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La Berlinale 2026 s’ouvre avec No Good Men de la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat, un choix qui signale clairement l’orientation culturelle du festival : engager le cinéma avec des zones de tension du monde contemporain. En choisissant un film tourné depuis l’Afghanistan et coproduit par l’Allemagne, la France, la Norvège et le Danemark, la direction du festival affirme sa volonté de faire du cinéma une plateforme de lecture politique et sociale.
Le film d’ouverture
No Good Men se concentre sur la vie quotidienne à Kaboul sous la pression des réalités sociales. Plutôt que de reconstituer des événements historiques, le film scrute l’impact psychologique de ces événements sur des personnages ordinaires.
Le récit suit Naru, une photographe de 25 ans travaillant pour une émission de cuisine, marquée par la trahison de son mari. Mère d’un garçon de trois ans, elle vit dans la petite chambre familiale de ses parents et nourrit une méfiance profonde envers les hommes.
En rejoignant la section « informations » d’une chaîne, Naru rencontre Qudrat, un homme dans la cinquantaine, marié et père de quatre enfants : une relation inattendue naît entre eux. Le film laisse en suspens la question centrale : rencontre-t-elle un autre jour un homme semblable à son ancien époux, ou existe-t-il réellement des « hommes bons » ?
Une programmation placée sous le signe de l’engagement
Le choix du film d’ouverture se prolonge dans une sélection qui explore de manière récurrente des thématiques telles que l’exil, les mécanismes du pouvoir et la surveillance. Les œuvres réunies à la Berlinale posent des questions politiques par le prisme de la forme et de la psychologie des personnages, plutôt que par la simple dénonciation.
- At the Sea (Kornél Mundruczó) — Un portrait de la fragilité psychologique au sein de systèmes de pouvoir, où les relations intimes deviennent des terrains de conflit.
- A New Dawn (Yoshitoshi Shinomiya) — Une fable transnationale sur des moments de bascule personnelle, mêlant mémoire individuelle et transformations sociales.
- A Voix Basse (Leïla Bouzid) — Co-production Tunisie–France, le film prolonge l’attention du festival portée aux récits nord-africains.
- Dao — Présence de films portant sur des réalités africaines et diasporiques, élargissant le regard géographique de la sélection.
Contexte européen et africain
La compétition reflète aussi un intérêt marqué pour les dynamiques de pouvoir à l’intérieur des sociétés européennes. Ainsi, Rosebush Pruning de Karim Aïnouz interroge le privilège et le contrôle au sein d’une famille riche dont les structures se délient.
Yellow Letters d’Ilker Çatak décrit le démantèlement d’un couple d’artistes sous la pression d’interventions institutionnelles, examinant le rapport entre création artistique, État et normes sociales.
Queen at Sea, réalisé par Lance Hammer et porté par Juliette Binoche et Tom Courtenay, propose un récit intimiste sur la mémoire familiale et la prise en charge des aînés.
Enfin, Soumsoum, the Night of the Stars de Mahamat-Saleh Haroun, venu d’Afrique centrale, met en lumière les tensions entre traditions et transformations sociales, contribuant à déconstruire les représentations stéréotypées du continent.
À travers cette carte de films venus d’Asie, d’Europe et d’Afrique, la Berlinale 2026 se présente comme un festival qui ne se contente pas d’exposer des esthétiques : il traduit par la fiction les fractures et les urgences du monde. L’ouverture afghane et la programmation axée sur le pouvoir, l’exil et l’identité confirment la volonté du festival de faire du cinéma un outil de compréhension des conflits contemporains.