé que « le tribunal de l’histoire a tranché ; pas de consolation pour les traîtres et pas de retour en arrière ». Voir la fiche de Qais Saïed : https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2022/10/9/%D9%82%D9%8A%D8%B3-%D8%B3%D8%B9%D9%8A%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D8%B1%D8%A6%D9%8A%D8%B3-%D8%A7%D9%84%D8%B1%D8%A7%D8%A8%D8%B9-%D9%84%D8%AA%D9%88%D9%86%D8%B3-%D8%A8%D8%B9%D8%AF-%D8%AB%D9%88%D8%B1%D8%A9 et la fiche de la cheffe du gouvernement : https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2025/3/21/%D8%B3%D8%A7%D8%B1%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%B2%D9%86%D8%B2%D8%B1%D9%8A-%D9%85%D9%87%D9%86%D8%AF%D8%B3%D8%A9-%D8%AA%D8%B1%D8%A3%D8%B3-%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%83%D9%88%D9%85%D8%A9.
Manifestations et revendications sociales
La capitale a été le théâtre, samedi dernier, d’une grande marche placée sous le mot d’ordre « Contre l’injustice ». Cette mobilisation a rassemblé des acteurs politiques et des organisations civiles diverses, après une série de protestations sectorielles.
- Secteurs mobilisés : médecins, pharmaciens, journalistes.
- Revendiations locales : habitants de Gabès demandant le démantèlement d’unités chimiques polluantes.
- Actions familiales : mouvements des proches des détenus politiques.
Les manifestants ont exigé l’arrêt des procès à caractère politique et la fin des politiques de vengeance et de brimades visant les opposants et militants. Cette dynamique a redonné de l’élan aux mobilisations populaires, que le président a accusées de « créer des tensions ».
Parallèlement, des organisations majeures — notamment l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme et le barreau — multiplient les contacts face à la reprise des procès et à l’élargissement des poursuites judiciaires.
La troisième audience d’appel de l’affaire « Conspiration contre la sécurité de l’État 1 », où des dizaines d’opposants avaient été condamnés en première instance à des peines allant de 4 à 66 ans, se tiendra demain. Détails de l’affaire : https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2025/7/25/%D9%82%D8%B6%D9%8A%D8%A9-%D8%A7%D9%84%D8%AA%D8%A2%D9%85%D8%B1-%D9%81%D9%8A-%D8%AA%D9%88%D9%86%D8%B3-%D8%B4%D9%87%D9%88%D8%AF-%D8%A8%D9%84%D8%A7-%D9%87%D9%88%D9%8A%D8%A9.
Une marche a notamment réclamé l’arrêt des procès politiques et la fin des violences judiciaires et administratives contre les opposants.
Conflit avec l’Union européenne et l’UGTT
La rencontre entre l’ambassadeur de l’Union européenne en Tunisie, Giuseppe Perrone, et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, a suscité l’ire des autorités.
L’ambassadeur a exprimé son soutien au dialogue social et au rôle de l’UGTT pour préserver la paix sociale, un geste jugé par le pouvoir comme un dépassement des règles diplomatiques établies.
Le président Saïed a convoqué l’ambassadeur au palais de Carthage pour lui remettre une protestation « tendue », évoquant un non-respect des usages diplomatiques. Fiche UE : https://www.aljazeera.net/encyclopedia/2009/7/2/%D8%A7%D9%84%D8%A7%D8%AA%D8%AD%D8%A7%D8%AF-%D8%A7%D9%84%D8%A3%D9%88%D8%B1%D9%88%D8%A8%D9%8A-%D8%A8%D8%B7%D8%A7%D9%82%D8%A9-%D9%85%D8%B9%D9%84%D9%88%D9%85%D8%A7%D8%AA.
Le contexte de cette crise diplomatique se superpose à une crise interne entre l’État et l’UGTT, née notamment du décret présidentiel d’augmentation des salaires dans les secteurs public et privé sans concertation avec le syndicat. L’UGTT a interprété cette décision comme une mise à l’écart de son rôle historique et une décision unilatérale en période sensible.
Le message publié par la représentation européenne en Tunisie sur Twitter à l’appui du rôle de l’UGTT a également été diffusé publiquement : https://twitter.com/UeTunisie/status/1992981130245763322
Analyse : « fin d’une période » selon des observateurs
Le journaliste et analyste politique Ziad El Hani estime que la Tunisie est entrée « dans le dernier virage avant le changement ». Pour lui, la conjonction des pressions sociales et politiques marque le dépassement d’une simple phase de tensions intermittentes.
Points saillants de son analyse :
- La récente mobilisation a uni un large spectre d’acteurs autour de la défense des droits et de la citoyenneté.
- L’exclusion de l’UGTT des négociations sociales a affaibli son rôle traditionnel et provoqué des réactions syndicales fortes, y compris des grèves.
- La détérioration économique et sociale, la hausse des prix et la souffrance des citoyens réduisent la tolérance envers la mainmise politique.
Voix politiques : désaccords et inquiétudes
Hicham Alajbouni, cadre du courant démocratique, signale un « désarroi visible au sein du cercle du pouvoir et du parlement pro-président » lors de l’examen du projet de budget 2026.
Selon lui, plusieurs indicateurs économiques et sociaux pointent vers la fin d’un cycle de gouvernance. Il accuse le président d’« essayer de fuir ses responsabilités » en dénonçant l’opposition pour détourner l’attention de ses insuffisances.
Alajbouni considère que la marche du week-end a constitué une rupture qualitative en unifiant revendications sociales et demandes politiques, provoquant une crispation dans le discours présidentiel.
Accusations de diabolisation et réponses des opposants
La militante de l’opposition Chimaa Essa, condamnée en première instance à 18 ans dans l’affaire dite « Conspiration contre la sécurité de l’État 1 », dénonce une stratégie de diabolisation.
Elle affirme ne pas reconnaître dans les discours présidentiels un discours d’État mais « une série de convulsions », estimant que la présidence instrumentalise la justice en lançant des accusations avant les jugements.
Pour elle, la logique dominante consiste à attribuer des « sacts d’accusation » plutôt qu’à garantir les droits civils et politiques des Tunisiens, alimentant un climat de haine et de division propice à l’autoritarisme.
Positions pro-pouvoir : stabilité et souveraineté
À l’inverse, le militant Ahmed El Kahlaoui estime que le pays vit un état de stabilité et que certaines critiques des députés ne sont que des réactions ordinaires visant à attirer l’attention sur des lacunes.
Pour lui, la protestation contre l’ambassadeur européen s’inscrit dans la défense de la souveraineté nationale face à toute ingérence extérieure, et la critique des formations ayant gouverné après la révolution vise à leur imputer la responsabilité des échecs passés.
Il soutient que le président reste attaché à l’intérêt des Tunisiens et que ses prises de position cherchent à protéger la population des pratiques qu’il considère responsables des crises antérieures.
État des lieux
La combinaison des manifestations, des procès politiques et des tensions diplomatiques rend la situation actuelle sensible et incertaine. Les prochaines audiences et les initiatives des grandes organisations sociales, comme l’UGTT, pourraient être déterminantes pour la suite.
Mot-clé central : crise politique Tunisie.