Home ActualitéUne guerre civile imminente en Syrie : tensions à Soueïda

Une guerre civile imminente en Syrie : tensions à Soueïda

by Sara
Syrie, France

Au bout du village de Walgha, où les bâtiments pillés laissent place à un paysage de végétation sèche, une dizaine d’hommes de la Sécurité générale, l’équivalent de la gendarmerie en Syrie, tiennent un barrage. Leur regard est tourné vers l’horizon, au bout duquel se dessine la ville de Soueïda. Leur souffle est court et l’atmosphère est tendue. Malgré l’accord de cessez-le-feu renouvelé la veille, des affrontements sporadiques se poursuivent dans la région entre les factions druzes et des groupes armés sunnites. À peine une heure plus tôt, ils ont essuyé un tir de mortier. « Ici, c’est le dernier check-point que nous tenons. Au-delà, nous considérons que ce sont des positions ennemies », déclare un des hommes du barrage, qui a interdiction d’entrer dans la ville contrôlée par les factions armées druzes.

Des affrontements meurtriers à Soueïda

Soueïda, ville du sud de la Syrie abritant environ 500 000 Druzes – une minorité religieuse représentant 3 % de sa population – est le théâtre de violents affrontements ayant causé au moins 1 265 morts depuis le 13 juillet, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Ces violences, déclenchées par le kidnapping d’un marchand de légumes druze par des Bédouins, ont rapidement conduit à des vidéos documentant les exactions – torture, exécution sommaire, décapitation, pillage – commises par les deux camps contre les civils. Dans les rues du village de Walgha, accessibles aux journalistes, de la fumée s’échappe encore des bâtiments pillés puis brûlés. À la sortie du village, le corps carbonisé d’un vieillard gît sur l’asphalte, en plein cagnard.

Intervention de l’Etat syrien et tensions croissantes

Pour mettre un terme à ces violences, l’Etat syrien a déployé ses troupes à Soueïda le 15 juillet. Cependant, Israël a rapidement bombardé ces forces, refusant toute présence de l’armée syrienne dans le sud du pays. L’Etat hébreu s’est érigé, depuis le 8 décembre, en protecteur de la minorité druze de Syrie. Le 17 juillet, le président syrien a annoncé le retrait de l’armée et a transféré la responsabilité du maintien de la sécurité à des factions locales et des cheikhs druzes.

Cette décision a consolidé le statu quo dont bénéficie cette région, dont la sécurité est assurée par des groupes armés locaux. Ahmad el-Charaa, le leader syrien, a tenté de négocier l’intégration des factions dans l’appareil sécuritaire syrien, sans succès. Selon Cédric Labrousse, doctorant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, « Ahmad el-Charaa, c’est le Bismarck des Druzes ». Cette unité entre les factions druzes renforce leur position dans les négociations avec Damas.

Risques de guerre civile et repli communautaire

Dans un réflexe de repli communautaire, les leaders druzes pourraient même rejeter tout dialogue. « Une véritable guerre civile est désormais possible », confie au téléphone et sous couvert d’anonymat Abou Karam, combattant au sein de la Liwa el-Jabal, l’une des principales factions druzes. Il dénonce les « crimes ethniques » commis contre sa communauté. « Ça va être de plus en plus compliqué pour Ahmad el-Charaa de demander aux Druzes de rendre leurs armes si, dans le même temps, ils n’exigent pas la même chose des tribus », ajoute Cédric Labrousse.

Des milliers de civils armés originaires de toute la Syrie ont convergé vers Soueïda en réponse à l’appel au combat des chefs de clan, illustrant l’incapacité de l’Etat syrien à contrôler ses citoyens et la circulation d’armes dans le pays. Ce contexte de violences pourrait également bénéficier aux autorités kurdes du nord-est de la Syrie.

Négociations et points de blocage

Les négociations, dans lesquelles la France et les États-Unis jouent le rôle de médiateurs, stagnent. Une réunion entre Assad al-Shaibani, le ministre des Affaires étrangères, et son homologue kurde n’a pas permis de trouver un terrain d’entente. « Les Kurdes refusent d’intégrer leurs soldats dans l’armée nationale syrienne. Avec l’accord de mars, ils cherchent simplement à gagner du temps », indique une source. L’administration kurde plaide pour « un système démocratique pluraliste, la justice sociale, l’égalité des sexes et une Constitution garantissant les droits de toutes les composantes » de la société.

Les ambitions occidentales de voir une Syrie unifiée se heurtent aux tensions communautaires anciennes et au manque de contrôle d’Ahmad el-Charaa. « Les Américains veulent éviter un scénario à l’irakienne avec des tribus influentes et des territoires quasiment autonomes », conclut Cédric Labrousse.

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