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Le 2 septembre 2025, une petite embarcation de pêche a été pulvérisée en pleine mer des Caraïbes par un missile tiré depuis une destroyer de la marine américaine. L’explosion a projeté débris et corps sur les flots ; onze membres d’équipage se trouvaient à bord. L’annonce officielle du président Donald Trump, quelques heures plus tard, qualifia la frappe de « réussite » dans le cadre d’une nouvelle campagne américaine contre le narcotrafic.
L’incident déclencheur et ses répercussions
À Caracas, le président Nicolás Maduro a dénoncé une « fable » sur le trafic de drogue servant de prétexte pour viser le Venezuela et a appelé la nation à se préparer au combat. Depuis cette attaque initiale, les militaires américains ont frappé au moins 20 navires dans les Caraïbes et à l’est du Pacifique, faisant au moins 80 morts.
Le déploiement massif d’une force aéronavale américaine — dont le porte-avions Gerald R. Ford accompagné de milliers de soldats, neuf flottilles aériennes et plus d’une douzaine de navires de guerre — alimente les craintes que l’objectif dépasse la seule lutte antidrogue.
Un héritage de tensions de vingt-cinq ans
Le conflit actuel ne peut se comprendre sans revenir à la rupture des relations entre Washington et Caracas amorcée en 1999 avec l’arrivée d’Hugo Chávez au pouvoir.
La révolution bolivarienne, la nationalisation du secteur pétrolier et la confrontation sur les intérêts énergétiques ont profondement détérioré les liens. Les nationalisations et les expropriations d’actifs de compagnies américaines ont provoqué des contentieux internationaux et nourri la méfiance mutuelle.
Le soutien perçu des États-Unis à la tentative de coup d’État de 2002 a encore envenimé les rapports, poussant Chávez puis Maduro vers des partenariats stratégiques avec la Russie et la Chine.
Crise économique et conséquences humanitaires
Depuis la présidence de Maduro, la situation économique s’est effondrée : le PIB a chuté de 75 % entre 2014 et 2021, l’inflation a atteint 270 % en 2025 et la monnaie a perdu 381 % de sa valeur sur les 12 derniers mois.
La détérioration des services publics a déclenché une crise humanitaire majeure : environ 40 % de la population fait face à des besoins alimentaires critiques et près de 7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays.
Les sanctions américaines ont frappé le secteur pétrolier, réduisant drastiquement la production avant une reprise partielle portée à plus d’un million de barils par jour en 2025, un niveau toujours bien inférieur aux niveaux historiques.
« Terrorisme des drogues » : prétexte ou réalité ?
Washington justifie une partie de son action par la lutte contre le trafic de drogues, désignant Maduro et plusieurs hauts responsables comme responsables de « terrorisme des drogues ». Des accusations formelles d’implication dans le trafic de cocaïne ont été déposées par le ministère de la Justice américain.
Cependant, des enquêtes d’agences de renseignement et des rapports internationaux relativisent ce tableau. Le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) et les données de la DEA indiquent que la majorité du flux de cocaïne vers les États-Unis transite par le Pacifique plutôt que par les Caraïbes.
En conséquence, de nombreux analystes estiment que le thème des stupéfiants sert aussi de couverture juridique et politique à des objectifs géopolitiques plus larges.
Geo-politique : la compétition des grandes puissances
Le facteur géopolitique est central : Caracas s’est rapproché de Pékin et de Moscou, tandis que la Chine achète une part massive des exportations pétrolières vénézuéliennes et que la Russie fournit des équipements militaires.
Ces alliances transforment le Venezuela, aux yeux de Washington, en point d’appui stratégique pour l’influence russe et chinoise dans l’hémisphère occidental.
Des responsables et conseillers américains considèrent le renversement de l’influence adverse comme une priorité, renforçant la volonté d’appliquer un principe de contrôle régional inspiré par la doctrine Monroe réactualisée.
« Opération Le Rhumbeau Sud » : ampleur et moyens
Le déploiement américain dans les Caraïbes constitue le plus grand rassemblement de forces américaines en Amérique latine depuis l’invasion du Panama en 1989.
Au cœur de l’opération se trouve le groupe aéronaval du USS Gerald R. Ford, soutenu par des destroyers lance-missiles, un croiseur de défense aérienne, des navires d’assaut amphibie et plus de 12 000 marines.
Les forces effectuent des entraînements d’assaut, des patrouilles intensives et des opérations de surveillance — incluant sous-marins nucléaires, ravitaillements en bases régionales, escadrons d’avions furtifs F-35 et frappes de bombardiers lourds au large des côtes vénézuéliennes.
Limites opérationnelles et nature de la riposte vénézuélienne
Malgré la démonstration de force, des experts estiment que la présence américaine actuelle ne suffit probablement pas à garantir une opération terrestre d’envergure destinée à renverser le régime. Une comparaison avec l’invasion du Panama, qui avait mobilisé entre 26 000 et 28 000 soldats, illustre l’écart de moyens requis.
Le Venezuela a répondu par une rhétorique martiale et par des mesures concrètes : mobilisation de dizaines de milliers de soldats, manœuvres « Plan de l’Indépendance 200 » le long du littoral et renforcement des milices pro-gouvernementales.
Selon les autorités vénézuéliennes, la « milice nationale » compterait plus de 4,5 millions de membres mobilisés en 2025, complétant un appareil militaire déjà conséquent et prêt à résister à une invasion.
Alliances et réactions internationales
Caracas a reçu un soutien diplomatique et rhétorique de Moscou, Pékin et Téhéran, qui condamnent les actions unilatérales américaines et y voient une violation du droit international et de la souveraineté.
La Russie a dénoncé la campagne de pressions comme une tentative de changement de régime, tandis que la Chine a mis en garde contre les frappes unilatérales susceptibles de menacer la liberté de navigation et la stabilité régionale.
Parallèlement, le gouvernement vénézuélien a sollicité des livraisons d’équipements militaires — radars, avions, systèmes de défense antiaérienne et drones — auprès de ses partenaires, selon des documents et rapports relayés par la presse.
Risque d’escalade et scénarios possibles
Les analystes mettent en garde : une intervention militaire de grande ampleur pourrait se transformer rapidement en conflit prolongé et coûteux pour les États-Unis, entraînant une déstabilisation régionale majeure.
Même sans ingérence extérieure directe, la géographie, la population et la préparation militaire vénézuéliennes favoriseraient une résistance prolongée, transformant potentiellement toute offensive en un « Irak » ou un « Afghanistan » contemporains.
Washington semble pour l’instant compter sur une combinaison de pressions limitées, d’opérations ciblées et de contraintes économiques pour forcer un effondrement du pouvoir sans intervention massive. Ce scénario ambigu comporte cependant un risque élevé de perte de contrôle et d’escalade vers une guerre plus large.