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Le Vanuatu se retrouve au cœur d’une bataille juridique sans précédent au sein de la Cour internationale de justice (CIJ) à La Haie. Ce petit État insulaire a engagé un procès contre certaines des plus grandes puissances mondiales, cherchant à comprendre l’étendue de la responsabilité des grands pollueurs dans le changement climatique et les implications de cette responsabilité.
Un enjeu crucial pour l’avenir du Vanuatu
Au cours de deux semaines d’audiences, les quinze juges de la CIJ écouteront les arguments de près de cent pays et douze organisations. Un avis est attendu l’année prochaine, qui pourrait avoir des répercussions majeures pour le Vanuatu et d’autres nations vulnérables, dont l’existence est menacée par la montée du niveau de la mer et des événements météorologiques de plus en plus extrêmes. Cette décision pourrait également changer la donne pour les grands pollueurs, dont le modèle économique pourrait devenir insoutenable.
Des témoignages révélateurs lors des audiences
Les audiences présentent un aspect surréaliste. Par exemple, l’Arabie Saoudite a affirmé que l’exploitation pétrolière et gazière n’était pas aussi destructrice qu’on le prétend et qu’elle pourrait même aider à lutter contre la pauvreté. Ensuite, l’Australie a vanté les mérites de sa politique climatique, insistant sur ses efforts pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, bien que l’ampleur de ces efforts reste à la discrétion de chaque pays, selon les accords climatiques.
Un représentant des Bahamas a également pris la parole, indiquant que le changement climatique pourrait gravement endommager plus de la moitié de la côte de l’archipel d’ici 2050, rendant certaines îles inhabitables à cause des actions des pays riches. Selon lui, la CIJ a une « opportunité historique d’influencer le comportement des États et de sauver notre pays ».
Le rôle déterminant de Vanuatu dans ce procès
Margaretha Wewerinke-Singh, professeur de droit de la durabilité à l’Université d’Amsterdam et membre de l’équipe juridique du Vanuatu, a ouvert les débats avec des déclarations percutantes. Elle a affirmé que la décision de la CIJ « marquera des générations » et déterminera à la fois le sort du Vanuatu et « l’avenir de notre planète ».
Elle a souligné que le Vanuatu est à la pointe d’une crise qu’il n’a pas causée, mais qui menace non seulement les habitants de l’île, mais aussi de nombreux autres peuples. « Ce procès pose la question de la légalité, selon le droit international, des comportements adoptés par certains États qui ont perturbé le système climatique et causé des dommages considérables au Vanuatu », a-t-elle déclaré.
Un principe fondamental en jeu
Wewerinke-Singh a rappelé le principe juridique « Ubi jus, ibi remedium » – où il y a un droit, il y a un remède. Elle a insisté sur le fait que si des droits existent, il doit également y avoir des recours en cas de violation. Ce principe, selon elle, est indiscutable et doit être appliqué aux droits fondamentaux et au droit à réparation.
Les défis des négociations climatiques
Les pays industrialisés soutiennent que les discussions sur la réparation des dommages doivent se faire dans le cadre des négociations climatiques mondiales. Même l’Allemagne, qui prend le changement climatique très au sérieux, défend cette position. Wewerinke-Singh a critiqué cette attitude, soulignant que l’Allemagne refuse de reconnaître une obligation de compensation pour les dommages climatiques, malgré la gravité de la situation.
Une nécessité de changement
Elle a également fait remarquer que les enjeux du changement climatique nécessitent des transformations majeures et complexes, et que les efforts actuels des pays ne sont pas suffisants. La torture, par exemple, est interdite ; il n’est donc pas acceptable pour les pays de dire qu’ils essaient simplement de faire de leur mieux pour limiter les abus.
Des attentes vis-à-vis de la CIJ
Wewerinke-Singh espère que la décision de la CIJ fixera des limites claires concernant les émissions de gaz à effet de serre et établira que la destruction du système climatique, déjà en cours, est illégale au regard du droit international. Ce jugement pourrait avoir des implications profondes et un impact sur les politiques nationales et internationales.
Une responsabilité partagée
Elle a conclu en soulignant que la CIJ a le pouvoir de renforcer l’intégrité des négociations climatiques globales. Un jugement fort pourrait influencer les plans nationaux pour la réduction des émissions, incitant même le secteur privé à contribuer financièrement aux efforts de compensation pour les dommages causés par le changement climatique.