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Le cinéma égyptien affiche une vivacité retrouvée : après des années de relatif ralentissement, une vague de sorties a ramené les salles au cœur de l’actualité culturelle du Caire. Dans ce contexte, le film En ghab el qet, signé Sarah Noah, s’impose comme une proposition rafraîchissante du genre braquage, mêlant suspense, humour léger et ancrage local. Le long métrage réunit Asser Yassin, Asmaa Galal, Mohamed Shahin et Ali Sobhi, entourés de Samah Anwar et Hamza Diab.
Un braquage au cœur du Caire
En ghab el qet suit un cambrioleur de musées professionnel surnommé « le Chat » (interprété par Asser Yassin), spécialiste du vol de tableaux rares. La chasse est menée par Shihab (Mohamed Shahin), responsable d’assurance pour œuvres d’art, qui tente de remonter la piste du voleur. Le récit démarre autour du vol d’une toile de Van Gogh, intitulée « La fleur de coquelicot », et déroule une intrigue structurée entre planification et conséquences.
Le héros n’est pas un criminel unidimensionnel : il mène une double vie, travaillant aussi comme vétérinaire sous le nom de Zain et entretenant une relation amoureuse avec Hind, restauratrice de tableaux. Ce basculement entre espaces professionnels et intimes contribue à complexifier la figure du voleur et à nourrir la tension dramatique.
Le genre revisité à l’égyptienne
En ghab el qet s’inscrit dans la veine des heist films mais évite l’écueil de l’imitation pure et simple de modèles internationaux. Le film adapte les codes du braquage à des repères culturels et visuels locaux, intégrant des lieux emblématiques du Caire tels que l’Azhar, le souk de Khan el-Khalili et le Bayt al-Suhaymi. Ces décors ne servent pas seulement d’arrière-plans pittoresques : ils sont tissés au récit et participent à l’identité du film.
Plutôt que de privilégier une mécanique narrative excessivement alambiquée, la réalisation opte pour un équilibre entre mystère et clarté. Le scénario, signé Ayman Watar, évite la simplification outrancière et propose une progression où les révélations se construisent progressivement, laissant au spectateur le plaisir de la découverte sans le perdre.
Musique, rythme et ton
La bande originale, confiée à Karim Gaber (El Waily), joue un rôle déterminant dans la tonalité du film. Dès les premiers plans, la musique imprimée d’un tempo vif et d’une énergie ludique installe un univers léger qui soutient l’ensemble de la narration. Elle ne se contente pas d’habiller l’image : elle participe au tempo et à la personnalité sonore de En ghab el qet.
Visuellement, le film mise sur des couleurs vives et une direction artistique cohérente. Les décors et les costumes sont exploités avec discernement pour renforcer le caractère de chaque personnage sans verser dans l’ostentation. L’assemblage des éléments visuels, du montage et de la musique contribue à maintenir un rythme soutenu sans étouffer la progression dramatique.
Humour et personnages secondaires
La comédie dans En ghab el qet naît des situations et des contrastes plutôt que d’une collection d’effets faciles. L’opposition entre la précision requise pour un braquage et le quotidien chaotique des protagonistes crée des moments de légèreté qui n’altèrent pas la tension principale. Les gags prennent racine dans les comportements et les décalages, s’appuyant sur la justesse des interprétations.
Des personnages secondaires, comme Harby (Ali Sobhi) et Wazira (Samah Anwar), ajoutent des contrepoints humoristiques et émotionnels. Ces figures secondaires servent de soupapes et enrichissent la palette du film, contribuant à son souffle populaire tout en préservant une certaine finesse de ton.
Un film conscient de ses limites
En ghab el qet n’aspire pas à l’exhaustivité ni aux excès stylistiques ; il se présente plutôt comme un film commercial réfléchi, conscient des codes du genre et capable de les détourner au profit d’une identité locale. Le résultat n’est pas un chef-d’œuvre absolu, mais une œuvre maîtrisée qui offre un divertissement soigné et une utilisation pertinente des ressources techniques et narratives.
Dans le paysage actuel du cinéma égyptien, marqué par un regain de production et de diversité, En ghab el qet mérite d’être souligné pour sa capacité à réinventer le film de braquage au Caire sans renier son ancrage culturel. Il confirme l’intérêt d’une approche qui fait dialoguer genre et spécificité locale, offrant au public une proposition à la fois plaisante et identifiable.