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Carlo Levi et son regard sur l’Allemagne en 1958

par Sara
France

En 1958, l’écrivain italien Carlo Levi entreprend un voyage à travers l’Allemagne, y dévoilant une société marquée par les cicatrices de la Seconde Guerre mondiale. À travers ses observations, il offre une réflexion sur la culture allemande, l’identité nationale, et les comportements sociaux dans un pays en pleine reconstruction.

Un regard critique sur la société allemande

Levi se rend dans des bars et des brasseries, où il est particulièrement frappé par l’apparence des hommes d’affaires allemands, qu’il décrit comme étant recouverts d’une « couche de graisse ». Il évoque également des femmes qui mangent des saucisses sans aucune réserve. Pour lui, les Allemands semblent, à première vue, être « les animaux les plus dociles du monde ». Cette réflexion n’est pas simplement une blague de comptoir, mais un écho des traumatismes collectifs qui hantent l’Europe à l’époque.

En observant les femmes à des tables rustiques, savourant de la bière et des saucisses, il décrit une scène où elles se livrent à un festin sans retenue, quasi asservies à leurs plaisirs culinaires. Levi remarque que la manière de manger des Allemands est presque animale, soulignant une dichotomie entre une apparente convivialité et un sous-jacent sentiment d’hostilité.

Carlo Levi, la voix du Mezzogiorno

Né à Turin en 1902 dans une famille juive assimilée, Carlo Levi est surtout connu pour son œuvre « Christ est passé par Eboli », publiée en 1945. Ce roman est le fruit de son expérience en tant que journaliste antifasciste, arrêté par le régime de Mussolini et exilé dans le sud de l’Italie. À travers ses écrits, il devient la voix des opprimés du Mezzogiorno, offrant une critique acerbe des conditions de vie dans cette région d’Italie.

Le voyage de Levi en Allemagne est également un moment charnière pour lui. C’est la première fois qu’il visite le pays, motivé par une conférence et un rendez-vous avec son éditeur à Stuttgart. Il arrive à Munich le 6 décembre 1958 et commence à explorer la ville, s’immergeant dans la culture locale tout en visitant des lieux chargés d’histoire, tels que le camp de concentration de Dachau.

Un témoignage littéraire puissant

Ses notes de voyage, récemment publiées par les éditions C.H. Beck, sont considérées comme une capsule temporelle des années 1950 en Allemagne. Levi ne se contente pas de relater des faits, mais il les interprète à travers un prisme ethnographique, dépeignant une nation aux prises avec ses démons passés et cherchant à se réhabiliter.

Il décrit un pays qui se cache derrière une façade de prospérité et de bonheur, masquant une profonde douleur. Les hommes d’affaires qu’il rencontre sont souvent en surpoids, symbole d’une société qui semble se nourrir non seulement de nourriture, mais aussi de ses traumatismes non résolus.

Visuels de l’époque

Auslage einer Metzgerei auf dem Viktualienmarkt in München
Schriftsteller Carlo Levi (1880–1964)

Les réflexions de Carlo Levi sur l’Allemagne en 1958, à travers des interactions avec la culture et la société de l’époque, nous offrent une perspective unique sur un pays en pleine mutation, cherchant à se redéfinir après des années d’horreur. Son regard perspicace continue de résonner aujourd’hui, rappelant les complexités de l’identité nationale et de la mémoire collective.

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